Les Marées de l'Aube Rouge
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Arc 6. Partie 1 – Le Cri sous le Voile Rouge (Ch. 26 - 30)
Chapitre 26 : Le calme avant la tempête
Chapitre 25 - Chapitre 27
★⋆✩✩✩⋆★⋆✩✩✩⋆★ Un avertissement cryptique. Les Rois Originels qui se mettent en mouvement. Et une vérité qu'elle ne peut plus cacher : son corps commence à se retourner contre elle. Quelques mois. C'est tout ce qu'il lui reste si son Éveil tarde encore. Tandis que les portes de la Demeure des Rois s'ouvrent pour la première fois depuis des siècles, Béatrice comprend que le temps de l'attente est révolu. Mais quand votre propre psychisme dépasse ce qu'un corps humain peut supporter... que reste-t-il à faire sinon se battre contre soi-même ? ★⋆✩✩✩⋆★⋆✩✩✩⋆★
« Le pressentiment est la forme la plus haute de l’intelligence.» Honoré de Balzac.
L'air salin s'infiltrait doucement jusqu'à la terrasse, portant avec lui l'écho des vagues et des rires d'enfants plus loin sur l'île. Béatrice était installée dans un fauteuil d'osier, jambes croisées, le regard absent fixé sur la mer. L'escargophone posé devant elle émettait de temps à autre un cliquetis discret, signe que son interlocuteur réfléchissait.
— Elvior, gloussa Béatrice en se levant de sa chaise, nous en avons déjà discuté : je ne suis pas intéressée par le mariage.
— Ce n'est pas un mariage d'amour que je te propose. Je sais parfaitement que cela ne t'intéresse pas. Mais bientôt, tu vas prendre le relais de Thoma, et la réputation que tu devras incarner doit être à la hauteur de celle de ton grand-père. Sans parler du Pacte de l’Héritage.
Elle observa les minuscules tressaillements sur le visage projeté par l'animal. Rien. Un masque de marbre. Comme toujours. Elvior était l'un des visages de la Haute Noblesse, éduqué pour ne jamais faillir. Comme elle.
— Peu importe, Elvior. Même pour la réputation, je ne me marierai pas. Je n'en ai pas besoin.
— La réputation, dans ta famille, est l'équivalent de la sécurité des tiens, insista-t-il avec une douceur contrainte.
— Je ne changerai pas d'avis.
Un blanc. Puis, un soupir presque imperceptible.
— Très bien. Excuse-moi… Je suis simplement inquiet des conséquences qui pourraient compromettre ton ascension.
Malgré ce ton soudain plus tendre, une sensation dérangeante persistait en elle. Une gêne, un poids mal placé. L'instinct de Béatrice s'agita, comme un frisson sous la peau.
— Tu as quelque chose à me dire, Elvior ?
Il y eut un vide. Juste assez long pour que le doute prenne racine. Puis un toussotement, bien trop contrôlé pour être sincère.
— Pas particulièrement. Seulement… les choses commencent à bouger, du côté du Gouvernement Mondial et des Chevaliers Divins.
— Comment ça ? demanda Béatrice, plus vive qu'elle ne l'aurait voulu.
— Je ne peux pas t'en dire plus. Béatrice… sois prudente. C'est tout.
Elle voulut insister, mais quelque chose dans sa voix l'en dissuada. Ce n'était pas un conseil. C'était un avertissement. Et venant d'Elvior, homme de protocole et de calculs froids, cela signifiait que les enjeux dépassaient ce qu'il pouvait dire à voix haute.
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Quelques heures plus tard, le soleil déclinait lentement. Ses lueurs dorées projetaient des ombres sur les murs blancs de la maison familiale. Sur la terrasse arrière, les rires s'étaient tus. Týr venait de revenir de sa mission avec les sorcières, et avec lui, le petit groupe s'était rassemblé comme ils en avaient l'habitude autrefois : Ambre assise en tailleur sur le sol, Akira adossé à la rambarde, Thana' debout, les bras croisés, l'air aussi calme qu'un ciel menaçant.
