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#stefanodeluigi #iDYSSEY #ingressodellade #sifest26 (presso SI FEST Savignano Immagini Festival)
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iDyssey - Stephano De Luigi, sur la trace des Ulysses contemporains
À moins d’une semaine des journées inaugurales du festival et suite à l’installation de son exposition à l’espace St Nazaire, Stephano De Luigi nous a accordé de son temps pour revenir sur iDyssey. Un voyage en quête des mythes, antiques et modernes, qui emmena le photographe sur les pas du héros grec Ulysse, mais avec pour seules armes, deux simples téléphones.
Quels ont été les éléments déclencheurs à l’origine du projet iDyssey ?
Il y a eu plusieurs choses. La première, c’est ma rencontre avec la mythologie grecque, lorsque ma mère, plutôt que de me lire les contes traditionnels pour enfants, me lisait les mythes grecs, ces histoires de dieux farfelus et un peu capricieux qui jouaient avec les humains. Ma rencontre avec le mythe d’Ulysse remonte donc à mon enfance. Bien sûr il y a eu l’école et le lycée, où l’on étudiait l’Iliade et l’Odyssée, mais avant cela il existait déjà à la télévision italienne un feuilleton très populaire qui mettait en scène les aventures d’Ulysse. Le deuxième déclic a été mon intérêt croissant pour ce langage apparemment nouveau, que l’on appelle « iphone photography » ou plutôt « smartphone photography », car ce n’est bien entendu pas une question de marque de téléphone mais bien de media. Cela me trottait donc dans la tête depuis quelques années, et soulignait pour moi une chose fondamentale et très simple : derrière chaque photo, il y a une idée. Si la photo est bonne, c’est qu’elle véhicule une idée.
Le lien entre mythologie grecque et photographie à l’aide d’un smartphone a-t-il toujours été évident ?
Ces deux aspects ont mis du temps à maturer, et il était certain que je voulais parler de ces deux sujets. La jonction des deux s’est faite lors de l’été 2011. En effet je me rends souvent dans les mêmes îles, près de Lampedusa, que tout le monde connaît aujourd’hui à cause des débarquements d’immigrés. Un soir de cet été donc, il y a eu une représentation, et un acteur jouait le rôle d’Ulysse. Il est arrivé à quai sur un tout petit bateau, dans une mise en scène assez suggestive, avec le port éclairé aux flambeaux. Je me suis alors aperçu que ce qui arrive à Ulysse se déroule en réalité depuis toujours sur les mers siciliennes. L’Odyssée est contemporaine, ces gens partent sur la mer, à l’aventure et au péril de leur vie. De plus, cette œuvre est l’une des plus anciennes du patrimoine culturel occidental, et elle s’est d’abord transmise par voix orale. Je souhaitais moi aussi la raconter, mais avec l’une des dernières de nos technologies inventées.
Vous vous inscrivez donc dans la tradition qui consiste à adapter l’Odyssée. En existe-t-elle une qui vous aurait particulièrement inspiré ?
En réalité mon travail a plutôt reposé sur le parcours suggéré par deux grands hellénistes. En effet l’Odyssée est également considéré comme un livre de navigation. Victor Bérard, au début du Xxème siècle a fait ce voyage qui retraçait celui d’Ulysse. Un siècle plus tard Jean Cuisenier a également parcouru ce trajet, pour confirmer cette hypothèse. Et j’ai voulu moi aussi, avec humilité, documenter ce voyage. Ce parcours est donc bien évidemment théorique, mais il y a eu beaucoup de travail avant d’en arriver à ces conclusions.
Avez-vous été déçu ou surpris, au moment de découvrir les lieux ? Aviez vous des attentes particulières ?
Ah c’était génial ! J’étais surpris dans le bon sens. Il est vrai que mon odyssée était contemporaine. Avec les moyens modernes, mon voyage a duré deux mois au lieu de dix ans. J’avais des peurs plutôt que des attentes. Peur de ne pas retrouver l’atmosphère, la magie, la connexion entre passé et présent. Et honnêtement, découvrir les lieux a toujours eu quelque chose d’époustouflant, tellement ces derniers semblent encore habités par les mythes. Par exemple, la photo que vous avez choisi pour l’affiche du festival, ces temples, en Turquie, au début de mon voyage… C’est un lieu qui exprimait une harmonie… c’était un lieu magique. Je ne me suis jamais retrouvé dans un endroit où je n’ai pas pu faire le lien avec le passé. La Grèce et l’Italie, ce sont des endroits qui ont conservé beaucoup de traces. Il y a eu un endroit peut-être, un peu étrange, ce fut Djerba. Les lieux ne semblaient pas avoir beaucoup de mémoire, à part des bars, qui faisaient directement référence à Ulysse et l’Odyssée. Mais au final, cela va bien avec l’épisode de l’Odyssée correspondant, celui de l’île des lotophages (les habitants de l’île mangent une plante qui leur fait perdre la mémoire). Mais passer de l’ancien au contemporain a toujours eu quelque chose d’un peu magique.
Vous n’avez donc pas rencontré de difficultés, on peut dire que les dieux étaient de votre côté.
