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Clarence PETERS
"The magnetic Atmospher"
(LP. Serie.woc. 2021 / rec. 1979) [US]
POST-SCRIPTUM 851
RICHARD PINHAS, Un Rêve sans conséquence spéciale, SouffleContinu Records
Chez Heldon, personne n’aime particulièrement les notes de pochette. Mais bien que les disques du groupe en soient exempts, ceux-ci n’en fourmillent pas moins d’indices référentiels d’allure cryptée. Évidemment, le patronyme du groupe fait écho à un roman de science fiction de Norman Spinrad, mais peut-être sait-on moins que le titre du présent album provient d'un enregistrement pirate de King Crimson datant de 1974, manière élégante de signifier, justement, la filiation entre le leader de Heldon, c’est-à-dire le guitariste (et joueur de synthétiseurs) français Richard Pinhas, et Robert Fripp, son homologue au sein de la formation britannique. De même, Richard Pinhas apprécie les philosophes Lyotard, Nietzsche et Deleuze (dont il a suivi les cours à Vincennes), la pochette d’Un Rêve sans conséquence spéciale citant d'ailleurs un autre intellectuel, Pierre Klossowski, versé dans la théologie celui-là, selon qui tout créateur se doit de provoquer un « état d'insécurité s’écartant du régime oppressif de la médiocrité », des mots qui ont tout d’une profession de foi pour Richard Pinhas !
Cinquième album d’Heldon, originellement sorti en 1976 sur le label Cobra, Un Rêve sans conséquence spéciale marque l’arrivée de Richard Pinhas dans les studios Davout après avoir été un précurseur du home studio. Un local particulier lui est même réservé, où il entrepose un Moog 3 ayant appartenu à Paul McCartney. Intense, violent, âpre, abrasif, sans concession : ce premier disque réalisé sur place s'inscrit dans le sillage des quatre précédents, à la fois précurseur du rock industriel et du post-rock, démontrant une fois encore que les références des débuts à la « guérilla électronique » (et à William S. Burroughs) n’étaient pas vaines ! Nouveaux venus dans cet univers, le bassiste Didier Batard (Cœur Magique, Triptyque), présent sur un morceau, et le batteur François Auger (repéré sur le cinquième album de Gérard Manset) achèvent de transformer Heldon en un power trio de feu le temps de l’inspiré « MVC II ». Sans compter que le fidèle Patrick Gauthier est de l’aventure, tout comme Jannick Top (Magma), sur un seul morceau chacun, eux aussi.
À l’écoute du résultat, on comprend pourquoi Merzbow, Wolf Eyes et Oren Ambarchi, dans les années 2000, ont souhaité enregistrer en compagnie de Richard Pinhas ! L’on se dit aussi que la comparaison habituellement faite entre Heldon / Richard Pinhas et King Crimson / Robert Fripp, aussi pertinente soit-elle, s’avère insuffisante, tant Un Rêve sans conséquence spéciale navigue bien au-delà de ces seuls rivages.
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In Heldon nobody particularly likes liner notes. However, although the groups’ albums have none they abound, from the very beginning, with clues and often cryptic references. The name of the group, obviously, comes from a science fiction novel by Norman Spinrad, but perhaps it is less well known that the title of the album Un Rêve Sans Conséquence Spéciale (1976) is taken from a pirate recording of King Crimson made in 1974, an elegant way to state the possible lineage between guitarist (and synthesizer player) Richard Pinhas and Robert Fripp, his peer in the British band. Likewise, Richard Pinhas values the philosophers Lyotard, Nietzsche and Deleuze (whose lessons he followed at Vincennes), and the cover of Un Rêve Sans Conséquence Spéciale quotes another intellectual, Pierre Klossowski, a theology specialist, according to whom all creators owe it themselves to provoke a “state of insecurity straying from the oppressive regime of mediocrity”, words which could be considered as a mission statement for Richard Pinhas!
Having been a precursor of the home studio, Richard Pinhas came to the Davout studios to record the fifth Heldon album Un Rêve sans conséquence spéciale originally released in 1976 on the Cobra label. He had a special space reserved for him, where there was a Moog 3 which had belonged to Paul McCartney. Intense, violent, bitter, abrasive, uncompromising: the first on-site recording is in keeping with the four predecessors, prefiguring both Industrial- and post-rock, showing once again that the early references to “guerrilla electronics” (and to William S. Burroughs) were not in vain! The newcomers to this universe, bassist Didier Batard (Cœur Magique, Triptyque), on one track, and drummer François Auger (heard on the fifth album by Gérard Manset) finally transform Heldon into a fiery power trio for the inspired “MVC II”. Without forgetting that the faithful Patrick Gauthier is also on board, as is Jannick Top (Magma), each on one track.
