Les Intergalactiques - soirée d’ouverture - Lyon - 2018
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Les Intergalactiques - soirée d’ouverture - Lyon - 2018
Chromothérapie: 12 fréquences de couleurs
Chromothérapie: 12 fréquences de couleurs
La méthode de soins Arcturienne et celle utilisant les énergies Intergalactiques ont un point commun: parmi les différentes fréquences énergétiques disponibles pour donner une session, elles contiennent toutes les 2 un set de chromothérapie, soit une gamme de différentes fréquences de couleurs. Ces couleurs peuvent être utilisées durant un traitement énergétique pour personnaliser les soins, et…
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Soins énergétiques avec les Intergalactiques
Dans un article précédent, j’ai parlé de la méthode de soins arcturienne. Il s’agit d’une technique de soins énergétiques enseignée par Gene Ang. Dans les traitements, le praticien invite des êtres bienveillants comme les anges, les Maîtres ascensionnés, et la famille des étoiles d’Arcturus à se joindre à nous sur le plan multidimensionnel. Il devient alors possible de transmettre des énergies…
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Les Intergalactiques sont de retour !
Les Intergalactiques de Lyon débarquent dès ce soir avec une soirée jeux à la MJC Monplaisir !
Et attention, cette année, les organisateurs ont prévu du lourd. Que ce soit au niveau des invités ou au niveau de la délicieuse programmation, ce week-end sera placé sous le signe de la SF Britannique.
Pour toutes les infos, c'est par ici : www.intergalactiques.net
Que la bière maison soit avec vous !
SANG NEUF
Pour ceux que ça intéresse, voici la nouvelle que j'avais écrit pour le prix René Barjavel des intergalactiques de Lyon. Malheureusement je n'ai pas gagné mais j'ai pu discuter avec des membres du jury qui se souvenait bien de l'histoire et avait du la retirer du dernier carré car hors-sujet. Vous pouvez découvrir le sujet du concours ainsi que les nouvelles gagnantes sur le site des intergalactiques.
Bonne lecture.
SANG NEUF (© Cédric "Zed" Mayen 2013)
1*
Le ventilateur balayait la pièce, brassant l'air de la salle d’attente de sa respiration mécanique. Joe et Nessa, couple âgé d'une quarantaine d'années et qui en paraissaient vingt de moins, attendaient leur tour.
Joe feuilletait un magazine, sans y porter grand intérêt, tandis que Nessa se tordait les mains nerveusement, serrant les genoux pour les empêcher de s'entrechoquer. Cela faisait plus d'une heure qu'elle patientait et ses tempes palpitaient dès qu'elle desserrait les mâchoires.
Joe paraissait imperturbable, mais elle le connaissait trop bien pour ne pas ressentir sa frustration. Il ahanait de plus en plus bruyamment, comme si l'air se raréfiait autour de lui. Pour oublier le vide douloureux qui lui taraudait les tripes, Nessa réfléchissait aux rimes de la nouvelle chanson qu'elle proposerait à son producteur, dès leur retour à Paris.
Alors qu'elle ne l’espérait plus, la porte du cabinet s’ouvrit sur l'imposante moustache du docteur Holz. Un petit homme rondelet sortit et traversa rapidement la salle d'attente en jetant des regards inquiets à la ronde. Joe et Nessa ne lui prêtèrent aucune attention et se levèrent prestement quand le docteur les invita à entrer. Leur tour était venu et ils allaient enfin être récompensés. Tous deux s’engouffrèrent dans la salle et le docteur ferma la porte derrière eux.
2*
Aristide Chatagny ne pouvait que constater sa malchance chronique. Certes, il était né suisse, de parents suisses et donc naturellement à l'abri du besoin, mais c'était bien là le seul avantage qu’il avait sur la vie.
Passable durant toute sa scolarité, il n’avait jamais vraiment cherché à se surpasser, préférant l’anonymat de la médiocrité à la gloire de la réussite. D'ailleurs, Aristide avait fait de l’anonymat son credo, s’évitant ainsi les brimades de ses jeunes camarades ainsi que tout autre type d’attention.
Son passage à l’armée ne laissa pas plus de traces, hormis peut-être, le souvenir nauséeux de sa première et unique cuite, le pauvre garçon ayant fini nu dans le lac de Genève à hurler des ordres au jet d'eau qui ne voulait pas lui obéir. Mais il le savait, aucun de ses conscrits n'était capable de mettre un nom sur ce petit bonhomme enrobé qui les avait tant fait rire.
N’ayant pas beaucoup d’inspiration en ce qui concernait son avenir, excepté sa vocation pour l’investigation, il se tourna rapidement vers le métier de policier. Après plusieurs années de régulation de la circulation et quelques affaires classées, il abandonna et se reconvertit en détective privé.
Car Aristide était persuadé d’avoir du flair, ce qui était d’ailleurs vrai lorsqu’il s’agissait de retrouver ses clés ou divers objets égarés, mais s’avérait bien moins évident en d'autres situations. Par conséquent, son affaire ne marchait pas, ce qui ne le préoccupait nullement car il était suisse, fils de suisses et naturellement à l'abri du besoin.