J’ai l’impression que oui, tout à fait, puisque je n’ai pas rencontré de problèmes majeurs durant ce voyage. Il y avait juste un peu de panique au début. Car c’était la première fois en 25 ans que je partais avec seulement deux appareils photographiques, qui n’étaient finalement que deux téléphones. C’était nécessaire pour moi de me mettre en condition, dos au mur, de ne pas pouvoir faire marche arrière. Il a juste fallu une dizaine de jours pour que je m’adapte. Ça faisait également partie du propos, de souligner que le moyen, l’outil, n’était pas important. La photographie est un langage, et ce sont les idées qui sont exprimées qui importent.
Vous avez travaillé sur les lieux professionnels où l’on fabrique des images (Pornoland, Cinema Mundi), et vous utilisez désormais un moyen de photographier accessible aux amateurs, quel regard portez-vous sur ces pratiques ?
Que la photographie se démocratise est bien sûr une bonne chose. Ça amène aux gens une éducation à l’image. En revanche, ma peur, ou disons que c’est l’une des parties du débat, c’est de se demander comment interprète-t-on la photographie ? Il existe une application, où l’on a juste à secouer le téléphone, et c’est un algorithme qui choisit un filtre pour la photo que l’on a prise. Et ça, je trouve ça dangereux. La photographie est rabaissée à quelque chose qui échappe au contrôle humain. Les gens croient qu’il font désormais une belle photo. Et c’est vrai, d’une certaine manière, la photo peut alors être belle, de façon esthétique. Mais il n’y a pas de contenu. Selon moi, il faut toujours étudier. Je ne vais pas vous ennuyer avec les détails techniques, mais pour mon exposition, chaque photo a été prise avec une idée précise, un filtre et un traitement adéquat à chaque situation. J’ai utilisé l’application Hipstamatic. C’est une application qui se différencie d’Instagram, car justement, on doit choisir le filtre et le traitement, avant de prendre la photo. On se rapproche finalement de la photo analogique.
Comment vous situeriez-vous au sein de la photographie méditerranéenne ?
Pour être honnête, la Méditerranée pour moi c’est la Grèce, mon enfance, et puis je suis Italien, donc j’ai vraiment vécu au cœur de cette mer. Mais mon travail est plus global. En revanche la méditerranée reste ce lieu fantastique de ponts entre les cultures. Durant mon voyage, je me suis rendu compte que j’étais en train de voyager sur trois continents différents. Non seulement c’est le berceau de notre civilisation mais il s’y passe également toujours beaucoup de choses. On dit que la réalité du monde s’est déplacé vers le Brésil ou la Chine.. Je crois que c’est le cas en ce qui concerne l’économie, mais beaucoup de questions éthiques et politiques se jouent ici, en Méditerranée.
Pour revenir à votre exposition, on pourrait trouver qu’il y a un décalage entre le côté épique que l’on connaît à l’Odyssée et la série de vos photos, qui semblent plus calmes en apparence.
Certes ce projet n’est pas un reportage comme j’ai l’habitude d’en réaliser. Mais j’avais envie de faire quelque chose de plus libre, à propos de ces lieux mythologiques, sans pour autant me détacher de la réalité. Ces lieux ont été choisi à l’avance. Il y a eu le travail de Victor Bérard d’une part, mais j’ai aussi travaillé de mon côté, en me renseignant sur l’actualité et les événements de ces endroits. Ce ne sont pas de simples allez-retours, et puis des photos de cailloux et de temple. C’est au sujet de la mafia, au sud de l’Italie, ou de l’immigration clandestine au nord de la Grèce. L’Odyssée est un récit épique, mais qui est rythmé par des tragédies, Ulysse perd beaucoup de ses compagnons. Et les étrangers clandestins sont des Ulysses contemporains.
Quels sont vos projets à venir ?
Je n’ai pour le moment pas d’autre projet de cette envergure. Dans la vie d’un photographe, ce genre de travail demande du temps à maturer. Cette année je me suis surtout préoccupé de mener à bien un projet collectif pour mon agence, l’agence VII. D’une part des projets pédagogiques, mais aussi un dispositif pour communiquer au sein de l’agence. Il y aura une série de master class, qui s’apparenteront plus à un format académique, plutôt que sous forme d’atelier. Il sera question de s’intéresser à la photographie, de façon élargie. Qu’est ce qu’un photographe aujourd’hui s’il ne pense pas à travailler avec un monteur, un éditeur, un écrivain, un preneur de son etc. Il faut d’autre part apprendre à manier les nouvelles technologies, qui permettent de pouvoir expérimenter. Il y a donc un programme de master class destiné aux grandes agences, prévu pour septembre, autour de la photo, de la vidéo, de l’ingénierie du web, des archives digitales etc. Un regard ouvert sur la profession donc. Car si il est plus facile aujourd’hui d’être photographe, il se trouve que le monde n’a jamais été aussi vaste à couvrir. Le travail est désormais pluridisciplinaire. Je me suis fais tout seul, mais j’ai désormais besoin de travailler avec les autres, pour prendre en compte entre autres le multimédia, sans lequel on conçoit désormais mal une exposition.
propos recueillis par Adrien Courteau-Birais et Anthony de Rueda
iDyssey
Commissaire de l’exposition : Laura Serani
Espace Saint Nazaire, de 11h à 19h tous les jours sauf le lundi. Ouverture exceptionnelle le lundi de pentecôte (9 juin).
http://www.stefanodeluigi.com | http://viiphoto.com/ | http://www.festivalphotomed.com