Jour 21
Un jour dédié au triomphe du sourire cosmétique
Jour de pluie. J'en profite pour laver mes frusques. Tiens, et si je déclenchais la télévision. En surgit des séries russes pour nous inconnues mais avec des ressorts similaires: une enquêtrice pugnace, un couple en proie au pathos, des pelletées de cellules criminelles et des documentaires sur la valeureuse force de l'armée russe contre les nazis. Je m'arrête sur une chaine musicale. Y abonde des dames posters ondulant leurs croupes de sequins tout en secouant leurs chevelures et se plaquant contre le chanteur quelconque voire contre sa voiture lustrée. Là, le paradis déverse ses gluantes embrassades familiales, les facéties des bandes de potes et la vastitude des appartements. Le bonheur se compte au nombre de dents que les lèvres tranchées présentes. Tout y est propre et sans accros.
Le soleil revient. Je m'enferme dans le musée dédié aux soeurs Aslamzian. Je suis fortement attiré par une grande toile jubilant de couleur. Elle date de 1946. Que de vie! Un troupeau de belles paysannes heureuses offrent des victuailles aux joyeux commissaires soviétiques chargés de soutenir l'effort de guerre.
Sur la place centrale je m'arrête devant un imposant cheval qui se cabre. Il emmène au plus haut un roi triomphant. D'une main il brandit une épée. De l'autre une croix chrétienne. C'est grace à lui que l'Arménie a préservé sa chrétienté face aux perses. Je m'interroge. Mais depuis quand il est là lui? On me répond depuis 2008. Mais avant, quelle autre statue-mythe a servi de rampe de soutien pour garder le cap vers le futur radieux et sublimer le dur présent? A cela, personne ne sut me répondre.
Car l'époque soviétique a déversé en tout lieu des statues héroïques indiquant l'idéal à suivre. Il n'en reste que celles non lié aux personnages du pouvoir de l'époque. Donc aujourd'hui on continue de rencontrer des corps stylisés de muscle en pleine santé. Ou bien de rencontrer des émanations du futur visionnaire. Comme celle située dans un axe paumé, aux abords d'une route défoncée, qui, du temps soviétique était bien asphaltée. Là, on y déposa un vaisseau spatial. Pour l'instant un monsieur chargé de courses boitille sous la pluie face à l'utopie intergalactique.
Et si j'allais visiter le monastère à 10 bornes d'ici? Les églises arméniennes impressionnent de par leur architecture mais aussi de par le lieu où elles furent érigées. Bon là surgit les dents commerciales d'une dame vampiresque que j'arrive à éviter. J'entre en paysage. La colline rugueuse descend vers une rivière. De l'autre coté de la rive, des humains construisent un nouveau rêve: un glamping. Le vide de la steppe se recouvre de divers habitats dédiés au bien-être et à la cloche du prends soin de toi. Prochainement, là, on pourra se réveiller zen face aux ruines ancestrales. Et alors, surement, les lèvres se dézipperont pour offrir au ciel l'email de ses multiples dents respirant le bonheur du présent idéal.












