Lundi matin, hiver austral sur le lagon de la Saline-les-Bains #iledelareunion#instantanes#corinnegranger#lagon#oceanindien#
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Lundi matin, hiver austral sur le lagon de la Saline-les-Bains #iledelareunion#instantanes#corinnegranger#lagon#oceanindien#
violence
The heat makes us sweat. It’s 38 degrees. A record, according to the blond journalist. The fruit juice seller is talking about it. He wasn’t here last week.
The market is not as big as I thought. I was walking through the smell of mangos and spices when I’ve met them. A couple. Claire is French, Trent Australian. Both are around 30 years old. Claire asks me if I’m French: she heard me talking to a bananas seller. 1 hour later, we are drinking beers, in a pub. Having an accent can sometimes be worth.
Claire has graduated from Beaux Arts, in France, a few years ago. She is this misunderstood artist who is fighting for ideas. But ideas are not enough to survive in 2017. She wanted to manage artists and art collections? She works at Myer, an Australian fashion shop, as a seller, selling products that she doesn’t understand, every single day, far away from her family and her world. She bought a book at the market. Samuel Beckett’s Waiting for Godot. Theatre of the Absurd. Like her life.
For a mysterious reason, I start to seduce her. Maybe the heat? Maybe the alcohol? Probably her green eyes. Trent is in front of us, but he cannot understand the discussion. I speak French and then he dips into his phone’s screen. It’s exciting. Terribly. Claire is getting drunk. As expected, she tells me that she doesn’t like her life made out of chimeras and fallen hopes. Her boyfriend looks nice, yes he looks nice, it’s difficult to disagree.. Tall, strong, with blue eyes, his skin is like the colour of a coffee, the one you can drink in Roma when the sun makes you crazy. Their children will be beautiful, for sure. But finally it’s not enough. Trent accepts the idea of having a life drinking beers with his friends. Nothing more, nothing less. “He fucks me very well, at least”. I remain politely silent. And then she tied her hair. In a vulgar but incredibly sexy way. It’s hot and alcohol affects my senses. I tell her that she looks nice like this. She leaves the table for a couple of minutes and comes back out of nowhere. With a new haircut, a tied one, more sophisticated. She accepted my compliment. Nothing is more sexy than a naked neck.
“Her heart is cold and I’m giving her some wood pieces for warming it”, I murmured to myself.
She is that misery which doesn’t say its name. I decide to stop this risky game when, outside, the last rays of the sun were dying. Life is a menacing feast, especially when you are starving.
Trent’s friends are waiting for us in another bar. It’s now 8pm, and we are drinking for 6 hours. We are all totally drunk. Buildings seem moving around me, and I’m not sure if that car is real or not. It comes into us. Boom. The driver braked, just in time. Trent punchs him trough the open car’s window. Boom. People are coming around us, but.. what’s going on? A guy is filming us with his phone, I see him, he has his daughter on his arms, a ginger little girl, I take his phone and his wife is insulting me, don’t touch my baby, she looks stupid, her glasses are falling down to the end of her nose. Why was he filming me, like this, in the streets? Nobody cares, and they left, afraid for her girl. We are now at the hostel, drinking rhum with coke. She asked me on Facebook.
day 341
J’ai compris en me rappelant des quelques dollars qu’il me restait pour vivre que la vie pouvait être compliquée un verre plein à la main. Je bois, je bois, je bois tellement que cela m’oblige à aller pisser toutes les 2 minutes. Un homme gros passant par là trébuche et emporte dans sa misère ma Carlton Draught qui vient s’éclater contre le sol à la manière d’un homme se défenestrant du 76ème étage du World Trade Center. Mais je lui pardonne, je pardonne tout à tout le monde ce soir, je binge drink en compagnie de jeunes gens tout aussi désillusionnés que moi. Il y a Marie qui a quitté son travail d’infirmière à Paris et que je taquine sur son incapacité à qualifier le mal qui ronge les articulations de mes coudes depuis plusieurs jours. C’est la vraie parisienne, basse parfois, ravissante souvent - elle est un peu l’objet du délit, celui de notre bêtise, la mienne et celle de Chris, un anglais de Liverpool dont les petits yeux pétillent quand il parle de sa ville où le ciel est gris comme du béton. Puis nous sommes allés manger dans un autre Hotel. On traînait à la table, Marie fouillait ses poches à la recherche d’un mégot quand Chris a commencé à raconter ses trois mois de galère dans une ferme de bananes du Northern Territory, où il a vu de ses propres yeux un homme se couper le bras d’un coût de machette à la vue d’un serpent sur son épaule. “It was really fucked up!” se mit-il à crier en levant sa pinte, comme pour porter un toast à cet unibrassiste, héros malgré lui d’aucune guerre.
