Moi j'suis le genre de fille dont l'entregent flip un trente sous le matin pour savoir s'il va se lever ou pas. Si j'te vois dans l'autobus, toi que je connais vaguement, y'a une chance sur deux que je te dise salut, pis autant de chances que je t'ignore froidement comme si on s'était frenché au jour de l'an pis que j'en avais encore honte. Oui, même si ça fait deux ans. Non, j'en reviendrai pas.
J'aime gros ça le féminisme, pour plusieurs raisons. Notamment parce que, grâce aux féministes d'avant que j'existe, la société n'attend plus de moi que je passe mes soirées à recevoir les collègues de mon mari à coup de petits fours et de brandy. Ah, pis aussi parce que la société s'en crisse que j'sois pas mariée. Mais surtout parce que j'ai pas à entertain-er des gens dans mon salon en leur servant de charmantes banalités en guise de conversation. Parce que, pour être franche, j'les ai pas ces skills là.
Tsé j'suis pas complètement incompétente socialement, des fois j'peux même être aussi à l'aise qu'un poisson dans un p'tit étang. J'irais peut-être pas jusqu'à me garrocher dans l'océan, mais bon... on se comprend. Mettons que mes skills de socialisation sont pas toujours fiables fiables.
Malgré ça, j'veux vraiment être cool. C'est un restant du secondaire faut croire, j'feel croche si les gens me trouvent pas au minimum sympathique. Quand y'a un nouveau ou une nouvelle dans la place, j'vais lui jaser ça jusqu'à ce qu'on ait du fun, quitte à y passer la soirée. Même si j'me fais chier parce que la fille parle juste de comment à son mariage il va y avoir des serviettes de table couleur fushia (pour vrai, fushia ? ben voyons... ). Mon orgueil en dépend.
Ça fait que quand mes voisines (inconnues) d'en bas ont pris mon invitation à la pendaison de crémaillère de l'appart au sérieux, pis sont débarquées atriquées comme pour aller club-er sur du Robin Thicke, j'me suis pitchée à leur rencontre. Demême, sans l'ombre d'un p'tit regard pour le fossé qui séparait nos cultures respectives. Heureusement mon entregent s'était non seulement levé ce jour là, mais en plus y'avait déjà bu trois verres de vin pis y'était pas mal su'l'party.
Une heure et demi plus tard, quand elles sont allées continuer le party ailleurs, pis que j'me suis affalée sur une chaise à côté de connaissances qui ne disent pas des affaires comme « Alright mon Bobby j'te montre mes boules quand on arrive byyyyyyyyyyye ! », j'me suis dit que si j'avais eu à faire ça plus qu'une fois par année, j'serais sois virée folle, sois alcoolique.
En tout cas, elles ont dit à mon colloc que j'étais vraiment sympathique. L'ado de 15 ans en dedans de moi est ben fière.