Suite Ă quelques articles ou sujets dans les mĂ©dias relatant les dĂ©boires de lâassociation LE MANS JAZZ, qui nous semblaient orientĂ©s et flous, et pour rĂ©pondre aux interrogations de nombreuses personnes sur les circonstances de la chute de cette « institution culturelle locale » de 43 ans dâhistoire, nous, anciens salariĂ©s, souhaitions apporter notre tĂ©moignage et notre Ă©clairage sur la situation qui a conduit Ă la cessation dâactivitĂ© en cours.
Le problĂšme est unanimement identifiĂ© en la personne de la Directrice, qui, depuis une dizaine dâannĂ©es, Ćuvre Ă la destruction de lâĂ©difice, Ă force de manipulation, dâautoritĂ©, de mensonges, de calculs, dâincompĂ©tence et de paraĂźtre.
Elle est arrivĂ©e chez Le Mans Jazz il y a une dizaine dâannĂ©es. Dâabord Ă la production puis nommĂ©e Directrice Communication, les relations sont dâentrĂ©e de jeu tendues avec les membres de lâĂ©quipe, les bĂ©nĂ©voles et techniciens. ProtĂ©gĂ©e du fondateur, son impunitĂ© lui permet de se comporter en despote tout en ne faisant au final pas grand-chose. Mais elle maitrise le paraitre et le verbe et sâen tire toujours bien, tandis que le turn-over de lâĂ©quipe commence. Il ne sâarrĂȘtera jamais : nous avons dĂ©nombrĂ© 17 dĂ©parts (hors retraite ou fin de CDD non renouvelĂ©), dont 5 avec arrĂȘt maladie, entre 2017 et 2022, sur une Ă©quipe de 5 ou 6 permanents.
Fin 2018, elle est nommĂ©e Directrice, remplaçant ainsi le fondateur de lâassociation qui reste PrĂ©sident et lui donne ainsi tous pouvoirs sur la structure et ses employĂ©s.
Les dĂ©parts sâaccĂ©lĂšrent et donc les arrivĂ©es en continu de nouveaux salariĂ©s aussi. LâĂ©quipe est instable et en tension permanente avec sa Directrice, jusquâĂ en faire des burn-out. Le PrĂ©sident leur dit de patienter, que les choses vont sâarranger⊠discours quâil tiendra pendant des annĂ©es sans jamais agir malgrĂ© de nombreux signalements de la part des salariĂ©s et plusieurs dĂ©missions du Conseil dâAdministration. Pendant ce temps, la Directrice maltraite impunĂ©ment ses Ă©quipes et les stagiaires ou services civiques : demandes abusives voire dangereuses, humiliations publiques, surcharges de travail, refus de congĂ©s systĂ©matiques (mĂȘme pour des enterrements), mĂ©contentement permanent, mensonges... La Directrice nâest que trĂšs rarement prĂ©sente au bureau mais veut tout contrĂŽler dans les moindres dĂ©tails, tout en faisant de la rĂ©tention dâinformation. Elle ne rĂ©pond pas, ou trĂšs tard, aux demandes dâinformation ou de dĂ©cision des Ă©quipes et interlocuteurs extĂ©rieurs et nâaccepte aucune objection.
Les relations avec les partenaires, institutions, productions artistiques, lieux culturels, bĂ©nĂ©voles, techniciens, artistes locaux⊠ne sont pas Ă©pargnĂ©es non plus, mĂȘme si elle fait bonne figure et se donne une image dâhumaniste en public.
La situation de lâassociation se dĂ©grade rapidement.
Cependant, le projet de salle Chorus, sur le site de la Visitation en centre-ville du Mans, mais surtout la COVID, ont fait des miracles pendant 2 ans pour camoufler et retarder lâeffondrement annoncĂ©. GrĂące aux aides dâurgence de lâĂ©tat et au maintien des versements des subventions prĂ©vues pour la saison 2019/20 (avortĂ©e Ă cause de la crise sanitaire), la trĂ©sorerie Ă©tait finalement excellente Ă la rentrĂ©e de septembre 2021. « Presque trop » sâen vantait mĂȘme le PrĂ©sident ! TrĂ©sorerie qui a fondu comme neige au soleil en une saison, les recettes de billetterie nâĂ©tant pas du tout au rendez-vous et les dĂ©penses parfois inadaptĂ©es.
