Sens du comic
Je vis dans un pays appartenant au tiers-monde où les livres ne sont absolument pas la priorité.
Un jour, un éditeur local m’a contactée pour illustrer un livre pour les tout petits, un petit livre imagé où j’ai à dessiner les mots: une maman, une table, une fête etc. Au total 100 mots, pour 125 euros et 2% de droits d’auteurs uniquement si l’éditeur fait un retirage (maigre salaire dans un pays pauvre, mais j’avais besoin de sous ce jour là).
Je finis le travail à temps. Ayant vu le graphisme de leurs livres qui laisse à désirer, et étant graphiste dans une agence de communication en parallèle, je propose de faire (gratuitement) la maquette et la mise en page car pour moi c’est une partie de plaisir de faire ça. Mais l’éditeur refuse car il a un graphiste dédié pour ce travail. Je n’insiste pas, je me dis que je n’ai sûrement pas l’oeil car je ne fais pas souvent ce genre de travail dans l’agence où je travaille depuis 6 ans. Le livre sort, il m’appelle pour me remettre mes exemplaires (deux exemplaires, soyons fous !)…
Je découvre avec horreur mes dessins qui ont été coupés alors que j’avais le bon format, des couleurs retouchées d’une manière très sauvage, et bien sûr pour parfaire l’ensemble : la police « Comic sans » partout.
J’ai très honte de ce livre car il reflète tout ce que je déteste dans le graphisme, étant une maniaque concernant les mises en page; mes collègues au travail se sont tellement marrés. Je n’ai rien partagé sur les réseaux sociaux concernant ce livre. J’ai fait exprès d’oublier l’existence de ce livre, que l’éditeur trimballe partout à l’étranger pour des salons du livre… mais il a fini par me choper (dans ma cachette) pendant un salon du livre dans mon pays, et il m’a demandé de signer des livres. Quand j’ai vu les enfants qui étaient tout contents avec leur livre, je me suis dit qu’il y a eu finalement quelque chose de bon dans ce livre, ça m’a soulagée.












