Hotel in the mountain by Tambako the Jaguar https://www.flickr.com/photos/8070463@N03/53198635814
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Hotel in the mountain by Tambako the Jaguar https://www.flickr.com/photos/8070463@N03/53198635814
Furkastrasse, Suisse.
Nouvelle atmosphérique
Bon, je suis peu productive sur cachotteries en ce moment, je tenais à m'excuser mais j'ai deux trois autres projets en cours et ça prend pas mal de temps... Je poste quand même ici ce texte fait pour un de mes cours à l'Uni, dont le but était de rendre les qualités atmosphériques d'un lieu, ainsi que le programme du projet qu'on mène sur le site de Gletsch, petit village valaisan paumé dans les montagnes.
L’air.
Voilà ce qui lui avait manqué au cours de cette dernière année citadine. Cette brise si douce, cette acidité du bleu du ciel et la douceur de la plaine à l’herbe rase, qui sentait bon l’été des montagnes. Elle descendit du train à vapeur qui s’était arrêté à côté de la petite rivière qui deviendrait bientôt le Rhône. Elle avait toujours du mal à imaginer que ce petit cours d’eau vif argent deviendrait le fleuve ceinturé qu’elle connaissait du côté de Genève.
C’était le début de juin, le risque d’avalanche sur la Furkastrasse avait été oublié depuis plusieurs semaines. Elle se sentait revivre, là, dans ce petit hameau logé dans l’écrin des montagnes, dans lequel résonnaient le bruit des violons qu’on accorde et le tintement discret des rires et des verres de bières. La bière des glacier, ça aussi c’était un goût qui lui avait manqué. Elle se souvenait de l’hiver qu’elle avait passé ici, il y a deux ans. L’expérience exceptionnelle d’un rythme différent, la neige, coton blanc qui s’était peu à peu amassé autour de l’hôtel, les fenêtres de la grande salle à manger de style victorien derrière lesquelles grandissait jour après jour le mur nacré, la sensation à la fois si douce et si implacable de ne pas pouvoir s’opposer au rythme immuable de la nature. On ne pouvait quitter l’Hôtel une fois qu’on avait décidé d’y passer l’hiver. Elle s’était laissée faire, fascinée par ce nuage blanc qui la coupait peu à peu du reste du monde et l’obligeait à chercher profondément en elle ce qu’elle pouvait trouver de meilleur.
Elle n’avait jamais autant écrit.
Ce rythme lent, apaisant, cette douce monotonie des rituels d’hiver du Grand Hôtel du Rhône avait bercée son inspiration. Le café avalé dans la grande salle, les heures passées à écrire auprès du feu et les longues soirées à parler avec les musiciens, les philosophes, les peintres et les poètes qui venaient du monde entier pour jouir de l’atmosphère exceptionnelle de ce lieu rempli d’histoire. Ces discussions avaient nourri son imaginaire sans jamais l’arracher à son travail.
Quand le printemps était arrivé, elle parvenait à la fin de son roman. Elle avait vu le soleil grandir jour après jour, les journées s’étiraient dans le val, les pensionnaires pouvaient même parfois s’asseoir sur la terrasse encore vide, le long du mur exposé au sud, et admirer les reflets aveuglants sur les sommets des montagnes. Bientôt la neige se mettrait à fondre.
La route fut rouverte, on vit à nouveau des voitures passer dans le village, Ferrari, Mercedes et Audi qui passaient en cahotant sur les pavés devant le grand hôtel. Parfois certaines voitures s’arrêtaient et les citadins se mêlaient alors aux artistes qui sortaient peu à peu de leur douce veille créative. Les camions arrivèrent un jour pour monter la scène, et ce fut le début de l’effervescence. Les adieux se firent dans la joie, elle vit les poètes redescendre dans la vallée et les orchestres arriver avec leurs costumes et leurs instruments, adieu le silence, les violonistes commencèrent les répétitions dans la vieille poste réhabilitée en salle de concert.
Elle aurait du redescendre à ce moment-là, quitter cet endroit tapageur pour remettre son manuscrit à son éditeur… Elle aurait du. Elle n’avait pu s’y résoudre. Ce deuxième rythme, le rythme de l’été et de la saison folle de l’herbe brûlée et des orages de montagne, la charmait et la forçait à rester, tout comme la neige l’avait fait.
Alors ce fut le temps des longues soirées sous les étoiles, dans le creux du vallon, à se blottir sous les plaids tandis que les altos enflammaient la scène. Elle but de la bière des glaciers, elle rit, philosopha pendant des heures lors des soirées de fin du monde et embrassa un violoniste.
Puis enfin elle quitta Gletsch.
Des mois durant elle n’avait plus pensé à ce lieu. Son manuscrit avait été accepté, elle avait découvert les joies du marketing, puis un jour elle se rendit compte qu’elle n’en pouvait plus. Il lui manquait quelque chose, un point d’attache, elle voulait retrouver ce sentiment de ne former qu’une avec sa pensée. Un matin de juin, alors, elle reprit le train à vapeur qui partait d’Oberwald. En posant le pied sur le quai de la gare elle ressentit une étrange émotion.
L’air.
Voilà ce qui lui avait manqué au cours de cette dernière année citadine. Cette brise si douce, cette acidité du bleu du ciel et la douceur de la plaine à l’herbe rase, qui sentait bon l’été des montagnes.
Elle sourit et sut qu’elle rentrait chez elle.
À Cheval
Furkapass