Il y a des films qui vous font penser que la vie est un casino géant et Double mise est un de ceux-là. Le film est sorti en 1996 mais il n’a rien perdu de son mordant.
C’est l’histoire de Sydney (Philip Baker Hall), un parieur professionnel élégant et d’un certain âge. Il décide d’aider un jeune homme paumé, John (John C. Reilly). John a besoin de 6000 $ pour les funérailles de sa mère. Le parieur l’emmène à Las Vegas et décide de lui montrer un truc au casino pour obtenir de l’argent. Sydney est peu bavard et John plutôt perdu. Cependant, il veut apprendre tout de son nouveau mentor.
Deux années sont passées et John est devenu son protégé. Il s’habille comme lui et a appris comment gagner sa vie en trichant au casino. Ils ont une bonne relation et Sydney représente une figure paternelle.
Arrive Clémentine (Gwyneth Paltrow), une serveuse de bar aux yeux tristes et au comportement aguicheur avec les clients. Elle aime bien Sydney parce qu’il donne de bons pourboires et elle le surnomme « Capitaine » à cause de son assurance naturelle. Quand John présente à Sydney son nouvel ami, Jimmy (Samuel L. Jackson), le garde de sécurité, le parieur le dévisage et visiblement, les deux hommes ne s’aiment pas.
Sydney qui a découvert que Clémentine se prostitue à ses heures perdues tente de la convaincre de changer de gagne-pain. Mais les choses se compliquent quand John tombe amoureux de la serveuse/prostituée. Un client malhonnête n’a pas payé Clémentine après ses services et John le roue de coups avant d’appeler Sydney pour l’aider.
Le film aurait pu devenir un pulp fiction mais le réalisateur (Paul Thomas Anderson) a de plus grandes ambitions. Le parieur aide John et Clémentine avec un dévouement de père à la rescousse. Il prend le visage de John dans ses mains, lui dit que tout ira bien et sèche les larmes de Clémentine. Son calme et sa voix basse ont un grand effet sur les amoureux en détresse. Ils finissent par suivre ses directives et ses instructions pour se sortir du guêpier et éviter des tracas avec la police.
Cependant, Jimmy, le garde de sécurité, est au courant de quelque chose qui pourrait détruire la relation paternelle de Sydney avec John. Il sait que dans le passé, Sydney a tué le père de John et il veut beaucoup d’argent pour garder ce secret.
Le maître-chanteur a un pistolet et il est menaçant. Sydney, une arme pointée sur lui, admet qu’il a assassiné le père de John. Il lui offre 6000 $ pour se taire. La raison de ce meurtre n’est pas révélée mais le parieur insiste; à l’époque, il n’avait pas de choix.
Jimmy n’en a cure des raisons morales de Sydney et s’empare du magot avant de disparaître. Il y a un appel téléphonique de John qui est en chemin vers les chutes du Niagara avec Clémentine, en voyage de noces et aussi pour s’éloigner des autorités. C’est à ce moment qu’on réalise que le dialogue entre Sydney et John est devenu celui d’un père à son fils. Il n’est plus un mentor. Depuis qu’ils sont sortis de cette pièce avec l’homme battu qui ne voulait pas payer Clémentine, leur conversation s’est imprégnée d’amour et d’affection. Cela a cimenté leur relation. « Tu sais que je t’aime comme un fils », dit le parieur à John. Le jeune homme arrive à peine à répondre, la gorge nouée par l’émotion.
Après cette déclaration d’amour filial, Sydney raccroche et se rend chez Jimmy. Il décide de faire taire le maître-chanteur pour toujours. Ce choix est pris durant la conversation téléphonique avec John. Il a réalisé qu’il ne pouvait pas mettre leur relation en péril. C’est risqué mais il n’est pas un novice en la matière et exécute le garde de sécurité lui-même, sans lui adresser la parole. C’est un homme peu bavard.
Les jeux étaient faits et c’était le plus important pari de sa vie. Sydney a parié sur sa relation filiale avec John. Il a gagné au casino de la vie.
L’écrivain Jack London a dit « La vie ne dépend pas toujours du fait d’avoir les meilleures cartes; quelquefois il s’agit de jouer bien avec de mauvaises cartes. » (Traduction libre).