Ses journées s’écoulaient donc paisiblement, entre mots croisés et espionnage de maris volages, jusqu'au jour où sa porte avait été poussée par les Huelva, un couple d’immigrés sud-américains, inquiets suite à la disparition de leur fille. Face aux larmes de madame Huelva, Aristide avait senti qu'on lui confiait enfin une mission à sa hauteur.
Et les ennuis avaient commencé.
3*
Couché sur le dos, fixant le plafond d'un blanc impeccable, Joe avait du mal à ne pas hurler. La douleur était devenue insoutenable depuis quelques jours et la vitesse à laquelle ses organes internes se décomposaient s’était accrue depuis le dernier traitement. Il s'interdit de regarder Nessa, car il savait qu'elle souffrait tout autant, ce qui la rendait repoussante à ses yeux.
Enfin, il sentit la seringue pénétrer sans aucune difficulté dans son bras et le liquide chaud se répandre à l’intérieur de son corps. En pleine extase, son sexe se durcit sans qu'il puisse se contrôler. À ses côtés, il vit Nessa frémir à son tour, et son plaisir s'en trouva redoublé. Il revivait, mais l'angoisse du manque à venir l'étreignait déjà. Dernièrement, leurs visites chez le docteur Holz étaient de plus en plus fréquentes, et le soulagement de moins en moins durable. Joe tourna lentement la tête vers Nessa et l’observa. Un sourire béat sur le visage, elle se laissait aller à rire sans raison.
Joe se souvenait de Tom, son ami et mentor, qui lui avait présenté le docteur, dix ans auparavant. Ce qui n'était d'abord qu'un passe-temps était rapidement devenu un besoin puis une obsession. Tom avait petit à petit sombré dans la folie avant de disparaître dans d'étranges circonstances. Joe savait que le même destin l'attendait s'il continuait ainsi, mais il ne pouvait arrêter.
Il s’en voulait à présent d'avoir entraîné Nessa dans cette histoire.
4*
Aristide avait patiemment écouté l’histoire des Huelva, ne les interrompant que pour avoir plus de précisions sur de menus détails, sans tirer de conclusions hâtives. Bien qu’il ne s’agisse à première vue que d’un enlèvement banal, certains éléments avaient éveillé des soupçons dans l'esprit d'Aristide.
Tout d'abord, Concepcion avait disparu de jour, tandis qu’elle jouait devant chez elle et sous la surveillance de sa mère. Celle-ci avait, selon ses dires, simplement détourné le regard l'espace d'un instant et sa fille s'était volatilisée.
Plus étrange encore, la police n'avait trouvé aucun indice et avait rapidement cessé les recherches sans donner d'explications aux parents désemparés. Aristide savait, pour avoir participé à plusieurs battues, que lors d'un rapt de mineur, tous les moyens étaient mis en œuvre pour le retrouver et que la police n'abandonnait jamais, examinant toutes les pistes, même les plus infimes.
Aristide était persuadé que quelque chose ne tournait pas rond et qu'il devait en avoir le cœur net. Il accepta l’invitation des Huelva de venir enquêter sur le lieu de l'enlèvement et les suivit jusque chez eux.
5*
Le médecin retira la seringue du bras de Nessa. Baignant encore dans un bien-être éthéré, elle laissa son regard flotter jusqu'à Joe qui lui souriait. Elle respira lentement, goûtant chaque inspiration comme elle aurait dégusté un grand vin, puis de sa voix mélodieuse, elle chantonna un air doux et serein.
Joe qui s'était levé, s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Ils restèrent longtemps à se bercer, tandis que le médecin finissait de nettoyer ses ustensiles. Leur étreinte se desserra et Nessa posa un pied incertain par terre, soutenue par Joe. Ils se rendirent dans le sas où se trouvaient leurs vestes et se rhabillèrent. Ils s'apprêtaient à quitter le cabinet quand ils furent rappelés par le toussotement discret du médecin.
Joe lâcha la main de Nessa pour fouiller dans la poche arrière de son pantalon et en sortir une enveloppe qu’il tendit au docteur Holz. Celui-ci l'ouvrit et compta rapidement la liasse de billets avant de les remercier et de leur indiquer la sortie.
Sans un mot ni un regard, conscients de la déviance de leur addiction, Joe et Nessa quittèrent le petit chalet anodin à l'ombre du massif alpin. Ce fut seulement lorsqu’ils se retrouvèrent à l’extérieur que Joe se décida à parler.
« C'est la dernière fois que nous venons ici. »
Le cœur de Nessa sauta un battement, ces quelques mots l’avait terrifié.
6*
Rien ne paraissait sortir de l'ordinaire au domicile des Huelva, hormis l’absence de Concepcion. Malgré un certain laisser-aller qui devait dater de la disparition de la petite, l'ambiance du foyer était accueillante. La température ambiante ne dépassait pas 19 °C, l’aménagement bien que spartiate était fait avec goût, et des jouets présents dans chaque pièce soulignait l'importance que les époux attribuaient à leur fille. L’investigation qu’il mena à l’intérieur de la maison ne lui apprit rien d'important, hormis le fait que la petite était particulièrement laide ou bien très peu photogénique, et il se dirigea d’un pas décidé vers le carré de gazon qui séparait le portail de la porte d’entrée.
