Devant l’horreur, on attendait la haine ; devant le saccage barbare de tant de jeunes vies, on attendait un bien légitime désespoir. Mais c’est une autre réponse, inattendue, qui est venue aux lèvres : d’une manière improvisée, ne répondant à aucun mot d’ordre, comme surgi du fond des âges, on a entendu un chant, un chant de gloire usé pour certains, galvaudé pour d’autres, et pourtant étrangement vivant. Cette « Marseillaise » entonnée par de jeunes Français qui, parfois, en connaissaient à peine les paroles, était reprise en chœur par tous. C’était la France qui se relevait ; cette idée, si ancienne, souvent maltraitée, oubliée, voire parfois conspuée, renaissait de ce massacre, faisant jaillir les drapeaux ou leurs trois couleurs partout dans le monde : à Londres, à New York, à Berlin, à Moscou. On avait voulu tuer des Français, on a réveillé la France. Et il n’est personne qui, en cet instant, n’ait ressenti qu’à travers la France, que l’on avait mutilée dans la chair de sa jeunesse, c’était un grand principe universel qu’on avait voulu atteindre. Et ces jeunes gens, qui aimaient follement la vie, la musique, la danse et la liberté, on comprenait que, à leur manière ardente et primesautière, ils étaient morts pour la France. C’est un pays unanime qui s’est indigné. Si certains avaient hésité à dire « Je suis Charlie », cette fois aucune restriction mentale n’était de mise : la seule provocation des jeunes gens massacrés était d’aimer la vie et de croire en elle, en la dém…