POST-SCRIPTUM 846
TWO OF MY ALL-TIME FAVORITES (276): The Mothers Of Invention “Cruising With Ruben & The Jets” & “Absolutely Free”
( Frank Zappa, par là )
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POST-SCRIPTUM 846
TWO OF MY ALL-TIME FAVORITES (276): The Mothers Of Invention “Cruising With Ruben & The Jets” & “Absolutely Free”
( Frank Zappa, par là )
POST-SCRIPTUM 769
CE SOIR, CINÉ-CLUB (79) : “Eat The Document”, Bob Dylan.
( D, par là )
POST-SCRIPTUM 793
AGITATION FRITE 2 : DES AMITIÉS QUI S’ÉTALENT SUR UNE VIE
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Pierre Barouh.
EXTRAIT…
Dans le précédent volume d’Agitation Frite se trouve un long entretien avec Pierre Barouh, réalisé pour le magazine suisse Vibrations dans lequel il a été publié en 2001. En juin de la même année, je le sollicitais à nouveau pour un complément d’informations (l’interview ci-après, réalisée par téléphone), qu’il avait d’ailleurs complété encore plus avant, et par courrier, de ces quelques mots : « La nostalgie ? Beaucoup s’en défendent car ils ont tendance à faire un amalgame avec le passéisme, rien à voir. La nostalgie, pour moi, est un beau sentiment tant que l’on reste en prise sur le présent. Il m’arrive souvent de dire que je ne connais qu’une mort : celle de la curiosité. Tant que l’on conserve une faculté d’émerveillement, la nostalgie nous abreuve de « saudade » pimentés de tendres rires. À ce propos je vous joins (à titre personnel) un texte écrit récemment pour un Québécois, grand spécialiste du vinyle, qui, après recherches, sort un 33 tours réunissant mes tout premiers enregistrements comportant des chansons que j’avais oubliées. « Panou, c’était à l’époque du Saravah des Abbesses (début 1970), l’Art Ensemble Of Chicago s’amusait en studio. Je jouais au flipper au Saint-Jean, avant de commencer à discuter au bar avec un Noir. Il faisait du théâtre. Nous traversons la rue, je le traîne au studio, et, dans la foulée, « hold-up » de deux chansons. Un 45 tours est sorti sans grande attention des radios, Alfred a repris ses activités théâtrales et j’ai intégré « Je suis un sauvage » dans une compilation : Les Dix ans de Saravah. Aux dernières nouvelles, Alfred a changé de nom (j’ai oublié le nouveau, mais mon fils Benjamin doit en savoir plus), et sans se désintéresser du théâtre, il s’est occupé, je crois, d’un cinéma vers Saint-Michel. Pour l’anecdote : en 1976, nous étions à l’époque distribué par RCA, et j’imagine de regrouper dix années dans un coffret assez éclectique de quatre albums. Le mot « compilation » n’était pas alors apparu... Existaient-elles ? Opinion, alors, du distributeur : « Quelle idée ? Ça va pas ? Regrouper dix ans d’insuccès commerciaux ! » C’est un bel objet orné d’un très beau dessin, cadeau de Jean-Jacques Sempé. »
Cet entretien, inédit, a été réalisé en juin 2001.
..., ..., ... En dehors de la musique et du cinéma, quelles sont vos passions ?
Les amitiés, le rapport affectif et complice avec mes proches ; le rugby et tout ce qui l’accompagne ; la perspective de combler mes manques ; tout ce et ceux qui sollicitent mon imagination… Le flipper matinal au bistro du coin, lorsque je suis en France, c’est mon yoga !
Où vivez-vous aujourd’hui ?
Ca, c’est une bonne question. (Rires)
Vous ne regrettez pas la France ?
Non ! Dans la mesure où elle toujours présente, détentrice de mes racines. C’est un pays indisciplinable, porteur d’un fond d’anarchisme réconfortant, où l’on peut vivre des amitiés qui s’étalent sur une vie.
Vous donnez l’impression de vous laisser porter par les choses : ce que vous appelez « l’effet pollen » que vous venez d’évoquer...