Il en examina minutieusement chaque recoin, n'hésitant pas à salir son pantalon en s'agenouillant pour inspecter le lieu de l'enlèvement. Au bout d’un quart d'heure de recherche, quelque chose attira enfin son attention.
Il s'agissait d'un cylindre de métal noir qui gisait sous la haie séparant le jardin de la route. Cela avait la taille et la forme d'une pile électrique banale, mais dégageait un étrange magnétisme. Aristide s’en saisit à l'aide de gants et le rangea dans un sachet hermétique. Il jeta un coup d'oeil aux environs pour s'assurer que personne ne l'observait puis rentra dans la maison.
Les Huelva étaient assis sur le canapé du salon et Aristide vint se placer face à eux pour leur montrer sa trouvaille. Comme ils ne l'avaient jamais vu auparavant et ne savaient pas de quoi il s'agissait, Aristide en déduisit qu'il tenait une piste. Il décida de rentrer à son bureau pour l'étudier au calme. Il leur promit de les tenir au courant de l’avancement de ses recherches, rangea le cylindre dans sa mallette, puis grimpa dans sa Volkswagen qui démarra en toussotant.
7*
Joe posa la clé magnétique sur son support. Le moteur de l'Aston Martin démarra aussitôt puis se mit à ronronner. L’autoradio s’alluma, baignant l’intérieur de l’habitacle d‘une clarté bleutée. Les doigts de Django Reinhardt dansèrent quelques instants sur sa guitare, puis s’arrêtèrent sous un tonnerre d’applaudissements. Nessa posa sa main sur celle de Joe.
« Rentrons à la maison. »
Joe se frotta vigoureusement le visage pour reprendre ses esprits avant de passer la première et de s’insérer sur la chaussée. Quelques secondes plus tard, un second véhicule déboîta et vint se caler dans son sillage. Joe n’y prêta pas attention, concentré sur la route pour ne pas laisser l'apathie l'emporter. Du petit village de montagne jusqu’à Genève, il ne dépassa jamais les limitations de vitesse.
La vieille Renault qui le suivait non plus.
8*
Malgré les assauts répétés d'Aristide pour faire céder la porte de son bureau, elle résistait encore et toujours. Il dut utiliser un tournevis pour faire sauter le pêne d’un coup sec, avant de pouvoir entrer. Son manteau posé sur la patère, il vérifia son répondeur qui resta désespérément silencieux. Il se servit un verre de Lagavullin, puis s’assit dans son vieux canapé de cuir pour le siroter en feuilletant le journal du matn qu'il n'avait pas pris le temps de lire. De toutes les rubriques, c'était assurément celle concernant les nouvelles technologies qui l'intéressait le plus.
Il parcourut d’abord les nouvelles avancées en matière de téléphonie et de robotique avant de s’arrêter sur un encart qui éveilla sa curiosité. L’article traitait d’une invention révolutionnaire du CERN, un prototype de micropile atomique, qui permettait de domestiquer la fission nucléaire au sein d’un cylindre miniaturisé. Il leva un sourcil et relut l’encart une seconde fois, vidant son verre d'un trait, avant de reposer le journal sur la table basse.
Il resta quelques instants pensif, puis quitta son fauteuil, la tête dans ses pensées. Il saisit sa mallette et la posa sur son bureau avant de l’ouvrir. À l’aide de ses pincettes, il sortit le petit cylindre du sachet et l’examina à la loupe. Des bandes blanches, telles une signature, striaient le cylindre sur sa longueur.
« Se pourrait-il que.. ? » Sa question flotta longtemps, sans trouver de réponse.
Aristide reposa l’objet et referma la mallette. Il nota le compte-rendu de ses recherches et de ses interrogations dans un dossier qu'il rangea ensuite dans son secrétaire. Il résolut d'attendre le lendemain avant de contacter une de ses connaissances qui pourrait peut-être l'aider dans son investigation.
Sur ce, Aristide retira ses chaussures et s'allongea sur son fauteuil, fermant les yeux pour trouver le sommeil.
9*
La circulation était assez dense dans les rues de Genève en cette fin d'après-midi et, la tête posée contre la vitre teintée, Nessa observait la placidité des automobilistes suisses. Elle n’avait aucune envie de rentrer à Paris et ressentit même une certaine appréhension à cette idée.
Ses enfants lui manquaient, mais elle aurait préféré s'envoler loin de la capitale française qui avait fait d’elle ce qu’elle était, une image de papier glacé, vide de sens et de sentiments. Pour oublier ses idées noires, elle improvisa un scat sur les accords de Miles Davis. Joe la suivit en tapant en rythme sur le volant, le déformant un peu plus à chaque coup.
Nessa adorait ces moments où tous deux tendaient au même absolu. Des moments de plus en plus rares tant le manque la dévorait, éclipsant son amour pour Joe et leurs enfants.
Plus les séances se rapprochaient et plus elle se sentait emportée dans une spirale qui la menait à sa perte. Elle se souvenait de Tom, l'ami de Joe, et de sa décadence. Elle ne voulait pas finir comme lui, lugubre et violente, dormant la tête en bas et attaquant tous ceux qui passaient à sa portée. La circulation se débloqua enfin et l'Aston Martin se dirigea vers l’aéroport, toujours suivi par la Renault.