Listening to the result it is easy to understand why Merzbow, Wolf Eyes and Oren Ambarchi, in the 2000s wanted to record with Richard Pinhas! It must also be noted that the often-made comparison between Heldon / Richard Pinhas and King Crimson / Robert Fripp, while still pertinent, is insufficient, as Un Rêve Sans Conséquence Spéciale breaks much new ground beyond those horizons.
POST-SCRIPTUM 855
HELDON, Interface, SouffleContinu Records
Dans la tête de Richard Pinhas, l’éminence grise d’Heldon, l’idée est de produire une musique « aussi froide qu’un immense bloc de glace », un vertige à l’état pur, certes influencé par la trilogie « crimsonienne » allant de Larks’ Tongues In Aspic à Red, sauf qu’Heldon en représente l’électronisation aboutissant à un rapport idéal entre pensée et émotion, voire un au-delà
It’s Only Rock’n’Roll, le bien nommé troisième album, marque à sa manière – déjà – un tournant dans l’œuvre d’Heldon, ce dont témoigne dessus l’acide et corrosif « Zind Destruction (Bouillie Blues) ». Puis une fois le suivant sorti (Agneta Nilsson, 1976), c’est-à-dire après que Disjuncta, premier label indépendant français, a été vendu à Urus par Richard Pinhas afin d’acheter le Moog 3 des Beatles, le discours se durcit encore, le groupe s’immergeant lui aussi, comme King Crimson, dans une sorte de trilogie dont Interface constitue en 1977 le milieu, un an après Un Rêve sans conséquence spéciale qui en marque le début. Époque où, comme l’écrit alors Gérard N’Guyen dans le fanzine Atem, la musique du groupe ressemble à « un voyage organisé à travers les ruines de la civilisation ».
En pleine déferlante punk, l’univers d’Heldon se fait effectivement plus lourd et menaçant, quasiment industriel, en cela fidèle au roman de l’écrivain de science fiction Norman Spinrad dont la formation tire son nom. C’est aussi le moment où Heldon devient un véritable groupe, (re)centré autour de Patrick Gauthier (synthétiseurs), Didier Batard (basse) et François Auger (batterie), ce qui permet à Richard Pinhas de se focaliser sur les motivations réelles à la base de cette aventure audacieuse.
Comme Un Rêve sans conséquence spéciale, qui le précède, puis Stand By, qui le suit, Interface, deuxième album de la « trilogie » captée aux studios Davout, marque un aboutissement sonore, voire un climax, tirant sa violence des machines et creusant les notions de scansion comme de répétition, annonçant ainsi beaucoup des musiques à venir, tant du côté de l’électronique et de l’industriel que du post-rock et du noise. Va sans dire : toujours novateur et séminal !
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The idea in the mind of Richard Pinhas, the driving force behind Heldon, was to produce music “as cold as a huge block of ice” a vertiginous experience, of course influenced by the ‘Crimson’ trilogy, from Larks’ Tongues In Aspic to Red, except that Heldon represents an electrified version, leading to a perfect rapport between thought and emotion, perhaps going even further.
It’s Only Rock’n’Roll (1975), the appropriately-named third album, is in its own way – already – a turning point in Heldon’s œuvre, witness the acid and corrosive “Zind Destruction (Bouillie Blues)”. Once the next one was released (Agneta Nilsson), just after Disjuncta, the first French independent label, had been sold to Urus by Richard Pinhas in order to buy the aforementioned Moog 3 from the Beatles, the music became even more uncompromising. The group delved, like King Crimson, into a kind of trilogy, the middle of which was Interface in 1977, a year after Un Rêve sans conséquence spéciale which was, thus, the first part. At this period the group’s music, as Gérard N’Guyen wrote in the fanzine Atem, was like “a guided tour through the ruins of a civilisation”.
In the middle of the punk wave, the universe of Heldon indeed became more threatening and heavy, echoing the novel by Norman Spinrad from which the group took their name, The Iron Dream. This was also the point at which Heldon became a genuine group, centred around Patrick Gauthier (synthesizers), Didier Batard (bass) and François Auger (drums), which allowed Richard Pinhas to focus on the real motivation behind this audacious undertaking.