Ma passion obsessionnelle des rivières m’a inconsciemment incité à me laisser porter (mon côté « bouchon de liège »), mais cette disponibilité réclame une grande vigilance. De sa source à son échéance (un fleuve, un océan) une rivière a un parcours implacable mais tributaire des impondérables (un rocher, une déclivité) : elle revient sur ses pas, s’accélère… La notion de « l’effet pollen » m’est parvenue par le parcours de la « Samba Saravah », qui, bien que n’étant pas un tube, a circulé en sorte que, depuis trente-cinq ans, partout où je passe, je rencontre des gens dans un bar, à trois heures du matin, qui me disent : « J’ai changé ma vie sur cette chanson. J’ai arrêté de bosser, je suis parti en voyage. »
Cela me fait penser au film Les Naufragés de l’Île de la Tortue, de Jacques Rozier, où Nana Vasconcelos, que vous avez produit, incarne son propre rôle aux côtés de Jacques Villeret et Pierre Richard… De ce long métrage, vous en êtes d’ailleurs aussi, si mon souvenir est bon. On imagine aisément les cinéastes Jean-François Stévenin et Patrick Grandperret, proches d’esprit de Jacques Rozier, également sensibles à « l’effet pollen » !
Il y eut depuis beaucoup d’autres exemples confirmant les vertus de cet « effet pollen » dont moi-même me suis nourri si souvent : un mot, une remarque, une chanson, livrés aux vents sans que l’on sache où il les dépose, où ils germent et fleurissent. Parfois, une conversation de bistro fait plus de chemin qu’une présence télé devant quinze millions de personnes !
Finalement, l’éclectisme qui caractérise votre démarche vous a-t-il plutôt servi ou desservi ? Il y a bien dû y avoir des galères ?
Pour moi, sans coquetterie, il n’y a aucun éclectisme : je suis incapable de faire le moindre dessin ou d’esquisser un pas de danse. J’ambitionne de raconter des histoires, de solliciter l’imagination des gens. Des galères ? Bien sûr, il y en a eu, elles font partie du parcours, mais dans la mesure où, ma faculté d’occulter le négatif aidant, on en parle plus tard en se marrant. Je l’ai déjà dit, je m’estime privilégié..., ..., ...
( Pierre Barouh, par là )
POST-SCRIPTUM 783
SUBCULTURE (INDIGO OFF / FLASH TATOUÉ)
If you could share the bill with any band in history?
Thurston Moore: So many bands I would have loved to be on the same bill as! Some of which I have: Patti Smith, Public Image, Neil Young & Crazy Horse, The Stooges - all dreams realised. I would've loved to have been playing on a bill with the Feminist Improvising Group, free improvisers who existed in the early '70s in London and played a handful of gigs and only released one astounding cassette in its time. They are underdocumented in the history of British underground music and I'd love to publish a recording/book of their work at some point!
( Lindsay Cooper, par là )
POST-SCRIPTUM 784
DE CÉLESTES LABIALES DANS UN MONDE DE GUTTURALES
(deux-trois considérations sur la légèreté dans la pop comme résultante de la possible absence de l’interprète à soi-même)
nonchalance & neutralité
Dans la chanson populaire parfois, et même dans d’illustres exemples participant d’une certaine universalité, la légèreté ressort de la neutralité de la voix, vecteur essentiel sinon l’ultime, du texte et de la mélodie ; neutre, la voix semble alors indépendante du corps dont elle émane – c'est-à-dire désincarnée, flottante et extérieure à l’enveloppe organique qui l’accouche avant de l’expectorer.
Dans ce cas précis, la voix laisse couler la musique avec un détachement suprême, exempte de toute théâtralité, par essence, étrangère à la légèreté.
Ingénument, et sans s’en douter, Astrud Gilberto a inventé l’idée qu’on se fait depuis de la bossa-nova, style indéniablement léger qu’elle a marqué de son empreinte à force d’inexpressivité assumée. Détachée du souci de bien faire, et totalement insouciante, Astrud Gilberto est entrée par hasard en studio, et sa méconnaissance du métier de chanteur lui a interdit d’interpréter « The Girl From Ipanema » autrement que d’une voix blanche, offerte comme une portée vierge à la musique pensée par d’autres qu’elle.