10*
Aristide avait rencontré Humbert Frei le jour des résultats de l'examen d'entrée dans la police, puis ils avaient partagé la même chambre durant l'année d'entraînement qui avait suivi leur admission. Sans n’avoir jamais vraiment sympathisé, ils avaient appris à se connaître et à se tolérer. Humbert, qui avait suivi des études de médecine, aimait faire la fête et ramener des conquêtes dans leur modeste trois-pièces. Cela agaçait Aristide, bien qu'il reconnût le bon fond de son colocataire assez respectueux de sa vie privée. De plus, tous deux partageaient la même passion pour l’investigation et la technologie, ce qui avait meublé leurs longues soirées d'étude.
Et puis Humbert avait intégré la police scientifique où il avait très rapidement atteint le grade d’inspecteur et leurs chemins s’étaient séparés. Dans le cadre d’une enquête sur des fuites d'informations, il rejoignit l’équipe de recherche du CERN qu’il finit par rallier définitivement quelques années plus tard. Hormis les traditionnelles cartes de vœux à l’occasion des fêtes, il n'avait plus donné de nouvelles à son ancien colocataire et le lien qui les avait unis s'était étiolé avec le temps.
Ils s’étaient dévisagés longuement devant les grilles du Centre de recherches avant qu'Aristide ne fasse un pas en avant pour serrer la main d'Humbert. Aristide avait récupérer son badge de visiteur, puis Humbert l'avait invité à prendre un café. Ils étaient tous deux assis à la terrasse du bar, se remémorant leurs souvenirs communs, quand un silence s’installa.
« Chatagny, j'imagine que tu n'es pas là pour discuter du passé. Qu'est-ce qui t'amène ? Commença Humbert.
— Comme tu le sais, je suis à mon compte maintenant et je travaille sur une affaire que nos amis de la police ont décidé de classer un peu trop rapidement à mon sens.
— Quel lien avec moi ?
— J'y viens. J'enquête sur le rapt d'une gamine et j'ai trouvé ça sur les lieux de sa disparition… Je me suis dit que tu pourrais peut-être m’en apprendre plus. »
Joignant le geste à la parole, Aristide sortit le sachet contenant le petit tube noir de sa mallette et le posa sur la table. Les yeux d’Humbert faillirent sauter hors de leurs orbites et il s'en saisit avant de l'examiner sous tous les angles
« Où as-tu trouvé ça ? Sais-tu seulement de quoi il s’agit ?
— Je n'en ai aucune idée, lui répondit Aristide cachant son jeu, mais j'ai cru reconnaître la signature du CERN sur la tranche. Cette série de traits blancs qui... »
Humbert le coupa sèchement.
« Aristide, je préfère t'arrêter tout de suite. Je ne suis au courant de rien concernant cet objet. » Son attitude cassante prouvait le contraire, mais bien qu'Aristide comprît l'avertissement, il décida de passer outre.
« Tu ne veux rien me dire ?
— Je ne PEUX rien te dire. Quand bien même j'aurais des informations à te transmettre, j'ai signé une clause de confidentialité et cela mettrait en péril mon emploi.
— Ton emploi ? L’interrogea Aristide sur un ton mi-sérieux, mi-amusé. Si je me souviens bien, tu ne travaillerais pas ici sans mon aide.
— Je ne vois pas de quoi tu veux parler !
— Alors, laisse-moi te rafraîchir la mémoire. Si tu ne m'avais pas copié dessus pendant le concours d'admission, tu ne serais jamais entré dans la scientifique. J'aurai pu plaider ma cause devant la commission qui m'a accusé de tricherie à ta place, mais je me suis tût par amitié. Trois ans de circulation, ça vaut bien une petite information, tu ne penses pas ? »
Humbert ravala sa salive et resta silencieux quelques instants, pesant le pour et le contre. « Tu as raison, mais ce que je vais te dire doit rester entre nous. Mon nom ne devra apparaître nulle part et en cas de procès, je refuserai de témoigner. »
Humbert rapprocha sa chaise de celle d'Aristide avant de continuer à voix basse. « Il s’agit d’un prototype militaire d’une technologie que nous avons développée il y a quelques années.
— De quoi s'agit-il ?
— Tout simplement d'une pile nucléaire miniaturisée. Nous venons juste de révéler son existence au public, mais le prototype en ta possession est légèrement différent. L'objet en lui-même n'est pas très important, c'est l'instrument qu'il alimente qui devrait t'intéresser. »
Les mots de Mme Huelva résonnèrent à l’oreille d’Aristide. Elle n’avait tourné la tête que l’espace d’une seconde et Concepcion avait disparu en un battement de cil.
« Une machine capable d'effacer la mémoire ? Ou bien d'arrêter le temps ? »
Humbert ne répondit pas, mais son regard en disait long. Aristide avait vu juste. Alors qu'il allait poser une autre question à son ami, celui-ci le coupa en se levant promptement.
« Je ne peux rien te dire de plus et je dois te prier de partir. J'ai du travail.
— Je comprends Humbert. Je ne te dérangerai pas plus longtemps. Merci pour ton aide. » Humbert s’éloigna rapidement sans un regard, après lui avoir serré la main. Le détective resta pensif quelques instants avant de se lever et de se diriger vers le parking.