Béatrice, elle, restait silencieuse. Elle observait chacun d'eux avec une tendresse discrète, comme si elle gravait leur présence dans sa mémoire. Avec l'initiative de Béatrice, ils avaient revu les éléments qu'ils possédaient concernant son Éveil.
— Les deux Rois Originels commencent à bouger, déclara soudain Thanatos. Le Roi des Rois s'est mis en mouvement.
Béatrice redressa légèrement la tête, l'œil attentif, une expression indéchiffrable.
— Comment tu sais ? demanda-t-elle d'une voix posée, mais emplie d'un espoir contenu. Je ne ressens absolument rien.
— Le fait qu'une Reine fasse résonner son Haki des Rois n'a rien d'un hasard, répondit Thanatos. Tout comme le fait que la Demeure des Rois vient de s'ouvrir.
— Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Ambre, intriguée.
— La Demeure des Rois est un lieu sacré, où sont rassemblés tous les Rois qui se sont éveillés. Y compris les Rois Originels.
— Même ceux qui sont morts ? demanda Akira, l'air grave.
Le Chevalier, Haki de l'Armement, hocha lentement la tête, son regard devenu presque solennel.
— Oui. Et je pense que si les portes se sont ouvertes… c'est qu'il est temps que ton trône se construise.
Un silence suivit les mots de Thanatos. Pas un silence gêné, ni même choqué. Plutôt un de ceux qui s'installent quand tout le monde comprend que quelque chose d'immense est en train de changer, et que personne ne peut rien y faire.
Béatrice resta quelques instants immobile. Puis elle inspira profondément.
— Puisque nous sommes bien avancés dans la discussion, il faut que je vous dise quelque chose.
Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Thana' la fixa avec des yeux fatigués, des yeux qui avaient trop vu. Comme s'il comprenait déjà. Comme s'il contemplait l'illusion fragile d'une paix.
— Si mon Éveil tarde encore à se faire… je me donne quelques mois avant que mon corps ne me lâche.
Sa main gauche tremblait légèrement contre l'accoudoir. Elle la referma en poing, lentement, comme pour étouffer ce signe de faiblesse. Mais ses doigts restèrent crispés, blancs aux jointures.
Ambre pâlit. Akira cessa de respirer un instant. Týr, lui, resta parfaitement immobile, seul un discret froncement de sourcils trahit sa réaction, avant qu'il ne se tourne par réflexe vers son second, qui baissa légèrement la tête.
— Qu'est-ce que tu racontes ? Comment ton retard d'Éveil pourrait te tuer ? demanda Akira, comme s'il espérait mal comprendre.
— Mon psychisme… ou ma puissance, commence à dépasser ce que peut supporter un corps humain.
— Le principe d'un Éveil, reprit Thanatos calmement, c'est la fusion entre le psychisme et le corps. Jusqu'à présent, l'âme de Béatrice et son enveloppe charnelle coexistaient. On peut voir le corps comme une plante, qui stocke la puissance, l'énergie psychique. Sauf que, tant que la plante n'absorbe pas l'eau, elle finit par se noyer… ou imploser.
— Mes crises se rapprochent, elles deviennent plus dures à surmonter à chaque fois. À New Marineford, j'ai perdu, le temps d'un instant, la vue et ma voix.
— Et tu savais ça depuis quand ? murmura Ambre, la gorge nouée.
— Assez longtemps pour y avoir réfléchi. Pas assez pour l'accepter… pas encore.
Elle leva les yeux vers eux. Aucun tremblement dans la voix. Aucune plainte.
— Je ne vous le dis pas pour qu'on me prenne en pitié. Je vous le dis parce que je vous fais confiance. Parce que je veux que, quand le moment viendra, vous sachiez quoi faire. Et parce que je ne peux plus faire semblant.
