Mary Boleyn (c.1499 – 1543)
Les fans de Natalie Portman connaissent peut-être notre héroïne du jour, jouée par Scarlett Johansson dans Deux Soeurs pour un roi, adapté du roman éponyme de Philippa Gregory. Mais pour une grande majorité, si le nom d’Anne Boleyn résonne peut-être dans l’esprit commun, celui de sa sœur Mary demeure plus inconnu.
Ou l’autre sœur Boleyn qu’Henry VIII a mise dans son lit !
Quand on prononce le nom de Boleyn, on pense peut-être plus facilement à Anne Boleyn et après tout, c’est bien normal : c’est pour elle qu’Henry VIII a défié le Pape, a crée l’anglicanisme et surtout, elle est la première consort à mourir exécutée sur ordre de son époux. Elle est également la mère d’Elizabeth I, l’un des monarques ayant le plus marqué l’histoire de son pays ainsi que de l’Europe.
Il est normal que Mary passe au second plan.
Pourtant, cela ne signifie pas qu’elle doive demeurer dans les couloirs de l’Histoire, surtout que peu de femmes peuvent se targuer d’avoir été la maîtresse de deux rois et encore moins de deux rois rivaux !
Mary est née vers 1499, en Angleterre, peut-être à Bickling Hall dans le Norfolk : en effet, son oncle, le frère de sa mère, est le duc de Norfolk.
Elle est le deuxième enfant et la première fille de Thomas Boleyn (c. 1477-1539) ainsi que d’Elizabeth Howard (c. 1480-1538).
Son frère aîné et l’un de ses frères cadets mourront de la suette vers 1506. (La suette est une maladie épidémique de l’époque).
Anne (c. 1500-1536) et George (c.1504-1536) survivent et partagent son enfance.
Mary grandit sans doute au château familial d’Hever où elle apprend à lire, à écrire, à compter, un peu de mathématiques, comment tenir sa maison, la couture, la broderie, le chant, la chasse, les échecs, le chant, la danse… bref, tout pour être une bonne lady de l’époque Tudor.
En 1514, vers ses 15 ans, Mary quitte l’Angleterre pour suivre Mary Tudor, la sœur d’Henry VII, laquelle est mariée au roi Louis XII suite au décès de son épouse, Anne de Bretagne.
Le mariage ne dure hélas pas car Louis meurt le 01 janvier 1515, deux mois à peine après les noces et la rumeur veut qu’il soit mort d’épuisement en essayant de faire un fils à sa femme.
Mary n’est pas enceinte et devra rentrer en Angleterre.
Notre Mary, elle, est rejointe à Paris par son père et sa sœur Anne (qui étudiait au Pays-Bas auprès de Marguerite d’Autriche, la tante de Charles Quint)…
Sauf que pour leur plus grande surprise, Mary a des amants, parmi lesquels on retrouve...
François I, premier roi de la dynastie des Valois et le rival d’Henry VIII !
On ignore l’étendue de la vie de Mary à la Cour de France et les historiens pensent que si sa liberté de mœurs a été exagérée, une partie est vraie puisqu’après sa liaison à François, Mary aura d’autres amours qui provoqueront son renvoi.
François la surnomme « la grande putain ».
Charmant.
Mary rentre en Angleterre en 1519 où elle devient dame d’honneur de la reine Catherine d’Aragon (1485-1536) et en 1520, elle épouse William Carey (c.1496-1528), un courtisan anglais.
Sauf que peu après son mariage, Mary a une nouvelle aventure :
Henry VIII (1491-1548) l’a remarquée et l’a prise comme maîtresse.
Certains se demandent si la liaison n’a pas commencé avant et que Mary aurait été mariée à la hâte à un William complaisant pour permettre au roi de jouir de sa nouvelle amante tout en ayant un paravent en cas de grossesse.
Car Mary, elle est la maîtresse d’Henry, ne jouit pas d’énormément de privilège : elle reste un secret d’alcôve.
Vres 1523, Mary donne naissance à son premier enfant : Catherine.
Le 14 mars 1526, elle a un fils : Henry.
S’ils sont tous les deux reconnus comme étant les enfants de William Carey, un doute plane sur la paternité du britannique et il se peut que Catherine ou que les deux enfants soient les enfants illégitimes du roi.
John Hales, vicaire d’Isleworth, après avoir vu le jeune Henry, le pense fils bâtard du roi plutôt que fils légitime Carey en raison de ressemblances avec son supposé père biologique.
Le 22 juin 1528, William meurt de la suette, laissant Mary veuve avec deux enfants en bas-âge.
La relation entre le roi et Mary est terminée depuis longtemps.