Une manière comme une autre de faire, dont Claudine Longet serait un autre chantre potentiel ; un pont tendu vers une légèreté non préjudiciable (au contraire) ; une légèreté incolore mais non dénuée de saveur, sans aspérités et néanmoins frappée du sceau de la mélancolie ; une légèreté ayant depuis 1963 fait école, essaimant par exemple du côté de la pop fragile de Young Marble Giants dans les années 1980, de leurs ritournelles entêtantes et de leur naïveté feinte, ou bien encore chez Everything But The Girl le temps de l’album Eden.
présence & inaccessibilité
La légèreté touche les âmes sensibles, s’accorde à la sophistication mélodique et aiderait à croire à l’existence d’un paradis terrestre. Son émergence dans la pop a aussi coïncidé avec une époque marquée par l’insouciance et dont la félicité incongrue a été rattrapée par les bouleversements sociaux.
A bien y regarder, dans la chanson, la légèreté correspondrait finalement à la coïncidence magique entre la complexité du fond et la limpidité de l’expression, deux qualités dont les compositions de Burt Bacharach et Hal David s’avèrent désormais quasi emblématiques, qu’il s’agisse de « Close To You », « Walk On By » ou « Raindrops Keep Fallin’ On My Head » pour ne citer que celles-ci, toutes trois caractéristiques de cet « easy-listening » s’accommodant si bien de l’écoute distraite désignée sans hypocrisie par cette étiquette, alors que d’autres musiques (moins légères ?), afin d’être perçues à leur juste valeur, nécessitent au minimum l’immersion et une attention soutenue de chaque instant.
Aux chansons conçues de concert par Burt Bacharach et Hal David, c’est une voix féminine, encore, et dont on peine bizarrement à déceler la négritude, qui aura offert le plus bel écrin : celle de Dionne Warwick. Que son interprétation soit éblouissante de légèreté tient à ce que sa maîtrise, aux antipodes du naturel et de l’autodidactisme d’Astrud Gilberto, jamais n’écrase ce qu’elle incarne de son énorme expérience conquise dans les chorales des églises baptistes, prouvant qu’une chanson est avant tout affaire de distance, et que la légèreté s’y gagne à force de présence et d’inaccessibilité mêlées, curieux cocktail également à l’origine des ambiances éthérées des morceaux de Cocteau Twins.
POST-SCRIPTUM 794
UNE FINE BRUINE DE NEIGE FONDUE
Audimat présente ainsi l’article d’Arnaud Maguet intitulé “Les Voyages de Dashiell Hedayat et Michel Bulteau” : “Poète électrique, éditeur d’auteurs infréquentables et traducteur d’Aubrey Beardsley, Denton Welch, Dylan Thomas, Paul Bowles ou même Saul Williams, Michel Bulteau a aussi fait un peu de musique depuis ses débuts dans les années 1960, comme par exemple au sein du groupe Mahogany Brain, dont le premier album a été réédité voici quelques mois. Jack-Alain Léger, écrivain — notamment auteur du best-seller Monsignore en 1976 — magnétisé comme Bulteau par la contre-culture rock et pop, a quant à lui enregistré un disque devenu une haute curiosité française, Obsolète, sous le nom de Dashiell Hedayat. On sait un peu que le « rock » et la littérature entretiennent en France des rapports parfois envahissants : ils se fascinent tellement l’un l’autre qu’ils en perdent parfois leurs moyens — en 2013 Audimat avait d’ailleurs organisé à la Gaité Lyrique un débat sur ce sujet. Aussi ne pouvions-nous pas refuser un projet d’article proposant de s’intéresser sur pièces à ce « marronnier » de la culture underground française. Arnaud Maguet est un plasticien qui travaille beaucoup sur la musique, il sort d’ailleurs aussi des disques sur son label les Disques en rotin réunis. Il enseigne par ailleurs à la Villa Arson, à Nice. En décrivant méthodiquement, mais non sans style, l’expérience d’écoute des deux opus susmentionnés et en l’épaississant de faits et de fictions, il avance sur le terrain scabreux de cette légende du rock littéraire en l’ouvrant à son imagination auditive — comme si son oreille, lassée qu’on la gave de conjectures, avait préféré inventer ce qu’elle entendait.”