11*
La voix douce de l’hôtesse d'Air France invita les passagers de première classe à se présenter à l’embarquement. Joe et Nessa quittèrent le salon VIP où ils patientaient depuis plus d’une heure.
Un murmure sourd s'éleva sur leur passage, rapidement suivi par le crépitement des flashs et des demandes d’autographes. Ils étaient habitués à cet exercice, qui bien que déplaisant, était inhérent à leur condition de superstars. Cependant, ils coupèrent court à la séance d’idolâtrie et se rendirent jusqu’au comptoir d’embarquement.
Ils furent accueillis avec tous les égards par l'hôtesse qui s’occupait d’eux, les guidant jusqu’à leurs places respectives, à l’abri des regards. Les autres passagers s’installèrent peu après dans l'habitacle, les regardant avec envie sans pour autant oser les déranger.
Nessa, qui n'aimait pas prendre l'avion, s’immergea dans la lecture d’un magazine offert par la compagnie. Joe, quant à lui, observait le ballet des bagagistes sur le tarmac. Ils étaient loin d'imaginer qu'ils étaient suivis par le petit homme corpulent qui venait de s'asseoir en classe économique.
12*
Quand Aristide posa la main sur la poignée de la porte de son bureau et qu'elle pivota sans difficulté, il fut pris d’une certaine inquiétude. Depuis qu'il s'était installé dans cet ancien cabinet de notaire, la porte d'entrée avait toujours posé problème, mais il ne s'était jamais résolu à la réparer. Il la poussa du plat de la main et découvrit sans surprise qu’il avait été cambriolé. Son secrétaire était éventré, des liasses de fiches et de papiers divers étalés sur le parquet. Aristide fit quelques pas dans la pièce, comme hébété, avant que son instinct d'analyse ne reprenne le dessus.
La ou les personnes qui s’étaient introduites chez lui recherchaient quelque chose de précis. Et au vu de l’état de la pièce, ils avaient mis du temps à le trouver ou ne l’avaient pas trouvé du tout. Examinant les papiers dispersés par terre, Aristide n’eut aucun mal à comprendre le motif du cambriolage.
Le dossier de Concepcion était posé sur une pile de feuilles. Il ne restait que la couverture, toutes ses notes ayant été retirées. Apparemment, quelqu’un s'était donné du mal pour faire disparaître toutes traces de ses recherches avant de repartir.
Relevant la tête, Aristide aperçut une lueur rouge clignotant sous un amas de papiers. Il en extirpa le répondeur, et appuya sur la touche lecture.
La voix inquiète d’Humbert résonna dans la pièce, invitant Aristide à le rencontrer au plus vite dans le parking souterrain de la gare Cornavin. Sans prendre la peine de refermer la porte de son cabinet, il descendit les escaliers et se dirigea jusqu'à sa Coccinelle.
13*
Le sommeil finit par gagner Nessa qui dormait profondément, dix minutes avant le décollage. Bercée par le ronronnement des turbines, elle se mit à rêver.
Elle se vit petite fille, jouant à la poupée devant la maison de ses parents. Un vent chaud caressait ses cheveux et elle levait les yeux pour regarder des papillons voleter autour d’elle. Le sourire de sa mère qui l'observait avec amour suffisait à la rendre heureuse.
Elle se retrouva soudain dans un gigantesque cube de matière noire, dont les parois semblaient pulser à intervalles réguliers. L’air qui l'entourait devint glacial et le jardin, les papillons et sa mère avaient disparu.
À présent, elle était couchée sur le dos, les bras en croix retenus par des sangles et le visage baigné de larmes.
L'étrange ballet de monstres s’affairant autour d’elle la terrifiait. Ils n'avaient pas de visages et parlaient dans une langue qu'elle ne comprenait pas. Elle sentit une douleur vive lui traverser la colonne vertébrale, puis son corps devenir de glace. Elle voulait hurler, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Sa vue se brouilla.
Nessa se réveilla en sursaut et respira bruyamment pendant quelques secondes. Joe releva son siège pour se mettre à sa hauteur, lui posant une main affectueuse sur le bras.
« Tout va bien, ma chérie, ce n'était qu'un de tes cauchemars, la rassura-t-il.
— Je ne peux plus fermer l’œil, Joe, continua-t-elle, la voix enrouée. À chaque fois, c’est la même chose. J’ai peur.
— Ne t’en fais pas, ça va passer, je suis là. »
Des larmes perlèrent des yeux de Nessa. Elles étaient couleur rubis.
14*
La Volkswagen s’engouffra dans le parking souterrain de la gare. Aristide ne savait pas pourquoi Humbert lui avait donné rendez-vous ici, mais il soupçonnait son ami d'être mêlé au cambriolage d'une façon ou d'une autre. Aristide ne croyait pas aux coïncidences et commençait à se douter qu'il avait mis les pieds dans une affaire bien plus sérieuse qu'elle n'en avait l'air. Il regretta de ne pas avoir mis le cylindre en lieu sur avant de se rendre ici.
Le parking était vide et mal éclairé. Aristide aurait préféré rencontrer Humbert dans un lieu fréquenté où ils auraient pu passer inaperçus. Il se sentait piégé et fut pris d’un mauvais pressentiment, mais il était trop tard pour faire machine arrière.