Un silence se referma sur eux, dense et fragile. Le vent effleurait leurs visages comme une caresse retenue. Le monde semblait suspendu, immobile, à l'écoute.
— Béa…, commença Ambre, les yeux brillants, mais elle ne termina pas sa phrase.
Týr s'approcha d'un pas, et posa simplement une main sur l'épaule de Béatrice. Pas de mots. Juste un geste.
— Tu ne seras jamais seule, déclara-t-il finalement. Quoi qu'il arrive.
— On fera tout pour déclencher ton Éveil, ajouta Akira avec conviction. On trouvera un moyen.
Béatrice hocha la tête. Elle n'avait jamais compté sur des larmes. Elle avait simplement besoin d'être entendue.
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Alors que le ciel s'assombrissait lentement, teinté de rose et d'or, Béatrice s'était isolée dans le petit jardin en contrebas. L'absence des siens pesait encore dans son esprit, mais elle avait besoin d'air, d'espace. D'un souffle différent.
L'escargophone vibra doucement sur son bureau. Rouge, avec trois cicatrices autour de l'œil gauche. Un mince sourire effleura ses lèvres, une chaleur s'insinua au creux de son ventre. Elle était heureuse d'avoir fabriqué un escargophone à son effigie avant qu'ils ne se quittent. Mais elle l'était encore plus en sachant que c'était lui qui l'appelait.
— Shanks, dit-elle simplement en décrochant. Je ne m'attendais pas à un appel aussi tôt.
— Tout va bien de notre côté, répondit-il aussitôt, sa voix grave teintée d'un calme maîtrisé. Armand et Simon récupèrent les dernières données, on reste discrets et quand tu arriveras on fera une réunion décisionnaire. Je voulais juste… savoir où tu en étais. Tu devrais déjà être en route, non ?
— Je gère quelques détails, souffla-t-elle discrètement, vidée. Rien d'inquiétant.
Elle balayait distraitement le bord de son bureau, le regard perdu dans le vide. Tant qu'elle ne perçut pas le léger silence qu'avait instauré Shanks.
— Béa, dit-il enfin. Tu vas bien ?
Elle cligna des yeux. Ce n'était pas une question qu'il posait souvent. Ce n'était pas lui, de s'immiscer dans ses états d'âme. Il respectait toujours son besoin de recul, ses limites. Mais cette fois… quelque chose dans sa voix avait changé.
— Oui, bien sûr. Pourquoi tu me demandes ça ?
— Tu ne parles pas comme d'habitude. Tu sembles… ailleurs.
Un mur de glace céda.
C'était une première. Béatrice n'avait jamais entendu cette nuance dans sa voix. Comment s'attendre à ce que quelqu'un comme Shanks lui demande personnellement ce qui la troublait ? Elle hésita. Rien de ses problèmes ne concernait leur alliance. Il n'avait pas besoin d'être au courant. Il n'avait pas besoin de savoir…
— Ce n'est rien
Les mots lui échappèrent avant qu'elle ne puisse les retenir. Son cœur parlait pour elle. Déjà lancée, elle continua :
— J'ai reçu un appel d'un proche. Il m'a dit de faire attention. Rien de précis. Ça m'a juste un peu troublée, c'est tout.
De l'autre côté de la ligne, elle devinait qu'il réfléchissait. Pesait ses mots. Ou retenait ceux qu'il aurait voulu dire.
— Béatrice… si tu ne le sens pas, je peux venir te chercher.
Elle fronça les sourcils, surprise. Shanks n'était pas homme à abandonner une opération en cours. Encore moins pour des détails qu'il jugeait, d'ordinaire, « personnels ». Cette proposition n'avait rien de stratégique.
— Tu… ferais ça ?
— Bien sûr que je le ferais, répondit-il sans détour. S'il y a le moindre doute, le moindre risque, je préfère être là. Tu n'as pas à tout porter toute seule.
