Le cœur aux mille et unes couleurs
Un tourbillon d'émotions, toutes plus contradictoires les unes que les autres. Du bleu, du bleu que tu t'efforces de cacher. Le bleu de tes peurs, le bleu de ses coups contre ton corps. Un bleu de plusieurs nuances, plus ou moins clair en fonction de ta confiance, de ton assurance, de ta volonté de cacher cette couleur qui te fait honte. Le même bleu que tes yeux, Abby. Je le vois, quand tu sursautes. Quand l'un des petits fait un geste brusque près de toi, quand tu crois qu'on va te laisser, qu'on va t'abandonner. Qu'on va te jeter comme une vieille chaussette, lorsqu'on se rendra compte que tu ne nous sers à rien. Tu es beaucoup de choses, Abigail Filch, mais pour cette peur, pour penser de telles conneries, tu es surtout brisée, si tu veux mon avis. Je ne suis pas comme ma mère. Je ne lis pas tes sentiments comme elle, je ne sais pas faire ce genre de trucs. Je ne peux pas comprendre tes réactions d'un claquement de doigts, en fermant les yeux. Je suis putain d'impuissant, et ça me tue, tu ne peux pas savoir à quel point. Quand je te surprends en train de crier, prise d'un horrible cauchemar au milieu de la nuit, et que je ne sais pas quoi faire. Je panique à chaque fois, je sens mon cœur battre à tout rompre. Entrer ? Voir ce qui se passe ? Te prendre dans mes bras ? Et si ça se passait mal ? Que tu te renfermais encore plus, que tu sois gênée que je sois au courant ? Je ne veux pas que tu fugues. Alors... alors, je vais prévenir ma mère. Elle sait quoi faire. Elle entre dans ta chambre, te prend dans ses bras, te berce. Et le bleu laisse place au rouge. Un rouge d'un nombre étourdissant de teintures. Le rouge de la colère, la haine, la volonté de te venger. Tu veux le tuer, le massacrer, le détruire ! Oh oui, moi aussi, je veux le mettre hors d'état de te nuire. Mais ton rouge se mélange au bleu, et le bleu gagne en intensité, en brillance. Tu as peur de nous perdre par sa faute, aveuglée par ta vengeance. Et d'eux naît le mauve, ce mauve qui reflète tous tes secrets, tout ce que tu tiens à nous cacher. Tu en as honte, tout comme tu as honte des bleus qui parsèment ta peau pâle. Abigail Filch, tu es malheureuse, apeurée, haineuse. Tu es putain de brisée, Abby !












