Un jour dédié à la sereine effervescence rurale
Des poires, des poires...
S'exclamer Amro de bon matin après avoir passé une nuit chacun recroquevillé sur une partie de la voiture, lui sur ses malles remplies de débris électriques précieux à la place des sièges arrières, et le Blick sur les 2 sièges avant avec 2 grosses godasses en oreiller mais en ayant extrait de son dos les bouts de pédales et de tournevis qui le gênait afin de mieux dormir.
Car le duo Amro et Blick continua de valser ce jour.
Et à nouveau chaque kilomètre se savourait. Éclat sonore explosif, chute de rétroviseur, brutale perte de vitesse, portière qui s'ouvre soudainement, pneu sur usé à changer, et à chaque fois le rire d'Amro, Maman Mia qué comedia, qui tranche avec la dangerosité de la situation.
Nous formons un drôle de duo.
La grande gigue de Blick et lui tout petit, plié en 2, ponctuant ses interventions vocales par de longs Beuarrrk aux drapeaux, aux croix, aux statues, aux centres commerciaux.
Il m'emmène à Ararat. C'est à dire des cols, des monts arides, des camions à dêpasser, des sueurs à chaque son tinguelant.
Dès qu'il peut, il s'arrête.
Je lui ai demandé de me faire découvrir les villages. Du coup, il en profite pour vendre sa camelote.
Un village, c'est une longue piste bordée de maisons plus ouvmoins rafistolées. Nous entrons en rebond chaotique. Il bip bip biiiiip et se gare nulle part. Il ouvre son coffre, les portières et rafistole des bouts de fils électriques.
Blick lui il s'installe dessiner une vue qui en dit long.
Le coffre d'Amro est remplie de bidons d'huile transformés en contenant de trucs mécaniques.
Étonnamment, ces villages, que l'on pourrait croire cryogéniser dans le rien ou l'ennui, se mouvementent. Sans cesse une personne sort de nulle part pour aller autre part. Forcément, cela s'arrête et fouine dans le coffre. Où bien se rapproche curieux de mon carnet. Au début, le regard est toujours vindicateur, mais pas effrayant, juste un regard mural. Et puis soudain je bruits un bilibilick et là un grand sourire joyeux les fend. A la vue de mes dessins, de joie, l'on m'a même offert des fruits secs.
Il n'y a pas que Amro qui fait ce cirque. Étonnamment, d'autres véhicules surgissent, bip bipent et ouvrent leurs coffres et patientent... On vend des pastèques, des produits ménagers, des trucs et des choses. Et à chaque fois, de nulle part, surgit une personne qui regarde l'intérieur d'un coffre avant d'aller autre part.
Sur la route, j'ai quand même fait le portrait d'un apiculteur qui vit dans une roulotte à coté de ses ruches. Il y en a beaucoup le long de la route. Lui aussi a transformé son visage fermé en sourire enfantin.
Et après bien des frayeurs rigolotes, nous voici à Ararat où j'écris assis sur un banc face à d'autres bancs remplis de mamies qui chaque soir passent la soirée ensemble.
Une immense cimenterie domine la ville d'Ararat, une ville aux pistes aussi sablonneuse que celles des villages et aussi effervescente que leurs sérénités.