Ses paroles la frappèrent de plein fouet. Il ne s'agissait plus de commandement. Plus d'alliance. Juste de lui. Et d'elle.
Elle inspira profondément. Il fallait recadrer, sans briser ce fil invisible qu'il avait tendu.
— Merci, Shanks. Mais ce n'est pas nécessaire. Týr est avec moi, maintenant. Il veille déjà.
Un blanc, encore. Cette fois, teinté d'un souffle plus doux.
— Je n'en doute pas, dit-il enfin. Il veille toujours.
Elle ferma les yeux. Son cœur battait trop fort pour la tranquillité qu'elle prétendait afficher.
— Je vais vous rejoindre très bientôt.
— J'espère bien.
Un temps. Puis, dans un murmure presque retenu :
— J'ai hâte que tu sois là.
Ses paupières frémirent. Elle sourit, imperceptiblement.
— Moi aussi.
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Le silence revint, plus profond qu'avant.
Béatrice reposa l'appareil sur son socle. Il cligna deux fois, puis se rendormit. Le jardin avait perdu de ses couleurs. Les ombres s'étaient étirées comme des griffes au sol, et le vent s'était levé.
Elle resta là, immobile, une main posée sur le bureau, l'autre toujours suspendue dans le vide.
Est-ce qu'elle avait bien fait de lui dire ? Ce n'était presque rien, juste quelques mots. Mais venant d'elle… et surtout dirigés vers lui… Elle avait ouvert une deuxième brèche. Permis qu'il la voie autrement. Plus fragile. Plus proche.
La possibilité qu'il l'escorte ?
L'idée la troubla plus qu'elle ne l'aurait cru. Une part d'elle, minuscule, enfouie sous des années de maîtrise, s'y accrocha. À la possibilité absurde d'être protégée. Pas en tant qu'alliée. Mais simplement… en tant qu'elle-même.
Ses doigts se refermèrent légèrement sur le bois.
« Reprends-toi. »
Elle n'avait pas besoin d'être protégée. Pas par lui. Pas maintenant.
Mais alors qu'elle rassemblait ses pensées, un autre escargophone vibra. Plus aigu. Plus insistant.
Troisième appel de la journée, elle fut sur le point d'en rire quand…
Elle tourna la tête, les sourcils froncés. Le coquillage était cette fois d'un blanc bleuté, légèrement abîmé sur la coquille : le modèle militaire, celui qu'elle utilisait autrefois dans la Marine.
Le souffle coupé, elle décrocha.
— Ici Lisa Cassipan.
Un souffle court. Puis la voix de Chris, exactement comme elle s'en souvenait. Calme. Un peu nerveuse. Respectueuse.
— Directrice… pardon. Lisa. C'est moi.
Elle sourit malgré elle. Il n'avait pas changé. Même après tout ce temps.
— Chris. Quelle surprise. Tu sais que tu peux m'appeler sans passer par les canaux officiels, non ?
— Je… Je ne voulais pas laisser de trace. Et je savais que tu avais encore cet ancien modèle.
Cette fois, elle se figea légèrement. Il marquait un point. Et ce genre de précision ne lui ressemblait pas. Chris n'était pas du genre à faire attention aux détails géopolitiques. Il était plus… instinctif.
— Je t'écoute.
— Je suis tombé sur un dossier. Sur Uta.
Son cœur manqua un battement.
— Quoi ?
— Il y a des données compromettantes. Je ne sais pas si c'est réel ou pas, mais si ça tombe entre de mauvaises mains… ça pourrait lui nuire. Sérieusement. Voire définitivement.
Il marqua une pause. Elle entendit sa respiration se couper, puis reprendre.
— Béatrice, je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas supprimer ça sans éveiller les soupçons. Et… je me suis dit que tu saurais. Le problème est que l'inspection des dossiers est demain première heure.
Elle se leva d'un bond. La chaise grinça contre le sol.
— Tu es où ?