À peine pénétrait-il dans le deuxième sous-sol, qu'il fut ébloui par un appel de phare. Soudain, tout changea autour de lui.
Il n’était plus assis dans sa voiture, mais allongé, ligoté et bâillonné dans un quadrilatère noir, dont les parois s'illuminaient de façon récurrente. Il lui sembla percevoir un moteur qui démarrait et le cube se mit à tressauter. Aristide tenta de se lever pour examiner les alentours, mais quelque chose de dur le frappa à la nuque, et il s’étala au sol.
À son réveil, il était couché seul dans une cellule. Ses mains n’étaient plus liées, et il put se masser l’arrière du crâne qui le lançait. En se relevant, il chancela et dut se rattraper à la paroi froide et humide avant de retrouver un semblant d’équilibre.
Dans l'obscurité, il discerna une porte et s'en approcha. Sentant une bouffée de panique remonter dans son thorax, il se mit à la frapper en hurlant. Il perçut un martèlement de bottes de l’autre côté du mur et un judas s’ouvrit dans un grincement strident.
Aristide distingua une paire d'yeux qui le scrutait, puis le bruit d’une clé qui tournait dans la serrure. À peine la porte entrouverte qu’Aristide tenta de la forcer, mais il ne trouva aucune résistance sur son passage et s’écrasa contre un mur. Plusieurs hommes lui sautèrent dessus et Aristide sentit qu’on lui enfilait une cagoule sur la tête avant de le relever. Il ne résista pas et se laissa entraîner à l'aveugle.
15*
L’avion entama sa descente sur Paris tandis que le soleil disparaissait à l'horizon. Bien que le ciel se parât de couleurs crémeuses, cela ne provoquait aucune émotion chez Joe. Depuis trop longtemps, il se sentait vide et incapable d'apprécier quoi que ce soit. Seule une certaine affection teintée de complicité le liait encore à Nessa. Hormis ce résidu de sentiment amoureux, il ne ressentait plus que de l'agacement quand le manque devenait trop fort.
Joe connaissait l'existence d'un traitement palliatif qui pouvait les libérer de leur souffrance. Depuis son initiation par Tom, il avait découvert que la clinique du Dr Holz n'était qu'une façade destinée à masquer leur monstruosité au reste du monde. Il leur suffisait de donner libre cours à leurs instincts et leur désir serait satisfait, mais cela risquait de détruire Nessa.
Joe la regarda, se demandant si elle valait vraiment la peine de se retenir. Le poids de sa tête posée sur son épaule, ses cheveux bouclés et vaporeux, son regard triste et perdu. L'aimait-il encore ? Le chef de bord invita les passagers à relever leurs sièges et à attacher leurs ceintures. Après une longue descente, l’avion atterrit sans à-coups sur le tarmac de Roissy. Les passagers descendirent en file indienne et se dirigèrent jusqu'au bus qui les attendait. Joe et Nessa s’assirent l’un à côté de l’autre, tandis qu’un homme d’une certaine corpulence vint se placer face à eux. Il les fixait avec intensité ce qui poussa Nessa, mal à l'aise, à baisser les yeux. Joe, habitué à être regardé ne s’en offusqua pas et rabattit ses lunettes de soleil sur son nez.
Le bus arriva au terminal et tous les passagers descendirent. Après un contrôle rapide des passeports, le couple se dirigea vers l’extérieur où leur chauffeur et sa Mercedes noire les attendaient. Tandis qu’il montait dans la voiture, Joe crut voir le gros homme héler un taxi.
« Encore un paparazzi » pensa-t-il avant d'ordonner au chauffeur de les ramener chez eux.
16*
Deux mains puissantes forcèrent Aristide à s’asseoir. Sa respiration s’accéléra et il s’étouffa, pris de panique. Il pouvait sentir une présence face à lui, mais la cagoule opaque l’empêchait de voir. On la lui retira et il se retrouva face à une lampe intense pointée sur son visage. Aristide poussa un petit cri et se protégea les yeux des deux mains.
« Aristide Chatagny… Pourquoi te mêles-tu toujours de ce qui ne te regarde pas ?» Aristide avait reconnu cette voix. Quand ses yeux s'habituèrent à la lumière, il discerna la silhouette d'Humbert, assis face à lui.
« Heureusement pour moi, tu es toujours aussi prévisible et négligent !»
Humbert sortit le cylindre noir et le fit jouer entre ses doigts.
« Tu ne te rends sûrement pas compte de l'importance de cet objet. Tant de puissance concentrée dans un si petit conteneur. Il y a plus d’énergie là-dedans que dans la bombe qui a pulvérisé Hiroshima. »
Aristide, qui était resté muet, jusque-là se décida enfin à prononcer quelques mots.
« Humbert, pourquoi m'as-tu enlevé ? Qu'est-ce que tu veux ?
— De toi, je n'attends presque plus rien. Concernant ton enlèvement, je n'ai fait qu'obéir aux ordres en t'attirant dans un piège.
— Mais pourquoi ?
