║ LEZ ARTS A AIMÉ ║
Ivresse(s) de Falk Richter, mis en scène par La Manufacture Compagnie Jean-Claude Fall. Le 10 mars au Domaine d'O.
Décor de papier :
Les comédiens arrivent sur scène, jetant des feuilles de papier qui recouvrent bientôt tout le plateau. Le public reste longtemps, lui aussi, sous le feu des projecteurs. La scénographie de départ est simple. Elle s'enrichie peu à peu de feuilles comme du linges qu'on étend, formant des écrans de projection. Sur ces écrans, diverses vidéos sont projetées, des conversations Skype, des visages éclairés à la lueur de smartphones, des photos de profil prises en direct ou encore des extraits de films célèbres. La maîtrise de la vidéo instantanée est impressionnante. La retransmission en directe n'est pas un artifice dans Ivresse(s), elle fait partie intégrante de la mise en scène et contribue totalement à livrer au spectateur un propos d'actualité, politique et percutant.
Crise sociale, critique sociétale :
Ivresse(s) est une critique de la société. Au premier abord l'auteur s'exprime sur notre monde individualiste, tandis qu'au second plan il critique une société capitaliste gouvernée par des spéculateurs. L'Homme est ainsi pris au piège dans un monde où le seul moyen de s'exprimer serait les réseaux sociaux. Un profil Facebook, une recherche de like, véhiculant une image idéalisée de nous-même. L'envie de rencontrer l'autre en dehors de l'écran se fait forte, mais une fois en face à face l'Homme n'est plus à la hauteur de son image virtuelle. Une vie bien solitaire se ressent dans ce système autocentré. Sur scène différents portraits d'âmes solitaires se manifestent, recherchant désespérément du contact avec l'Autre. Une lueur d'espoir se ferait-elle ressentir à la fin lorsque les comédiens font acte de résistance en manifestant ? Est-ce possible pour l'individu de continuer à vivre dans un monde si indifférent ? Est-ce qu'un jour tout basculera et on se dira « C'était comme ça à l'époque, comment pouvait-on le supporter ? »