Like its’ predecessor Un Rêve sans conséquence spéciale, and then Stand By, which followed, Interface, the second album of the “trilogy” recorded at studios Davout, represents a sonic culmination, even a climax, its’ violence coming from the machines and delving into notions of repetition and scansion, prefiguring a lot of the music that was to follow, whether it be electro and industrial or post-rock and noise. It goes without saying: seminal and always innovative!
POST-SCRIPTUM 738
JAC BERROCAL, JEAN-NOËL COGNARD, JORGEN TELLER AU SOUFFLE CONTINU AVEC AGITATION FRITE, TÉMOIGNAGES DE L’UNDERGROUND FRANÇAIS
POST-SCRIPTUM 535
PATRICK GAUTHIER
BÉBÉ GODZILLA
SOUFFLECONTINU RECORDS FFL016
Quand le claviériste Patrick Gauthier enregistre Bébé Godzilla à la fin des années 1980, il est déjà passé par Magma, avec lequel il a enregistré le culte « Weidorje » (album Üdü Wüdü), dont un groupe qu’il intègre peu de temps après, lancé par le bassiste Bernard Paganotti et quelques autres musiciens ayant accompagné Christian Vander, a d’ailleurs tiré son nom. Avec Heldon, par contre, c’est dès les débuts du groupe qu’il collabora, à partir de l’album Electronic Guerilla, avant de participer à Third, Un Rêve sans conséquence spéciale, Agneta Nilsson, y rencontrant au passage François Auger et Didier Batard (avec qui il joue sur Interface et Stand By), que l’on retrouve justement tous deux sur Bébé Godzilla, au sein d’un véritable all-stars en forme de famille regroupant des membres de trois susnommés.
Originellement édité par en 1981 par CY Records, label sans grande identité où l’on croise surtout du jazz français et de la fusion (dont l’alter ego de Patrick Gauthier au sein de Magma Benoît Widemann), Bébé Godzilla était devenu introuvable en vinyle, lacune désormais comblée par SouffleContinu Records.
Ce disque vénéré par certains amateurs de progressif français, on peut le considérer comme le frère de Drones, signé par Jean-Philippe Goude, lui aussi passé par Weidorje, et réalisé en gros avec les mêmes musiciens, mais toujours pas réédité. Cependant moins inspiré, et malgré la présence de Klaus Blasquiz sur un morceau, Drones ne possède pas le côté zeuhl et combattif de Bébé Godzilla, illustré d'entrée par Heldon gravé en compagnie de Christian Vander, et de Richard Pinhas également, que Patrick Gauthier retrouvera sur le non moins excellent Metatron en 2006. Sans compter la présence importante et colorée de Steve Shehan.
Depuis Bébé Godzilla, Patrick Gauthier a enregistré trois albums plus que recommandables. Avec, çà et là, aussi, outre des influences ethniques, africaines entre autres, un travail remarquable sur les polyrythmies et les voix, et des choses surgies de la musique classique et du meilleur de Zawinul. Comme si l’on avait affaire, et bien que forgées au contact de Magma dont l’emprise est grande, à des fusions singulières car non ignorantes de la musique savante européenne, et notamment des interventions virtuoses de Benny Goodman et Joseph Szigeti dans l’univers de Bartok. Soit, patiemment mis sur pied en quatre décennies ou presque, un monde riche et bien peuplé, tel qu'annoncé par Bébé Godzilla.
( Magma, par ici / Heldon, par là )
Patrick Gauthier - Bébé Godzilla (Full Stream)
En plus d’être l’un des meilleurs disquaires de la capitale, Souffle Continu est aussi un label spécialisé dans la réédition de musiques prog, free jazz, expé, et singulièrement d’une scène française, des années 70, à travers l’emblématique label Futura de Gérard Terronès.
Pour le Record Store Day 2016, Souffle Continu poursuit donc son travail de remise en lumière et en valeur avec la réédition du premier album (1981) du clavier de Magma et Heldon, entouré d’une belle brochette du musiciens, parmi lesquels, Richard Pinhas, forcément, mais aussi Christian Vander, Bernard Paganotti, Aldo Romano, Jean-Philippe Goude ou Steve Shehan.
Sortiront en même temps, Richard Pinhas & John Livengood “Cyborg Sally” et “Le vampire” de l’actrice française Anne-Marie Coffinet.
Quant à nous, nous remercions infiniment et respectueusement Théo et Bernard, d’une part pour leur accueil toujours chaleureux et leurs conseils éclairés, mais aussi de faire venir à nos oreilles ces pans d’histoire musicale a coté desquels notre génération serait assurément passée sans leur précieux travail d’archivistes.
Out April 16, 2016 @ Souffle Continu records
Weidorje - Kolinda