— Pour l'argent bien sûr, répondit Humbert sans tergiverser. Le CERN paye bien, c'est sur, mais pas assez à mon goût. Je travaille pour des gens bien plus riches et puissants pour qui tu es rapidement devenu une menace à éliminer»
Aristide encaissa le choc. Il n'avait jamais été une menace pour personne et voilà qu'il se retrouvait au cœur d'un engrenage qui le dépassait.
« Et la petite, qu'est-ce que tu en as fait ?
— Ce n'est plus l'heure des questions, Chatagny.» lui répondit sèchement Humbert. D'un geste de la main, il interpella deux brutes en uniforme qui agrippèrent Aristide. Un troisième homme en blouse blanche s’approcha de lui. Il posa un casque sur sa tête, avant de lui enfoncer une seringue dans le bras.
« Dans quelques instants, nous saurons si tu peux encore nous être utile.»
Le casque produisit une lumière aveuglante qui aveugla Aristide, lui provoquant d'intenses douleurs au niveau du lobe frontal. Tous ses souvenirs défilèrent devant ses yeux jusqu’au jour de sa naissance, puis la lumière s’éteignit et Aristide perdit connaissance. L'homme en blouse blanche se tourna vers Humbert.
« Il est positif, pas de drogues, ni de tabac et relativement peu d'alcool, dit-il d'une voix monocorde.
— Très bien Franck, préparez-le !» Répondit Humbert.
Les deux soldats emportèrent Aristide allongé sur une civière. Humbert alluma une cigarette et en souffla la fumée avec plaisir.
17*
La nuit avait étendu son manteau sur Paris quand Nessa ressentit une grande fatigue l'accabler. Elle voulait rentrer chez elle et se laver. La journée avait été longue et difficile, et hormis la relaxation que lui avait procuré la séance dans le cabinet du docteur Holz, elle se sentait abattue.
Les événements s’étaient enchaîné si vite, qu’ils l’avaient rendue migraineuse. Et depuis qu’ils avaient atterri, elle avait l’impression d’être suivie, observée, presque souillée par une entité qui lui voulait du mal. L’homme du bus lui revint à l’esprit. Elle était sûr de l’avoir déjà vu quelque part, mais elle ne savait plus où ni quand.
Ce visage l’avait terrorisé. Il était si banal et pourtant si dérangeant qu'à son simple souvenir, elle eût un haut-le-coeur. Elle pressa la main de Joe dans la sienne pour qu'il la réconforte, ce qu'il fit en la serrant contre lui. Elle le sentit plus tendu qu’à son habitude, faisant jouer ses mâchoires sous sa barbe.
Elle se demanda ce qui le mettait dans cet état, mais alors qu'elle allait lui poser la question, le chauffeur se tourna pour leur annoncer qu’ils étaient arrivés. Les grilles automatiques s’ouvrirent et la voiture s’engouffra dans le jardin intérieur de leur hôtel particulier. Nessa poussa un soupir de soulagement.
18*
Quand Aristide se réveilla, il se sentit glacé de l'intérieur. Avec difficulté, il ouvrit un œil et ne réussit qu’à entrevoir des formes floues autour de lui. En voulant se relever, il s'aperçut que son corps ne lui obéissait plus. Des tubes dans lesquels s’écoulait un liquide vermeil étaient plantées dans chacun de ses bras.
Il était seul dans la pièce stérile. Reprenant courage et grâce à une formidable pulsion de survie, il arracha les cathéters d'un coup sec et se mit sur son séant. Il posa un pied par terre, mais chancela et s’effondra. En s’appuyant sur un mur et réprimant un malaise, il réussit à se relever et à maintenir un semblant d’équilibre.
Les tubes qu'il s’était extraits des bras répandaient son sang sur le carrelage. Ils étaient reliés à plusieurs poches accrochées à un cintre de métal sur lesquelles était écrit un nom : Dr Holz. C’est tout ce que le cerveau d’Aristide put imprimer.
Il se dirigea avec difficulté jusqu'à la porte qu'il entrouvrit pour jeter un coup d'oeil aux environs. Le couloir blanc était désert et Aristide s'y engagea sans vraiment savoir où il allait. Il entra dans la première pièce qui lui faisait face, espérant trouver la sortie et se retrouva dans une sorte de hangar où étaient entreposés des corps d'enfants. Leurs peaux étaient si pâles qu’elles paraissaient translucides.
Devant cette vision d'horreur, Aristide faillit s’évanouir. Un frisson lui parcourut le dos. Il savait qu'il était sur le point de trouver le but de ses recherches. En effet, il reconnut au premier coup d'oeil la silhouette de Concepcion. Des larmes se mirent à couler sur ses joues et il resta de longues minutes à pleurer sur le corps sans vie de la petite.
Le destin de l'enfant était injuste, et Aristide sentit monter en lui une sensation nouvelle. Ceux qui avaient fait ça devaient payer pour leurs actes, il s'en assurerait personnellement. Un bruit de pas provenant du couloir lui parvint. Feignant la mort, il se coucha sur une des tables de la morgue et ferma les yeux. Deux hommes entrèrent en discutant et s'arrêtèrent à quelques centimètres de lui.
« Mais qu'est-ce qu’il fait là, lui ? Demanda le premier
— Frank a dû en finir et nous l'amener ! Répondit son acolyte.
— Mais il est stupide ou bien ? Humbert a été clair, sa mort doit paraître accidentelle. » Les deux hommes s’emparèrent de lui pour le faire glisser sur un brancard et Aristide retint son souffle.