Mais la jeune femme peut compter sur le soutien de sa sœur Anne.
En effet, de son côté, Anne est courtisée par le roi mais elle refuse de devenir sa maîtresse ! Henry refuse de se passer d’elle et a entamé alors un périple qui changera la face de l’Angleterre à jamais : il rompt avec Rome, essaye de divorcer de Catherine d’Aragon et surtout, il va se déclarer chef de l’Église en son royaume et créer sa propre Eglise.
C’est le début de l’anglicanisme.
En 1532, Anne et Henry partent à Calais pour rencontrer François I. Mary, dame de compagnie de sa sœur, les suit pendant ce voyage.
Peu après, Anne réalise qu’elle est enceinte. Le couple se marie secrètement avant de se remarier en public en juin 1533 et le 07 septembre 1533, elle donne naissance à son unique enfant, Elizabeth, la future Glorianna.
Mary se retrouve donc sœur de la reine et tante de la princesse.
Ses parents cherchent à la remarier, surtout qu’elle a désormais une position avantageuse. Sauf que le coeur de la jeune femme bat pour William Stafford, un homme plus jeune qu’elle et en-dessous de sa condition.
Les amants se marient en secret en 1534 et Mary tombe enceinte en 1535.
Il n’est désormais plus possible de dissimuler cette union et les Boleyn, enragés, la renient et Anne la bannit de la Cour.
Mary tente de demander de l’aide auprès de Thomas Cromwell, un ministre ayant l’oreille du roi, afin qu’il intercède en sa faveur. Elle admet qu’elle aurait pu ou dû épouser un homme d’une meilleure condition mais que cet homme ne l’aurait sans doute pas aimée comme William l’aime. Elle aurait même dit qu’elle préférerait mendier son pain à ses côtés plutôt que d’être la plus grande reine de toute la Chrétienté et qu’elle savait qu’il ne l’abandonnerait pas pour devenir roi.
Henry reste sourd à cet élan du coeur alors qu’il a tout chamboulé en son royaume au nom de la même raison.
Anne cède.
Elle offre à sa sœur une magnifique coupe d’or ainsi qu’un peu d’argent afin de l’aider mais elle ne la reprend pas comme dame de compagnie et ne lève pas son bannissement.
On pense que les deux sœurs ne se reverront plus.
Mary donne naissance à son fils, Edward, qui mourra à l’âge de 10 ans puis en 1536 à une fille, Anne, sans doute prénommée en l’honneur de sa tante, dont on ignore le destin.
Le reste de la vie de Mary est difficile à retracer depuis étant donné qu’elle n’a aucune correspondance avec sa mère et sa sœur, qu’elle ne leur rend pas visite, pas même quand Anne et George se retrouvent emprisonnés à la Tour de Londres.
En effet, en 1536, le destin s’accélère pour Anne.
Victime d’une cabale et son royal époux las d’attendre un héritier mâle, la reine est jugée pour sorcellerie, adultère avec plus de cent hommes et surtout inceste avec son propre frère !
George sera exécuté le 17 mai 1536 et Anne, deux jours plus tard.
La légende noire d’Henry VIII est en route.
Mary, elle, vit à la campagne avec son mari.
En 1538, sa mère meurt puis son père l’année suivante. Suite à ce décès et étant la seule légataire Boleyn encore en vie, elle hérite de propriétés dans l’Essex.
Mary meurt dans l’anonymat en juillet 1543.
Son époux se remariera à Ursula, fille de Margaret Pole, une parente d’Henry VIII.
Sa fille Catherine sera dame d’honneur de la future Elizabeth I.
La fille de Catherine, Lettice, sera la seconde épouse de Robert Dudley, le grand amour de la reine.
Le fils de Lettice, Robert Desvereux, sera l’un des derniers favoris d’Elizabeth.
Comme quoi, certaines choses restent dans la famille.
Une vie rocambolesque, proche du pouvoir sans jamais le toucher vraiment et avoir eu la chance d’échapper à la Faucheuse, Mary mérite qu’on se souvienne d’elle.
- Marina Ka-Fai
Si toi aussi tu veux en lire plus sur Mary tu peux aller regarder ces sources :
-Eric Ives, The Life and Death of Anne Boleyn, 2004
-Joanna Denny, Anne Boleyn : A new life of England's Tragic Queen, 2004
-Karen Lindsey, Divorced Beheaded Survived : A Feminist Reinterpretation of the Wives of Henry VIII, 1995
-Lady Antonia Fraser, The Wives of Henry VIII, 1992
-Alison Weir, The Six Wives of Henry VIII, 1991
-Marie-Louise Bruce, Anne Boleyn, 1972