— New Marineford. J'ai gardé l'accès à mon ancien bureau, tu te souviens ? Je t'attends là-bas.
Elle ne répondit pas tout de suite. Son esprit s'emballa. Trop d'éléments. Trop vite. Elle pensa à Uta. À sa promesse. À l'appel d'Elvior. À Shanks.
Tout se télescopait.
— J'arrive, finit-elle par dire.
Et en raccrochant, elle ne se rendit pas compte qu'elle avait retenu sa respiration tout du long.
Elle n'attendit pas une seconde de plus.
L'animal à peine posé, Béatrice sortit du bureau en trombe. Le vent de la terrasse s'engouffra dans ses vêtements, mais elle n'y prêta aucune attention. Ses pas résonnèrent contre les dalles, vifs, saccadés. Elle dévala les marches comme une gifle au silence.
Son cœur battait plus vite que ses jambes. Trop vite.
Quelque chose clochait. Chris n'était pas du genre à paniquer pour un dossier. Mais…
Uta.
Elle franchit la porte arrière de la maison, traversa le jardin sans ralentir. Ses yeux balayèrent les alentours, jusqu'à repérer Týr à l'entrée du verger, en train de discuter avec Thanatos. Elle se précipita vers lui.
— Týr !
Il se retourna immédiatement. Rien qu'à la voir, il comprit.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Chris… Il a trouvé un dossier sur Uta. Quelque chose de compromettant. Il m'attend à New Marineford. Il ne sait pas comment le faire disparaître et l'inspection est demain matin. Si les grosses têtes tombent dessus, peu importe les informations dedans, ça risque de sceller le destin d'Uta.
Sa voix était hachée, emportée par l'urgence. Pour une fois, elle ne contrôlait plus rien. Pas ses mains. Pas sa respiration.
Týr posa une main sur son épaule. Ferme. Solide.
— Alors on y va. Maintenant.
Pas une question. Pas une hésitation. Les membres principaux de l'équipage partirent immédiatement changer leur destination.
Akira arriva au pas de course, alerté par les voix.
— Vous partez ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Béatrice doit aller à Marineford, répondit Týr à sa place. C'est urgent. Je l'accompagne.
Le visage d'Akira se crispa. Il comprit. Mais ça n'allégea rien.
— Je… je ne peux pas venir avec vous. Armand m'attend pour Banaro.
Il évita son regard, les poings serrés. Déchiré.
— Je sais, dit Béatrice, plus doucement. Fais ce que tu dois faire. Et moi aussi.
Elle posa brièvement sa main contre sa joue. Un geste rapide, mais lourd de tout ce qu'ils n'avaient pas le temps de se dire.
— Reviens vite, souffla-t-il. Et entière.
Elle hocha la tête.
Týr fit un signe à Thanatos, qui avait déjà disparu dans l'ombre, en éclaireur.
— On part dans cinq minutes, dit-il. Ramène tes affaires.
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Quand elle posa pied dans le port privé de sa famille, Béatrice fit signe à Týr de rester en retrait. Position d’attente. Hors des radars. S’ils devaient fuir… elle partirait seule.
L'air changea dès qu'elle aperçut les hauts murs blancs de New Marineford. Plus froid. Plus sec. Chargé d'une odeur métallique qu'elle n'avait jamais oubliée. Ses poumons se contractèrent instinctivement, comme si son corps se souvenait avant elle. Chaque pas vers l'entrée ravivait des échos qu'elle croyait enfouis : les ordres secs, les rapports glacés, les couloirs sans fin où Lisa Cassipan avait marché en silence.
Elle ne savait pas pourquoi, mais cette fois, ses nausées s’étaient tues. L’odeur du métal, les murs blancs, les couloirs glacés… Tout à New Marineford était resté figé. Comme si elle n’était jamais partie.
Et pourtant, tout était différent.