EXTRAIT HEDAYAT
..., ..., .. “On ferme les yeux et on pense à Youtube : tout de cuir noir vêtu, face à Denise Glaser, dans une unique archive télévisée de l'époque, tout engoncé et suant comme un Vince Taylor filmé en 4:3 mais regardé en 16:9, bouffi et hirsute, motard crypto-gay changeant les paroles en « Mystère rose », ceinture-fouet en main, en 1971 en France, il n'est ni de son temps ni de son espace. Il est dans un temps parallèle, celui de la fiction, celle du personnage qu'il a créé et que présentement il incarne. Il est ce rôle, en ce jour, pour lui plus viable.
« Ta Chrysler est salement défoncée.
Oui, mais on est tous défoncés ! »
Une ritournelle de manège d'antan, de l'eau qui coule dans un récipient, ce récipient qui résonne en une cadence, une descente de guitare, les gémissement de Gilli Smyth, la douce sorcière du Gong. C'est une Fille de l'ombre.
Ensuite, pour moi, la plus belle chanson du disque, la plus belle balade chantée en langue française, peut-être. Paroles cryptiques, surréalisme drogué : « Cheval vapeur / horse power ». Une chanson d'amour malgré tout, malgré les paradis artificiels, malgré toutes ces choses qui ne sont que des reflets et le réel qui par-delà aboie : « Ce n'est pas à vous que ces compliments étaient adressés, vous l'avez cru parce que vous êtes rousse aussi, c'est pour votre chien que mon cœur bat ». Long Song For Zelda, quelque part entre Madame Fitzgerald et la princesse de synthèse, il y a donc eu un chien roux. Comme il devait être beau.
Puis, William S. Burroughs parle un peu, alors nous écoutons”..., ..., ...
EXTRAIT BULTEAU
..., ..., ... “« Michel Bulteau divague vocalement, la plupart du temps en anglais, et sans grande énergie communicative, accompagné d'un duo ou d'un trio de musiciens, incluant Patrick Geoffrois à la basse. Cela sonne aussi mollement qu'un groupe blues-rock digérant très mal un gâteau aux psilocybes préparé selon une recette douteuse ». C'est assez cinglant, mais c'est bien ainsi, très brièvement, que Éric Deshayes et Dominique Grimaud (principal architecte du génial Vidéo-Aventures) évoque le premier album de Mahogany Brain dans leur ouvrage L'Underground musical en France (Le Mot et le reste, 2013). Quant à mon cher ami Philippe Robert, même si je sais qu'il l'apprécie, il ne l'évoque pas dans son Musiques expérimentales (Le Mot et le reste, 2014). C'est dire si la rencontre avec ce monument supposé commençait mal, aucune écoute n'étant disponible vu la rareté de l'objet. Pas moyen de se faire alors un avis personnel. Mon disquaire de quartier en proposait bien un exemplaire original à la vente, mais à un prix si prohibitif qu'il n'était même pas proposé à l'écoute. On ne goûte pas une bouteille Cheval Blanc millésime 1961 avant d'en faire l'acquisition, et puis, le temps passant, il a peut-être tourné vinaigre — les outrages de l'âge s'attaquent aussi parfois aux objets du culte. Quelle engeance !
Hiver 2017, Paris, boutique Souffle Continu du label éponyme. Ils viennent de rééditer ce disque. Dehors il tombe une fine bruine de neige fondue, glaciale. Fin d'après-midi, la boutique est vide, j'ai tout le temps de discuter avec le toujours sympathique taulier derrière le comptoir et d'écouter le vinyle au casque.
On referme les yeux et on repense à Youtube : je sais que les versions schredded de concerts filmés ont fait beaucoup de mal à l'image de la musique expérimentale improvisée, mais là, dans une des boutiques les mieux achalandée que je connaisse, écrasé par la culpabilité, tous les yeux de tous les visages reproduits sur toutes les pochettes autour de moi semblant me toiser et me juger, là, précisément, en écoutant ce disque, c'est exactement ce à quoi je pense. J'ai honte.”..., ..., ...