La programmation de reprise post COVID proposĂ©e pour la saison 2021/22 nâĂ©tait par ailleurs pas Ă la hauteur des attentes et des enjeux dâun public qui a changĂ© dâhabitudes. La Directrice-Programmatrice nâa pas su renouveler lâoffre artistique, pour trouver un nouveau public, tout en perdant une partie du public fidĂšle en changeant le calendrier et les lieux de concerts du festival (par exemple tout programmer Ă lâAbbaye de lâEpau et supprimer les concerts Ă la Fonderie qui draine pourtant un public plus jeune).
En mai 2022 les salariĂ©s permanents adressent un nouveau courrier dâalerte au Conseil dâAdministration pour dĂ©noncer la situation, et leur faire part de leur inquiĂ©tude quant Ă la survie de Le Mans Jazz Ă court terme.
Les membres du CA sont scandalisĂ©s en dĂ©couvrant lâĂ©tat interne de la structure, le fonctionnement de sa direction et le bluff dont ils ont Ă©tĂ© lâobjet depuis le dĂ©but. Ils somment donc le PrĂ©sident de remercier la Directrice.
Encore une fois le PrĂ©sident a assurĂ© que les choses seraient rĂ©glĂ©es aprĂšs le festival Europajazz⊠il sâen chargerait personnellement !
En parallĂšle et coĂŻncidence bienvenue, lâinspection du travail, alertĂ©e par la mĂ©decine du travail qui a collectĂ© depuis quelques annĂ©es de nombreux tĂ©moignages accablants, se penche sur le cas Le Mans Jazz et envoie un inspecteur dans les bureaux de lâassociation un matin de la mi-juin. Les salariĂ©s prĂ©sents sont longuement auditionnĂ©s individuellement, la Directrice et le PrĂ©sident sont absents mais prĂ©venus de cette visite. Ils ne parleront pourtant pas avec lâinspecteur ce jour-lĂ .
Sâensuit une mise en demeure du PrĂ©sident pour risques psychosociaux, ce qui aurait dĂ» finir de le convaincre aprĂšs les demandes des salariĂ©s et du CA. Mais non, il repousse, il ment, il biaise pendant tout lâĂ©té⊠Le CA finira par dĂ©missionner dĂ©but septembre.
En juillet, nous comprenons quâil se trame quelque chose : la Directrice nous demandait de faire lâinventaire du matĂ©riel, des prestataires, contrats en cours⊠elle nous a imposĂ© de prendre toutes nos rĂ©cupĂ©rations dâheures supplĂ©mentaires de lâannĂ©e en plus de nos congĂ©s, elle ne nous informait dâaucune programmation Ă venir pour la rentrĂ©e, interdiction aussi de publication sur les rĂ©seaux sociaux, stand-by sur la refonte du site internet en cours, sur les locations prĂ©vues pour Chorus et sur les actions culturelles⊠tout sâarrĂȘte et nous partons pour de longs congĂ©s dans lâincertitude.
A la rentrĂ©e, nous nâavons toujours aucune programmation sur laquelle travailler. La Directrice reprend la main Ă distance sur le peu de projets et engagements que nous avions encore pour les annuler sous des prĂ©textes fallacieux. Du matĂ©riel disparait des bureaux et de la salle Chorus pendant que nous nây sommes pas, un cadenas est posĂ© sur la boĂźte aux lettres, la Directrice confisque tous les moyens de paiement, tandis que de nombreux fournisseurs attendent dâĂȘtre payĂ©s. Le niveau de stress est tel dans lâĂ©quipe que lâun des salariĂ©s fera mĂȘme une crise de spasmophilie et sera emmenĂ© aux urgences en ambulance. Le lendemain, jeudi 15 septembre, nous sommes attendus de pied ferme par la Directrice pour signer un courrier de dispense dâactivitĂ© professionnelle aux motifs de la sĂ©curitĂ© des biens de lâassociation et de celle de la Directrice qui se sent remise en cause par les salariĂ©s. Nous continuons Ă ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s mais restons chez nous et nâavons toujours aucune explication sur le devenir de lâassociation et donc de nos emplois.