« De toute façon avec une voiture aussi pourrie, ça n'étonnera personne qu'il ait raté un virage. Encore un qu’on identifiera grâce à son dossier dentaire. »
L’homme se mit à rire tandis qu'il poussait le brancard dans le couloir. Respirant avec parcimonie, Aristide décida d’attendre de voir où on l’emmenait. Un plan venait de germer dans son esprit.
19*
À peine la porte s’était-elle ouverte, que les enfants leur sautèrent au cou. Après une longue embrassade, Joe fit mine de les gronder, car ils étaient encore debout si tard. Nessa quant à elle serrait sa fille dans ses bras de toutes ses forces. Après leur avoir offert à chacun une boîte de Toblerone acheté au Duty Free, Joe les poussa à aller se coucher.
Il leur lu une histoire, les embrassa et éteignit la lumière, avant de se diriger vers le salon où il retrouva Nessa, allongée sur le canapé, fixant d’un œil endormi la télévision allumée.
« Tout va bien ma chérie ? Demanda-t-il légèrement inquiet.
— Non, Joe. Je n’en peux plus. À chaque fois, c’est plus dur.
— Tu sais bien que c'est le seul moyen de rester jeunes et beaux.
— Mais c’est malsain. Dès que je rentre et que je retrouve les petits, je me sens sale, impure…
— Tu veux arrêter maintenant ? Tu sais ce que ça signifie ?
— Non je n’ai pas dit ça. Je voudrais juste trouver un moyen plus simple de satisfaire cette faim !
— Il y en a bien un, mais… »
Joe fut coupé par le fracas de la fenêtre qui volait en éclat. Quand il tourna la tête, il vit une silhouette debout dans l’encadrement de la porte vitrée et se précipita vers l'intrus.
« Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous nous voulez ? Demanda Joe avec défiance. — Je vous retourne la question.» Lui répondit Aristide Chatagny.
20*
Pendant plusieurs jours, Aristide avait dû se cacher et vivre dans la clandestinité tout en poursuivant son enquête. Il avait sauté au dernier moment de sa voiture et l'avait regardé s'écraser au fond du ravin. Dès lors, il avait dû continuer ses recherches au prix de sa dignité.
À peine arrivé à Genève après avoir parcouru la campagne suisse, il s'était réfugié au sein des marginaux, dans le quartier de l'Usine. Il ne mit pas longtemps à trouver l’adresse du docteur Holz, l'un des médecins les plus connus de Suisse, surnommé le « Rajeunisseur des stars ». Il prit soin de faire parvenir par la poste les conclusions de son enquête à la famille Huelva avant de se rendre au cabinet du docteur.
La lettre leur expliquait sa situation actuelle et leur demandait de transmettre son dossier à la police au cas où ils n’auraient pas de nouvelles de lui dans la semaine. Puis il avait vidé son coffre à la banque, s'était acheté une vieille Renault 4 et avait pris rendez-vous sous une fausse identité dans le cabinet de Gstaad.
Sans un mot, le docteur l’avait fait entrer, puis lui avait introduit deux seringues dans les bras et Aristide avait senti un liquide chaud et plein de vie se répandre suavement dans son corps. La transfusion avait duré plus d’une heure, après quoi il avait payé et s’était enfui, passablement ébranlé. S’il n’avait pas croisé deux stars internationales dans la salle d’attente, l’histoire se serait peut-être arrêtée là pour lui, mais intrigué par leur présence, il avait ressenti le besoin d’en savoir plus. Il les avait donc suivis jusqu'à Paris et s’était introduit chez eux par effraction pour trouver des réponses.
Aristide devait les interroger sur cette étrange force qu’il ressentait depuis qu’il était passé entre les mains du docteur. Il était impavide et si puissant qu'il avait pu grimper jusqu'au balcon sans effort malgré sa corpulence. Mais cette nouvelle énergie avait un prix, une faim intarissable. Il espérait que Joe et Nessa sauraient mettre des mots sur ce qui lui arrivait.
21*
Joe et Aristide s’examinèrent sans un mot.
« Je répète, qui êtes-vous ? Demanda Joe sans lâcher Aristide du regard.
— Je m’appelle Aristide. Aristide Chatagny. Je suis un privé. J'ai passé la journée à vous suivre pour...»
Joe le coupa avec animosité.
« C’était vous ? Qu'est ce que vous nous voulez et qui vous envoie ?
— Personne. Je suis là de ma propre initiative. Je suis désolé pour votre fenêtre, je voulais simplement toquer, mais elle a explosé dès que je l'ai touchée, expliqua Aristide avec une moue dépitée. Je vous promets que je vous rembourserais les dégâts. Je ne suis pas venu pour vous agresser, juste pour parler.»
Aristide semblait réellement désemparé et l’agressivité de Joe retomba. Aristide sortit de l'obscurité et s'avança avec précaution. Nessa ne put réprimer un cri quand elle le reconnut.
« Veuillez me pardonner si je vous ai fait peur aujourd'hui, je cherchais un moyen de vous aborder, mais je pensais que vous ne m’auriez pas pris au sérieux, s'excusa-t-il auprès d'elle. — