Catherine Deneuve, young actress.

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Catherine Deneuve, young actress.
Entre les lignes
NEW YORK, West Geenwich Village, «The Columbus», 6ème étage
23 décembre 2020, 21:22
Un homme a sorti, d’un tiroir de son bureau, une boîte en marqueterie canadienne dont le couvercle représente une feuille d’érable. À l’intérieur se trouvent trois seringues stériles, une petite cuiller, un briquet, un morceau d’étoupe et deux sachets de poudre blanche, de l’héroïne. Il regarde ces objets avec mélancolie. Il caresse l’idée du suicide. Sur son iPhone relié à un somptueux jeu d’enceintes, il passe un album de Sia, this is acting.
Cet homme s’appelle Ian Cole. Il est le chanteur d’un groupe de rock célèbre depuis le milieu des années 1980, et depuis longtemps passé culte à la date indiquée sur cette page. Il a aussi, de manière plus confidentielle, mené une carrière solo.
Ce livre raconte son histoire, et celle de ses proches.
© Frédéric Le Roux, 2020
photo : Dave Gahan, 2020
Sia - Cheap Thrills (Performance Edit)
Wouh!
Je progresse dans l’écriture du roman inspiré de la vie de ma grand-mère. La voici, ayant fui la ferme familiale pour se construire une autre vie, débarquant à Saint-Nazaire où elle découvre la mer…
“ À la descente du train, elle demande où est la mer. Mais c’est juste à côté, ma fille, tu n’as qu’à descendre et tu vas tout de suite tomber sur le port. Elle descend, dans cet air qui a une si drôle d’odeur, l’odeur du sel et de l’iode, celle du mazout. Elle marche vite, et tombe en effet sur les dantesques installations portuaires, avec leurs empilements de caisses hauts comme des montagnes, leurs grues semblables à de géantes mantes religieuses, leurs monstrueux bateaux surtout. C’est ça, la mer ? Non… La mer c’est, par-delà grues et montagnes de caisses et cargos et paquebots, cet aplat de bleu cobalt que borde en face une terre plate, cet aplat d’un bleu humide au centre duquel affleure la même terre sableuse. Du côté d’Albertine, toute une industrie qui l’effraie s’agite ; des hommes barbus, vêtus de vareuses et de larges pantalons de toile blanche ou bleue la frôlent : « Restez pas là, Mademoiselle, vous risquez de prendre un coup ! » Mais en face, c’est le désert. Un peu de jaune, un peu de vert, des bosquets comme ceux de son pays.
Elle ne sait pas qu’elle est au bord de l’estuaire. À Saint-Nazaire se rencontrent et se mêlent la Loire et l’Atlantique ; au delà commence un autre désert, intégralement bleu celui-là, qui s’étend jusqu’à l’horizon. Elle marche en direction de cet infini, quai du Dolmen, quai Eugène Péreire, quai du Commerce, rue du Port… s’en approche au plus près… « C’est donc ben beau », dirait-elle, si on lui demandait son impression ; bien sûr, personne ne s’en soucie. Et pour elle-même, elle ne pense pas ces mots. Sa rétine enregistre le spectacle incroyable.”
© Frédéric Le Roux, 2020
Illustration : Yves Saint Laurent, carte de vœux “Love”, 1982
(via https://open.spotify.com/playlist/37i9dQZF1E4sLG4iFLEkGd?si=Wt18AnojR0CNQmkydvYyVw)
Le départ d’Albertine
J’ai progressé dans l’écriture du roman consacré à ma grand-mère. De Bodavel, infime hameau de la Bretagne profonde, une petite fille devenue adolescente va bientôt se retrouver, seule, dans une “grande ville”, Saint-Nazaire… Voici comment.
Il est quatre heures du matin. Elle n’a pas dormi. Elle a treize ans à présent. Ce qu’elle s’apprête à faire dépasse en audace ce que le plus audacieux de ses frères a jamais rêvé.
Il y a, dans la pièce où sa mère, Marie Lamour, fait la soupe et où toute la famille se réunit le soir pour manger, une belle boîte à sel en faïence de Quimper, posée sur une étagère. Elle ne contient nul sel, encore moins des bonbons. Elle contient les sous de Marie Lamour. Albertine l’ouvre et la vide de son contenu, qu’elle range soigneusement dans la poche de son tablier. Les billets, pliés en deux, et les pièces qu’elle serre dans un mouchoir pour éviter qu’elles ne cliquètent. Sa mère dort quand même au-dessus, et elle a l’oreille fine.
N’ayant jamais porté que des sabots, Albertine est mal à l’aise dans les bottines lacées que lui a procurées son grand frère Chim, d’autant plus qu’elle s’oblige à marcher sur la pointe des pieds. Elle a déjà mis son manteau et son bonnet, rassemblé son peu de vêtements, le linge pour les règles et un savon, son cahier, son crayon et son taille-crayon dans une petite valise qui appartient à son beau-père, Michel. Le train pour Saint-Nazaire est à Baud à sept heures vingt. Elle sait qu’elle n’est pas en retard : elle a également dérobé à Michel sa montre, en murmurant « pardon ». Elle a embrassé son petit frère Prosper sur le front, dans son sommeil, et n’a pu empêcher des larmes de couler.
Elle se dirige vers la porte, pose un instant sa valise, tourne la clé le plus discrètement possible et sort. Dehors, il ne fait pas froid (on est en mai), c’est à peine s’il tombe un peu de crachin. Elle referme sans verrouiller et, sans se retourner, sans même penser à le faire, se dirige vers la route.
© Gabin Després, 2020
ILLUSTRATION : Vincent van Gogh, Personnage sur la route
La situation sociale…
Luke Pritchard, guitariste et chanteur des Kooks, en 2006, à l’époque de Inside In/Inside Out.