La lune filtrait à travers les hautes fenêtres, nimbant le sol d'un halo fantomatique. Elle avançait sans bruit, presque en apnée, se laissant guider par les souvenirs. Chris l'attendait. Son bureau était toujours au même étage.
— Lisa ? appela une voix endormie derrière elle.
En se retournant, Béatrice croisa le regard fatigué de Kuzan. Le visage de la femme s'éclaira, heureuse de revoir quelqu'un avec qui elle avait travaillé tant d'années et avec qui elle s'entendait.
— Bonsoir, Kuzan, dit-elle doucement en ralentissant. Je suis là parce que Chris m'a appelée. Il a besoin d'un coup de main.
L'ancien amiral s'approcha, les mains dans les poches, l'air à moitié éveillé. Ses traits fatigués se plissèrent d'un amusement feint.
— Dommage. J'espérais que tu venais m'encourager pour mon futur combat avec Akainu. On dirait que je suis moins urgent que Chris.
L'inquiétude effaça aussitôt le sourire de Béatrice. Elle posa la main sur son bras, un geste doux, presque intime.
— Kuzan… fais attention à toi. Vraiment.
L'amiral assimila silencieusement la franche inquiétude de son ancienne camarade. D'une boutade, il comprit vers qui l'inquiétude de la femme se tournait.
— Tu penses que je vais perdre ? souffla-t-il.
Béatrice l'observa un instant, muette. Baissant la tête, elle décida de briser quelques règles.
— Ce que je pense, c'est que tu es un homme bon, expliqua-t-elle en relevant les yeux. Et que cette bonté, je ne la retrouve pas chez Sakazuki.
Ses doigts se refermèrent doucement sur le tissu de sa veste. Elle parlait bas, mais chaque mot vibrait de vérité.
— Si un jour tu décides que la Marine n'est plus faite pour toi… viens me trouver. Je saurai t'accueillir.
Quelque chose passa dans les yeux de Kuzan. Une faille. Une émotion qu'il masqua aussitôt.
— Fais attention, murmura-t-il avec un petit sourire en coin. À parler comme ça, je vais croire que tu me demandes de fuir avec toi comme un amant rejeté.
Elle haussa un sourcil, amusée malgré elle.
— Alors fais en sorte que je sois fière de toi, Monsieur l'Amiral.
Ils se quittèrent sur ce sourire fragile. Quelques pas plus loin, la lumière de son ancienne aile de direction filtrait sous une porte.
Elle inspira. Longuement.
Chris devait l'attendre.
En tournant la poignée, Béatrice refoula son sourire, reprit son masque de marbre. Elle entra.
— Chris ?
Silence.
Elle referma la porte derrière elle, un peu plus lentement.
Le bureau était vide. Mais tout était à sa place. Elle s’approcha lentement, la main posée sur le dossier de cuir. Une pile de documents trônait au centre. Elle commença à les feuilleter, une à une, méthodique.
Puis, une odeur.
Tabac froid. Amer. Presque rance.
Ses doigts s’arrêtèrent.
« Chris ne fume pas. »
L'air sembla se figer autour d'elle. Plus de bruit. Plus de mouvement. Même le vent dehors s'était tu. Une présence immense, écrasante, emplissait l'espace derrière elle, comme une brûlure qui n'avait pas encore touché la peau. Ses mains se glacèrent sur le papier. Son cœur ralentit. Elle ne pouvait plus bouger. Elle savait. Avant même d'entendre la voix, elle savait.
— Bonsoir, Lisa Cassipan.
La voix tomba comme une lame sur sa nuque. Grave. Autoritaire. Brûlante.
Ses yeux pivotèrent lentement, refusant d'y croire. Et rencontrèrent les siens.
Sakazuki Akainu.
Puis, ce fut le noir complet.
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Nombre de mots : 3 200.
Temps de lecture approximatif : 10 - 20 min.
Source de l'image: @Vamos_MK https://x.com/vamos_mk/status/1554158944368529409/photo/1















