Hors-sol
Je suis allongé sur le parquet à peine propre d'un salon qui n'est pas le mien Et je me prends à penser Tandis que je malaxe l'ombre et la lumière de mon âme Combien mon amie s'inquiéterait de me voir ainsi au sol Combien j'espère que mon absence peine à ceux que j'aime A combien de fois je suis tombé dans ce ravin et me suis relevé tout seul, sans rien demander
Mon corps sait prendre immédiatement des poses riches d'un sacré inconnu Pendant un instant j'étais un elfe qui plongeait sans arrêt dans des pétales de chrysanthèmes Ensuite je devenais un cœlacanthe prêt à rejoindre la surface pour mettre fin à son apnée absurde Mon corps m'impose une pression que je ne puis que subir Je ne sanglote plus, je ris davantage Dans le plus grand tabou qu'est d'être mal sans pouvoir le dire
Trois mois, bientôt, Que je coupe mon souffle pour n'être plus qu'un gant de toilette, une poêle et un plaid Trois mois que je m'efforce au quotidien d'être le meilleur face au pire Avec pour seul répit l'ennui mortifère d'un chomeur fourmi Qui n'a accès qu'à d'arides plaisirs Qu'à des stimulis sans substance Qu'à des opiacées de l'âme Pour faire écran le temps que la machine tourne
Voilà trois mois que j'ai trouvé un mort, survécu à la violence d'un homme, Trois mois qu'à chaque prière le salut fait sa sainte nitouche Trois mois que j'ai trouvé toute la force pour survivre dans l'insécurité la plus normale pour un homme de 24 ans
Et alors que je pensais abandonner derrière moi mes rêves de jeunesse Me voilà généreusement récompensé d'un espoir malicieux qui me promet autant qu'il m'accable Poussé dans mes retranchements je resuccombe à une droiture déshumanisante Cinq minutes Le temps de m'effondrer à nouveau au sol Avec plus de devoirs, et la même faim au ventre
Et je me relèverai encore, Avec un peu de la folie de l'elfe Un peu des penchants morbides du cœlacanthe Et un sourire encore plus indémontable Jusqu'à la fin de l'adversité Ou bien la fin de l'espoir













