On l’entend, oui, peut−être dans les chaumières : Aqui ressort les musts de derrière les fagots, Aqui remet une couche sur l’Auguste Derrière. Oui, c’est vrai, voici un ouvrage dont la parution date un peu (2011) mais, et de un : « quand on aime on ne compte pas », et de deux : on aime. Et de trois, on trouve encore dans toutes les bonnes librairies ce petit opuscule insolent et salvateur, aux côtés de son aîné, « Les Moustiques n’aiment pas les applaudissements ». Il s’agit donc cette fois des fourmis, qui n’aiment pas le flamenco. Autant le préciser, le titre n’a que peu à voir avec ce que contient le livre, mais justement tout est ici dans un art consommé du décalé et du très loin, très loin, dans le soixante millième degré. 60 000 degrés, c’est chaud, oui parfois, mais c’est surtout très frais et régénérant dans un monde qui oublie souvent la galéjade. Là où les moustiques (premier tome des œuvres d’Auguste Derrière) nous avaient sérieusement aidé à piquer quelques fous rires, les fourmis chatouillent notre intérêt. Passée (avec bonheur précisons- le) la lecture des fausses réclames de la maison Poa Plume et « les petites annonces de Monsieur Pipotame », on en apprend un peu plus sur la vie d’Auguste, lequel tombe le masque et dévoile ce qui se cache derrière Derrière. Ainsi découvre−t−on les prémices de la création d’un génie, ses premiers gribouillis comme ces quelques vers parodiant le Cid, écrits à 9 ans sur un bout de carton (« O rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, Fatale incontinance [sic…] j’ai encore fait Pipi « A.D. 1901)… ses amitiés, ou inimitiés, dans le monde du spectacle et de ce que Paris compte d’étoiles. « Devant moi, je vois Derrière Devant Derrière, y a l’père Devant. Le vent, soulevant sa soutane, dévoile son derrière. Devant Derrière, le derrière devant ! C’est épatant ! » écrit Robert Desnos (« en petite forme ce jour là »). Ces écrits sont émaillés de planches en couleurs : les posters rieurs, parmi lesquels figure en bonne place l’ « Ail Pod », premier diffuseur de musique transportable vendu avec sa gousse. Certains trouveront peut−être que le rire est facile. Pourtant, on saluera une fois encore le travail des créateurs de Poa Plume : ces dessins qui, au-delà des textes, transportent dans une autre époque et une autre dimension. Et c’est bien là que se tient le charme de ces œuvres loufoques, là que la magie opère : dans cette faculté qu’on a enfant, mais qu’heureusement certains ont gardée, de dire « on aurait dit que ». On aurait dit que tu serais Auguste Derrière et que tu serais publicitaire, inventeur, philosophe… et d’un coup tout est possible ! Et c’est ça qui fait un bien fou. Le droit de tout dire, de tout tenter, de tout oser. Alors bien sûr rien n’est sérieux, rien n’est vrai mais simplement de penser à écrire « quand la raie manta, son nez s’allongit » ça mériterait bien une médaille. Il y a encore des légions d’honneur qui se perdent. "Les fourmis n'aiment pas le flamenco" Auguste Derrière, Le Castor Astral/ Maison PoaPlume 2011.











