Diplômée des beaux-arts de Bordeaux, fondatrice en 1995 de l’association A5 bis, Anne-Karine Péret disposait en 2005 d’un petit espace rue Maydieu. Des artistes devant partir vers la périphérie la sollicitaient pour des ateliers. En participant à la manifestation du Groupe des Cinq « Opendoors Openeyes », elle rencontre Séverine Etchenique et fonde avec elle l’Espace 29, qui ouvre en janvier 2006. Choisi pour sa situation au 29 de la rue Louis-Marin, près de la place Gambetta, le lieu répondait à l’idée d’espaces organisés selon un principe de mobilité intérieure et de détournement de leur objet initial. En l’occurrence, il s’agissait d’un espace de laser game. En cinq mois, une équipe de 20 artistes y réalise l’aménagement de 760 m2.
L’Espace abrite 30 ateliers, louables par des cotisations mensuelles et annuelles constituant 50 % des ressources, le restant provenant de subventions de la ville, du département et de la région. Il est gratuit pour les artistes exposants qui se voient offrir un droit de représentation. Depuis 2006 sont organisées annuellement une exposition collective et une résidence d’artiste invité, logé par la ville de Bordeaux. Puis l’Espace 29 présente cinq expositions individuelles par an. Le lieu est autogéré par les artistes constitués en comité de direction artistique, la convention de partenariat et les subventions permettent l’emploi d’un à deux salariés. La formule est un intermédiaire entre « rien » et une galerie, offrant les mêmes conditions d’exposition et la présentation aux professionnels − associatifs, galeristes, institutionnels locaux, collectionneurs…
Anne-Karine Péret, par ailleurs travailleuse sociale sur un horaire de nuit, est la gestionnaire mandatée en charge de l’administration. Elle compose aussi de la musique pour des plasticiens et fait des recherches sur le son de la voix. L’humain, ses aptitudes esthétiques et sémiotiques sont pour elle une énigme passionnante, comme l’alchimie entre arts plastiques et arts appliqués, l’empreinte du corps et de l’esprit dans la matière… Se référant à Aristote ou aux « Mind-Openers » (ouvroirs d’esprit) de Robert Filliou, elle ne perd pas de vue qu’en dépit de la façon dont le marché de l’art, les logiques d’investissement et les échanges internationaux altèrent les savoir-faire, la main est le prolongement de la pensée − ce qui expliquerait la différence irréductible entre art et technologies, ou la coexistence de deux formes de pensée, celle du monde des idées et celle, immanente, de l’expérience. Ainsi peut-on comprendre que depuis huit ans il se soit passé beaucoup de choses à l’Espace 29. Parmi ses expositions, le lieu compte celles de Santiago Roose, Sara Campo, Kiuston Hallé, Jonathan Vandenheuvel, Patrice de Santa Coloma, Juliette Clovis, Anastasia Bolchakova, Hsia-Fei Chang pour son exposition « Black Bird » en 2009, Nicolas d’Hautefeuille… Le prochain résident sera Olivier Nord, ancien invité de la Casa de Velázquez.
Récemment, a été ouverte une salle des arts vivants dédiée aux représentations théâtrales, qui va accueillir Les Goupils, le Théâtre de la Rencontre, le Grand Bazar… À venir aussi pour l’été et le début de l’automne, l’initiative des Ateliers artistiques artistes habitants, Aaah !, dont le but est d’associer à la création artistique les habitants du quartier Saint-Seurin, qui ont sélectionné deux artistes lauréats, Claire Glorieux et Julien Hirn AKA Kub. L’une collectera des objets usuels chez les habitants en vue de la production par ceux-ci de commentaires, l’autre tentera d’investir un mur du quartier pour y réaliser une fresque murale.
Dans l’immédiat, l’Espace 29 nous donne rendez-vous, à partir du 16 mai, pour l’exposition de Jean-Luc Gohard, « L’Antichambre du Bonheur », jusqu’au 6 juillet.
André Paillaugue
Espace 29, 29, rue Louis-Marin, Bordeaux, www.jeanlucgohard.
Sébastien Pageot réunit à l’Espace29 une sélection d’œuvres – maquettes, photographies et vidéos – autour des notions de paysage urbain et d’architecture. Depuis une dizaine d’années, ce jeune artiste déroule un travail qui s’attache à inventer des mises en scène destinées à la photographie. Les typologies urbaines qu’il choisit d’explorer ressemblent parfois à des non-lieux (zones industrielles, parkings), et d’autres à des lieux communs (façades vénitiennes, vues de Manhattan). Ses images, à première vue réalistes, révèlent assez vite leur supercherie.
À bien y regarder, le spectateur décèle des incohérences dans les proportions et les perspectives. Ce ne sont pas les bâtiments réels mais bien leur évocation sous forme de maquettes qui constitue le décor des prises de vue de Sébastien Pageot. Mais si l’illusion est de courte durée, elle permet en fixant l’attention du regardeur de mesurer les écarts entre une « réalité », le modèle, et sa représentation. La construction de l’image aménage ici une relation toute particulière entre la sculpture et la photographie et déploie une dramaturgie urbaine à la fois irréelle et futuriste où la ville s’apparente à un décor de cinéma hors du temps.