DoctoVide (sketch théâtre)
Description :
Le lieu est une salle d'attente de clinique ou laboratoire médical. Il y a deux personnages ; un(e) Patient(e) plutôt détendu(e) et rieur(euse), et un(e) Médecin de très mauvaise humeur. Le Patient a un smartphone, le Médecin possède des lunettes (rangées dans une poche au début).
Script :
Patient est assis seul et parle en visio sur son téléphone. (Médecin entre au cours de la dernière phrase du monologue.)
P : Après j'lui ai dit, mon bonhomme, si tu veux mon opinion franchement, j'te la donne. Il m'a dit oké, franchement. Alors j'lui ai dit, eh bé, ta sculpture c'est le fils de Quasimodo et Elephant Man ! Le gars y a cherché ça sur TerraNet, pour voir de quoi j'parle. Et là il m'a dit, mais c'est nul ton critique, t'es invivable comme personne ! Il m'a insulté un peu pis il m'a raccroché au nez. (Il se marre ; entrée de Médecin.) T'imagines le mec, y me demande mon avis et après y m'insulte parce que j'lui ai dit ! M : Et encore, je suis sûr qu'il se retenait. P : Ah toi ! Salut, qu'est-ce tu fais ici ? M : Je travaille. Ca se voit comme le nez sur la figure, non ? P : Tu fais des heures sup' ? Tes horaires normales, c'est- M : Il n'y a pas d'horaire normale ici. Je suis médecin, pas comptable. P : Bwof ! médecin, banquier, policier, terroriste. Tout le monde a ses heures d'ouverture, non ? (Au téléphone : ) Ah, à propos d'ouverture. Félix, comment se passe ton machin ? M : Je remplace une collègue malade. P : Ouais ? Qu'est-ce qui arrive au "médecin, guéris-toi toi-même" ? (Il fait un clin d'oeil au téléphone, puis le tourne vers Médecin.) M : Heureux soit celui qui connaîtra jamais quelqu'un comme toi. P : Hé, si t'es venu me ruiner le moral, faudra trouver mieux ! M : Alors écoute celle-ci ; c'est moi qui suis ton dossier.
P (au téléphone) : J'te rappelle. (Il raccroche et le range.) T'es sérieux ? M : T'es le clown de service, pas moi. P (se levant) : T'as pris la responsabilité de mon dossier ? M : Faut bien te surveiller, et personne te connaît mieux que moi. P : Mais c'est génial ! Alors, c'est toi et moi ici ? M : Oui, malheureusement oui. P : C'est comme au bon vieux temps, tu te souviens ? M : Je me souviens que t'avais attrapé des amibes mangeuses de cerveau. P : Ah ouais, c'était ma vingt-troisième anniversaire ! M : Les pauvres, elles ont dû crever de faim là-dedans. P : Ah ah ! C'est qui le clown maintenant ? M : Tu passais ton temps à faire le malin pendant que je me tuais à te sauver les fesses. Oui, je m'en souviens comme si c'était hier. Parce que c'était hier ! P : Ah ouaiiiii ! J'espère que papy nous en veut pas ? M : Juste toi, et arrête de l'appeler papy, ça me perturbe. P : Ohh, mais c'est qu'il est soupe au lait, le brillant esprit scientifique !
M (sortant ses lunettes) : Je disais donc, ton dossier… (Il les met et commence à tapoter une des branches.) P : Ah ça y est, c'est l'esprit analytique qui revient. M : Bon, Fleury-Michon et Charal et compagnie, passe la pub. Ah ! (Il cesse d'appuyer et se concentre.) Ils ont pas encore tout terminé. Hématies normal, densité normale, taux de stress - bon, je sais bien que tu prends jamais rien au sérieux, alors… P : Ouais, ça s'appelle être calme. Tu devrais essayer aussi, un de ces jours. M : Tiens, il y a encore des traces de trypanosine. T'aurais pas refait une sortie spatiale la semaine dernière ? P : Une sortie ? Meuh non, pas du tout. M (retirant les lunettes et pointant vers ses yeux) : Regarde-moi, là. Là, dans les pupilles. P : Ouais. M : On t'a proscrit les sorties. P : Ouais. M : Les vols et missions en station, c'est permis. Mais pas la sortie en scaphandre. P : Beh, j'suis pas sorti en scaphandre. M : Ni la téléportation ! Pas de sortie et pas de zap, pendant trois semaines au moins. P : J'te dis que j'ai pas fait ! M : Alors, cette trypanosine ? Elle pousse dans ton jardin, peut-être ? P : P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non.
M : Toi, je te jure… (Il remet les lunettes, et tapote.) Raaah, j'm'en tape de tes Pfizer et tes Comme J'aime et tes extensions phalliques ! P : Faudrait quand même que ton service, y s'abonne au premium. Toutes ces pubs, ça te- M : Ah voilà… Hah ! De l'iridium dans ta peau, je le savais ! (Il retire sèchement les lunettes.) T'es sorti, et sans aucune scaphandre, j'en étais sûr ! Et tu joues l'innocent ? P : Ah, mais pas du tout. M : Tu mens à ton médecin ! P : T'avais bien dit, en scaphandre. Et j'avais pas fait ça. M : Joue pas au con avec moi ! T'es sorti dans l'espace, sans protection. Alors qu'un nexus traverse le système solaire ! P : Ben, et alors ? M : Un nexus d'un décalage temporel jamais vu, qui laisse les chrono-enquêteurs sans voix ! P : Bwof, c'est rien ça. Au pire, ça fait vivre une semaine ou deux à l'envers, puis on s'en remet.
M (remettant les lunettes) : Je déclenche la procédure de quarantaine organo-causale. (Il saisit Patient.) Suis-moi bien gentiment, et surtout ne touche à rien ! P : T'exagères, je vais bien. T'as vu mes tests, non ? M : Justement, il faut un examen pour syncope cardiaque et test d'intoxication chronogénique. Je te jure, si tu t'es fourré dans une déchirure temporelle, je te bute ! P : Eh, tu vas me taper dessus ? Ca va pas à l'encontre de ton truc, là ? Comment s'appelle, le machin d'Hippocrate ? M : Oui eh ben, c'est soit ça soit je te laisse te foutre dans un paradoxe de plusieurs mois. Et à ta sortie, ce sera à moi de resynchroniser toutes tes cellules, une par une ! Je veux bien te voir aussi misérable que les gens qui t'aiment, mais avoue qu'il vaut mieux te cogner que- P : Oh attends ! M : Quoi encore !? P : T'as dit que tu m'aimes ? Oh, t'es tellement sympa, j'ai toujours dit- M (poussant Patient) : Tu la fermes et tu te laisses gentiment- P : …gentiment emmener en quarantaine. Ouais j'connais le refrain. M : Comme si c'était une bonne chose…
Les deux sortent.