Mon séjour australien s’achève ainsi comme il avait commencé, dans l’absurdité de petits moments nocturnes sans lendemain, et dans l’odeur de l’alcool. Les gens qui resteront se comptent sur les doigts d’une main, mais je n’oublierai pas les salopes croisées sur la route, là où elles sont le plus à l’aise, car elles y sont nées.
day 315
Elle se réveille alors que la lueur du matin vient transpercer les légers rideaux du salon, sur lesquels des palmiers imprimés côtoient des tâches jaunâtres d’humidité. Elle me signale qu’elle a ses règles, as expected, s’excuse pour l’odeur en affichant le sourire taquin de la femme qu’elle est, celle qui aime jouer avec le feu de la vie. Son visage disparaît derrière la porte coulissante de la salle de bain.
De la fenêtre me parviennent les notes d’une musique que je reconnais facilement après quelques secondes: No Woman No Cry. Le musicien est un jeune garçon, probablement SDF à en juger de son look meurtri par la crasse et des journées difficiles à flâner dans cette jungle où la chaleur, les fast food et le chant criard de véhicules diesel aliènent même les esprits les plus sains. En Océanie, la mélancolie côtoie la laideur du monde sous le regard indifférent des Australian white ibis et des Livistona australis.
Elle sort de la salle de bain une serviette rose enroulée autour de la poitrine. Ses cheveux blonds sont mouillés et ondulés, ils plongent dans son cou avec la grace d’une impulsion légère et enivrante. Je ne peux la quitter du regard, elle qui parvient à transformer la banalité de gestes quotidiens en d’instants suspendus, mais paradoxalement condamnés, où les bruits deviennent sourds et toute parole vaine. Chacun de ses mouvements distillent dans l’air l’odeur d’un parfum citronné à laquelle vient se greffer celle du café qu’elle est en train de préparer. Je veux la prendre en photo, mais l’appareil n’a plus de batterie.
Ron est censé arrivé dans une dizaine de minutes. Gareth est parvenu à le convaincre de nous prêter son studio inoccupé le temps d’une soirée où il n’était pas là. Amelia doit prendre un bus qui l’emmène à Wollongong, où elle a trouvé un travail de barista pour les prochains mois.
Déjà, la voici habillée, coiffée et maquillée, prête à quitter la ville et embrasser la main gantée de lendemains plein de promesses. Comme elle se regarde une dernière fois dans le miroir du hall d’entrée, il flotte soudainement dans l’air une odeur rance, celle d’espoirs déjà oubliés.
I’ll wait and pray
Ça a débuté comme ça. Sur un sol au bitume mouvant.
Il est 1h30 du matin et le taxi me dépose à l’adresse que je lui ai indiquée à l’aéroport, écrite à l’encre noire sur un bout de papier déchiré. L’air lourd de la nuit me fait transpirer et offre à ma salive a le goût des étés de ma jeunesse consumée sur la côte varoise. J’ouvre le coffre et prends mes deux sacs à dos qui constituent les seules preuves matérielles d’une vie antérieure, celle que je tente de fuir sans savoir réellement pourquoi, et qui semble si loin désormais. Le chauffeur de taxi reste dans la voiture et me glisse un sourire timide à travers sa fenêtre ouverte. Une transaction de 42$, et le véhicule disparaît sous les lampadaires qui éclairent de leur souffle jaunâtre le sourire triste des palmiers. J’ai oublié ma veste dans le coffre, mais le taxi a déjà disparu. Comme s’il n’avait jamais existé.
L’auberge ressemble à une baraque californienne construite dans les années Power Flower. J’aperçois une sonnette. Personne ne me répond. Je retente ma chance et enfin j’entends des pas derrière la petite porte en bois, qui donne sur un jardin. Une belle blonde ouvre. 1m80. Short en jean. Débardeur blanc. C’est une cliente qui fumait un joint avec un mec qui me salue à son tour. La blonde m’emmène à l’accueil, où une brune, la vingtaine, attend. Elle me dit en se frottant les yeux qu’elle dormait quand j’ai sonné. Sur son tshirt: “Life is better with beers and pizza”.
Trois hommes dorment dans la chambre. Je cherche ma boîte de lentilles dans l’obscurité. Impossible de la trouver. Je vais devoir dormir avec les yeux collés.
La nuit est un cauchemar éveillé. Je me suis réveillé à cinq, six, peut-être sept, reprises, amnésique de ma condition. Des personnes semblent entrer et sortir du dortoir, j’entends des rires lointains, des gens parler dans un anglais que je ne comprends pas, puis des pas, à quelques centimètres de moi, mais il fait noir, le réveil brutal me rend aveugle, les lits grincent. Le ronflement mécanique, infernal du climatiseur… était-il activé quand je suis arrivé, il y a … combien temps déjà ? Une heure ? Cinq heures ? Où suis-je d’ailleurs ? Je ne peux l’affirmer avec certitude.
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