POST-SCRIPTUM 730
AGITATION FRITE 2 : SUR LA SEULE FOI DES POCHETTES PARFOIS
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Lionel Fernandez (Sister Iodine, Discom, Minitel)…
EXTRAIT…
Qu'est-ce qui t'a ouvert aux expérimentations bruitistes ?
Ouch ! C’est un long fil à remonter ! Ma première claque ? À 11-12 ans… À l’époque j’habitais une cambrousse-misère, dans un petit bled du Beaujolais (je rêvais de la ville, de Lyon)... Mon voisin, plus âgé de deux-trois ans, est le premier punk des environs : il revient d’un voyage scolaire à Londres avec quelques disques, Punks Not Dead de The Exploited, mais aussi Dead Kennedys, GBH, Crass, et ça me transperce le cerveau ! De là, je bascule rock à tout jamais : adolescence keupon (Bérus, Lucrate Milk), puis je découvre Sonic Youth par un pote ayant la cassette de Sister en 1987. Drogués, on trippait à fond sur la fin psyché des morceaux, véritable pont vers l’abstraction, celle de « Pipeline / Kill Time » notamment. Toujours avec ce même pote, je découvre Throbbing Gristle, Missing Foundation, Einstürzende Neubauten, Swans : la musique industrielle en gros (plus dure, plus noire), et la no wave de Lydia Lunch et Contorsions. On monte en stop le week-end à Paris, on achète des disques aux Établissements Phonographiques de l’Est dont on avait vu les pubs dans le fanzine Hello Happy Taxpayers qui nous renseignait vachement sur toutes ces musiques. Et là, sur la seule foi des pochettes parfois, mais des chroniques également, le japanoise, la musique concrète, No New York et tout le tralala me tombent dessus. Baccalauréat en poche, je m'installe à Paris, et très vite les EPE deviennent ma base où je découvre tout ce qui continue de m’intéresser aujourd’hui.
Le fanzine Hello Happy Taxpayers était alors l'organe du parti ! Tu te souviens de collaborateurs, d'articles en particulier ?
Figure-toi que c’est de Botz et Henritzi dont je me souviens. Est-ce que Jacques Debout n’y écrivait pas aussi ? Jacques, je m’en souviens très bien dans Revue & Corrigée comme de la plume la plus rock, disons enfiévrée. C’est comme ça, grâce à eux, que je me suis mis à écouter Big Black, Pussy Galore, Swans… Je me souviens même d’une chronique enflammée et dithyrambique de Sister de Sonic Youth alors que, dans le même temps, l’album se faisait DÉ-MON-TER dans les Inrocks naissant : on avait choisi notre camp !
Tu lisais d'autres fanzines ?
Dans le désordre, et autant que je puisse me souvenir : Out Of Nowhere, Hyacinth, Bruit, PCP, Revue & Corrigé, New Wave, L’Armateur, Bananafish, Hope, Peace Warriors… En piochant dans chacun, il y avait tout qu’on aimait et qui nous excitait.
Quand vois-tu Sonic Youth pour la première fois ?
À l’Élysée Montmartre, ma (grande) salle préférée de Paris, pour la tournée Goo, en 1990. À ma connaissance, hormis une date fameuse au Confort Moderne à Poitiers en 1983, ils n’étaient jamais revenus. Je me rappelle qu’ils avaient joué « Stereo Sanctity » en deuxième, qui était alors mon morceau préféré : c’était chaud ! Pour l’anecdote, j’y avais retrouvé Erik Minkkinen, perdu de vue un an plus tôt, et on s’est rencardé à la sortie pour tenter un truc ensemble.
Ce truc ensemble, c'est déjà Sister Iodine ou autre chose ? Le premier album ADN 115, date de 1994, quatre ans après le concert auquel tu fais allusion.
Cet album est sorti au cours de l’hiver 1993-1994, entre décembre et janvier. Il a été enregistré en deux temps, en mai et en septembre 1993, et le concert de Sonic Youth datant d’octobre ou novembre 1990, ça fait plutôt trois..., ..., ...
( Michel Henritzi, par là )



