( Dashiell Hedayat, par là )
POST-SCRIPTUM 788
AGITATION FRITE 2 : PAR GRAND FROID, SUR LES FALAISES
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Raymond Boni.
EXTRAIT…
Toulon est une ville dure. J’y suis né et je l’ai quittée à 16 ans. C’est une ville où je n’ai pas été heureux mais où j’ai rencontré des gens. Des gens qui aimaient le jazz. Il y avait un bistrot dont le patron était un fanatique de ça et du football, un type qui m’a fait découvrir certains disques avant l’heure. Dix ans avant la mode, il connaissait Ravi Shankar. Puis le free jazz. Dans le jukebox, le plus mauvais disque c’était Jacques Dutronc, et c’était déjà pas mal. Il y avait aussi du Georges Brassens, du Nina Simone, du Ray Charles... Rien de mauvais. Et Albert Ayler, John Coltrane, Stan Getz, Lionel Hampton, les Jazz Messengers d’Art Blakey, Thelonious Monk, Charles Mingus, en 45 tours ! C’était extraordinaire. Il se passait des choses. Quand les Jazz Messengers venaient, on faisait une soirée intime, de bric et de broc, en faisant le bœuf avec les gitans qui passaient. C’était dans les années 1950 / 1960. Dans les bals, ils jouaient du free jazz sur du rhythm’n’blues. Maintenant c’est plus pénible, Toulon. Facho. Toutefois, il reste toujours des gens formidables.
Ensuite, j’ai passé quatre ans en Angleterre, puis je suis revenu à Toulon. J’ai vécu quinze ans à Paris, puis je suis redescendu à Marseille et enfin à La Redonne (magnifique petit village portuaire à un quart d’heure de Marseille – ndr) où j’habite depuis huit ans. Les musiciens n’hésitent plus à sortir de Paris, ville qui devient vraiment impossible à vivre. Il n'y a plus d’argent pour ce genre de musiques improvisées... Depuis deux ans, j’y joue à nouveau assez souvent, notamment aux Instants Chavirés. Ces quinze / vingt dernières années, j’ai surtout travaillé sur des musiques de spectacle. Quand on n’est pas à Paris, les gens n’appellent plus, les médias vous oublient. Peut-être même imaginent-ils qu'on fait la gueule ? C’est ridicule, mais c'est comme ça ! J’ai fait des tournées avec Joe McPhee aux États-Unis et une au Canada il y a déjà pas mal d'années. A l’époque, parce que j’étais timide, je n’ai jamais été fichu d’en parler alors que d’autres payaient pour jouer dans certains endroits. Je crois qu’aujourd’hui, si on a du blé, et qu’on fait de la publicité autour des disques, avec une somme d’argent bien gérée, et une musique assez bien réalisée même si sans génie, on peut devenir une star ! Je l’ai vu ces dernières années. Et j’ai négligé ce sens-là du business : on a dû considérer que j’avais mauvais caractère, que j’étais méprisant. J’aurais aimé que ça se passe autrement ; cependant je ne sais pas appâter, ce n’est pas dans mon caractère. Ça fait pas mal d'années que les journalistes, dans la presse spécialisée, ne font plus leur boulot. Ils parlent de gens qui savent mener leur carrière, mais qui n'ont rien à dire.
Si tu regardes l’histoire du jazz, beaucoup ne sont pas d'origine française : il y a des Italiens, des Espagnols, des Grecs, des Arméniens. Des gitans qui font du jazz pour pouvoir s‘exprimer. Socialement, ça s’explique. Marseille a beaucoup de charme. C'est une ville indisciplinée qui échappe au pouvoir, et j’espère que ça restera comme ça. On n’étonne pas le public à Marseille. Quand je suis arrivé ici, qu'est ce que j'ai vu ? Le dimanche après-midi, par grand froid, sur les falaises exposées au mistral, des gens face à la mer au lieu de regarder la télé. Quand on voit le spectacle de Marseille, on ne peut pas se prendre très au sérieux. Le Marseillais n'est pas étonné. Ici, on frime pour rigoler. Le Marseillais, à la différence du Parisien, a beaucoup d'humour avec ça. C'est sain..., ..., ...
( Raymond Boni, par là )