La poesia è un sentimento, uno strappo interiore.
Guy Goffette, da La Libre, 22 novembre 2021
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La poesia è un sentimento, uno strappo interiore.
Guy Goffette, da La Libre, 22 novembre 2021
this / silence that takes up all the space and screams.
Guy Goffette, Centres of Cataclysm: Celebrating Fifty Years of Modern Poetry in Translation; from ‘Elegy for a Friend’, tr. Marilyn Hacker
NOTE DE LECTURE : Un été autour du cou. Guy Goffette. 2001
Ce bouquin est un petit bijou : Un été autour du cou, où l'auteur déroule en poète qu'il est les émotions et sensations de l'enfance, le rejet de la famille et de l'éducation, le désir de la chair et de l'autre, la violence de ce désir et puis de sa réalisation, quand il n'est pas temps. Guy Goffette fait donc une oeuvre délicate et pudique sur un thème grave : l'abus sexuel d'un enfant. Il alterne entre le "je" du narrateur adulte et la 3ème personne, avec le prénom de l'enfant Simon, et nous allons ainsi du présent au passé, pour appréhender l'ampleur de l'histoire et l'emprise de cette femme. J'en ai parfois eu les larmes aux yeux, de colère pour cette femme adulte et cruelle, et tant de compassion pour cet enfant passé, fracassé, sidéré, traumatisé qui cherche et trouve enfin les mots de ses souvenirs. Une oeuvre magistrale pour un premier roman, mais c'est d'un poète...
Bas, falbalas, pliures, plis, et courbe et orbe où le désir toujours s’éploie plus haut plus loin que l’orée d’or des bois d’automne ici, là-bas dans la part mienne de ton âme Ô femme, ma sœur !
Guy Goffette
like an old desire, a childhood abandoned
Guy Goffette, “The Date” from The Kenyon Review (July/August 2019) (translated by Marilyn Hacker)
Si tu viens pour rester, dit-elle, ne parle pas. Il suffit de la pluie et du vent sur les tuiles, il suffit du silence que les meubles entassent comme poussière depuis des siècles sans toi. Ne parle pas encore. Écoute ce qui fut lame dans ma chair : chaque pas, un rire au loin, l'aboiement du cabot, la portière qui claque et ce train qui n'en finit pas de passer sur mes os. Reste sans paroles : il n'y a rien à dire.
Guy Goffette , L'Attente
Citadelle imprenable, la poésie, ou ville ouverte? Les deux et aucune à la fois. Il suffit de pousser la porte des mots qui n'est jamais verrouillée et d'entrer dans le poème qui n'attendait que ça pour se mettre à chanter, à danser, à rire à mots déployés. Comme un accordéon ou comme le soufflet du forgeron. Mais que dites-vous là? Ces choses-là n'existent plus. Justement, c'est le secret: il suffit de les nommer pour que les choses se mettent à exister, à danser, à chanter, à rire. La poésie, c'est un peu cela: faire exister ce qui n'existe pas. Le ciel par exemple qui n'est qu'un gaz, et pas bleu du tout; le cœur qui pleure ou qui rit alors que le muscle du même nom se contente de battre le sang flic floc flic floc. Ne parlons pas de l'âme que nul n'a jamais vue quand tout le monde sait qu'il faut la rendre pour mourir. Je vous le disais: poussez la porte des mots et vous entendrez sonner les cloches du réel, du possible, de l'impossible qui n'est pas français comme chacun sait. Car chaque mot a un son qui diffère selon la compagnie que le poète lui a choisie. Enfin: que le poème a choisie à la place du poète. Car le poète est une oreille d'abord puis un porte-voix. Il transmet ce qui lui est dicté par les mots qui lui viennent, les images qu'il voit, la musique qui le conduit. Le poème est la maison qu'il bâtit avec ces mots-là. Elle n'attend que vous pour faire la fête.
Guy Goffette
Se vieni per restare, lei dice, non parlare.
Bastano pioggia e vento sopra le tegole,
basta il silenzio accumulato sopra i mobili
come polvere dopo secoli senza te.
Ancora non parlare. Ascolta ciò ch’è stato
lama nella mia carne: ogni passo, un ridere lontano,
l’abbaiare di un cane, lo sportello che sbatte
e questo treno che non finisce mai di passare
sulle mie ossa. Rimani senza parole: non c’è nulla
da dire. Lascia che la pioggia ridiventi pioggia
e il vento questa marea sotto le tegole, lascia
il cane gridare il suo nome nella notte, lo sportello
sbattere, andarsene lo sconosciuto in quel luogo vuoto
dove io morirò. Rimani se vieni per rimanere.
Guy Goffette, L'attesa, da La Vie promise, 1991