Le Rocambole n° 85 : Mickey, une publication populaire, collectif
14 × 20 cm, 178 pages, Association des Amis du Roman Populaire, décembre 2018.
Fondée en 1984 l’Association des Amis du Roman Populaire a pour objectif de mieux faire connaître et apprécier le gigantesque corpus des revues et publications de grands romans populaires. Ces feuilletons au long cours dont certains grands noms ont traversé le temps (Verne, Leroux, Dumas…) et d’autres un peu moins. Pour ce faire, l’association organise des conférences, des expositions, des rééditions, et publie avec constance quatre fois par année (avec parfois des numéros doubles) depuis le printemps 1997 un « bulletin » permettant de donner des nouvelles des recherches et de se focaliser sur un sujet précis. « Bulletin » est certes un terme modeste mais notons que dès sa création le Rocambole pèse tout de même 144 pages.
Le premier numéro était consacré à l’auteur Fortuné du Boisgobey, le deuxième à Ponson du Terrail, qui a créé le personnage auquel le titre rend hommage, puis viennent les numéros sur des éditeurs ou revues (Fleuve Noir, Pierre Laffitte, L’Intrépide, Hetzel, etc.) ou des thèmes plus vastes (« Le Roman populaire français à l’étranger », « Les Suites… sans fin ! », « Napoléon et le roman populaire », « Écriture des cinéromans », etc.) tout en s’ouvrant à d’autres types d’imprimés. Que ce soit la littérature jeunesse avec un numéro sur Enid Blyton ou la bande dessinée avec le numéro consacré aux « Héros illustres et illustrés populaires » dirigé par Daniel Compère, ou celui-ci consacré au Journal de Mickey, sous la houlette du même.
Après quelques pages sur la vie de l’association, arrive le dossier (nous y reviendrons) puis divers varias, notamment une riche histoire du prix Maurice-Renard par Fleur Hopkins, qui lie les expérimentations de cet auteur à une pensée française de science-fiction précurseure, des chroniques (notamment un début de dictionnaire des pseudonymes, qui risque d’être par nature impossible à achever mais le geste est beau) et une réédition d’un court récit en image de Gustave le Rouge : La Vapeur Écarlate (1918).
Le dossier, quant à lui, mêle des auteurs maison et des spécialistes de la bande dessinée, comme Henri Filippini ou Yves Frémion (ce dernier explore d’ailleurs régulièrement l’imagerie populaire en général en éditant Papiers nickelés). Les différents auteurs décortiquent l’histoire du magazine et de quelques-unes de ses séries, comme le mythique Mickey à travers les siècles. Le spectre particulier du Rocambole fait prendre des axes rarement explorés, ce qui est assez intéressant, comme l’étude des romans-feuilletons dans le journal (souvent ignorés au profit des BDs) ou l’influence des feuilletons et séries TV sur les bandes dessinées qui paraissent. Ce spectre donne aussi le droit à deux articles sur les liens entre Jules Vernes et Disney à travers le journal, ce qui paraît pour le coup peut-être un peu excessif, mais donne tout de même des articles tout à fait instructifs.
Symbole de ce type de revues de passionnés, on trouve en fin de plusieurs articles des longues bibliographies ou tableaux synthétiques. Incontournable de tout fanzine lié la littérature, au cinéma ou à la bande dessinée dans les années 60 à 90, la pratique est tombée en désuétude depuis le développement des bases de données en ligne. Ce sont pourtant des outils fort pratiques et même par ce qu’ils portent aussi d’un certain patrimoine de la fanédition, assez émouvants. (MR)