Le grand registre est posé sur la table ouvert. À tout moment, l’une d’entre elles s’en approche et y écrit quelque chose. Il est difficile de le compulser parce qu’il est rarement disponible. Même alors, il est inutile de l’ouvrir à la première page et d’y chercher un ordre de succession. On peut le prendre au hasard et trouver quelque chose par quoi on est concerné. Cela peut être peu de chose. Les écritures si diverses qu’elles soient ont toutes un caractère commun. Il ne se passe pas de moment sans que l’une d’elles s’en approche pour y inscrire quelque chose. Ou alors c’est une lecture à haute voix d’un passage quelconque à laquelle il est procédé. Il se peut que beaucoup d’entre elles soient présentes pour la lecture. Il se peut aussi que la lecture se fasse sans assistance aucune, sauf une mouche qui importune la lectrice en se posant sur sa tempe.
Les Guérillères, Monique Wittig, 1969