Quelques jours plus tard des articles paraissent dans la presse annonçant un naufrage chez LMJ, dans lesquels le PrĂ©sident pointe du doigt les baisses annoncĂ©es des aides de la part des partenaires institutionnels comme une menace Ă la survie de la structure. Il incrimine Ă©galement des salariĂ©s trop inexpĂ©rimentĂ©s et un Conseil dâAdministration fatiguĂ© et frileux, un public vieillissant, mais continue Ă dĂ©fendre le bilan de la Directrice.
Les bĂ©nĂ©voles, pourtant piliers de lâassociation depuis ses dĂ©buts, nâont pas droit non plus Ă la moindre information, ils sont tenus informĂ©s par voie de presse comme tout le monde. Les prestataires, sociĂ©tĂ©s de productions et artistes, sont logĂ©s Ă la mĂȘme enseigne : aucune rĂ©ponse quant Ă leurs factures en attente ou projets Ă venir.
La 3eme semaine dâoctobre, nous sommes convoquĂ©s Ă nos entretiens prĂ©alables de licenciement Ă©conomique. Lors de ces entretiens nous avons Ă©tĂ© notifiĂ©s de la cessation dâactivitĂ© de lâassociation. La note dâexplication qui nous a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e fait peser entiĂšrement la responsabilitĂ© de la fermeture sur les institutions (baisse des financements, aides insuffisantes et politique culturelle dĂ©phasĂ©e).
Le licenciement de la Directrice est par ailleurs reporté sine die, le temps de finir le travail de fermeture.
Cette procĂ©dure met fin, de facto, Ă celle engagĂ©e par lâinspection du travail, puisque la structure ferme il nây a plus de poursuite possible.
Fin novembre de nouveaux articles sortent dans la presse : dans lâun les dires du PrĂ©sident, dans lâautres ceux de la Directrice. Les informations sont contradictoires, floues et Ă nouveau principalement Ă charge des institutions. On y apprend aussi que la Directrice a lâintention de continuer Ă Ćuvrer et Ă discuter de nouveaux projets avec les partenaires institutionnels, ce qui nous laisse perplexes.
Nous regrettons que le fondateur historique laisse son projet de 43 ans couler alors que son travail est reconnu nationalement et internationalement. LâEuropajazz festival Ă©tait devenu une institution culturelle.
Le Mans Jazz câĂ©tait aussi une Ă©quipe de bĂ©nĂ©voles, salariĂ©s, techniciens, passionnĂ©s de musique et heureux dâĆuvrer ensemble aux cĂŽtĂ©s des artistes ! Tous leurs efforts, leurs engagements et leurs ambitions pour cette association ont Ă©tĂ© piĂ©tinĂ©s par ces dirigeants inconsĂ©quents, qui ont prĂ©fĂ©rĂ© se mettre tout le monde Ă dos, supprimer 6 emplois, mettre en difficultĂ© des artistes qui avaient prĂ©vu des actions culturelles ou des concerts, et priver le public dâune scĂšne jazz⊠plutĂŽt que de rĂ©soudre un problĂšme RH plutĂŽt simple. Il y avait des solutions et personnes identifiĂ©es pour prendre la relĂšve et relancer lâactivitĂ©. Nous dĂ©plorons le gĂąchis auquel nous assistons aujourdâhui.
VoilĂ notre vĂ©ritĂ© telle que vĂ©cue de lâintĂ©rieur, elle avait droit de paraitre autant que la leur. Et encore, nous passons volontairement sur de nombreux autres aspects sombres, situations ou attitudes qui ont provoquĂ© cette longue agonie. Chaque ancien salariĂ© aura ses propres anecdotes et preuves pour Ă©tayer les propos que nous portons ici, cela dure depuis des annĂ©es, trop dâannĂ©esâŠ