Il est midi pile. J'aimerais entendre des cloches sonner, mais je vis trop loin de la mairie. J'adore entendre les cloches, c'est nostalgique. Ça me renvoie aux vacances et aux week-ends de mon enfance, quand je pouvais passer du temps dans le jardin en pleine journée. Les cloches de l'église sonnaient les heures tranquillement ; le son des cloches s'envolait en se balançant dans la rue, à travers le ciel blanc comme le ciel bleu. Le son venait jusqu'à moi et j'aimais ça. Ça avait quelque chose de rassurant et de familier. Quoi qu'on fasse, quoi qu'on soit en train de vivre, le temps suit son cours et les cloches sonnent pour qui veut bien les entendre. Aujourd'hui je n'entends plus les cloches. J'entends les avions qui passent au dessus de mon toit. Leur rythme est quelque peu décousu, ils n'annoncent ni les heures ni les minutes. Il peut y en avoir deux en même temps comme un seul après longtemps. Ils peuvent venir de partout, ils peuvent aller n'importe où. J'aime ne pas savoir ce qu'ils sont. Je m'arrête quelques secondes, j'écoute le son qui passe. Parfois je lève les yeux vers le ciel. Et je rêve. J'imagine des gens dans les airs, qui partent en vacances heureux et excités, qui vont travailler et pour qui l'envol est une habitude, qui rentrent chez eux et qui ont hâte d'embrasser leur amour, leurs enfants, leur chat sur son petit front doux et plat. Ça fait naître en moi des petites étincelles de joie, d'entrain. Ça me donne envie de remplir ma vie d'expériences et de rencontres. Je pense à mon prochain voyage et j'ai peur et j'ai hâte. Mais aujourd'hui je suis si bien chez moi. J'ai ouvert les fenêtres, il fait chaud. Le ciel est calme, bleu et lumineux. Des oiseaux qui chantent, des bruits de pas dans la rue, un moteur qui démarre, un bruit de perceuse, un sanglot d'enfant, des balles de tennis qui rebondissent. Ça sent bon les petits plats du dimanche. Ça donne envie d'être heureux.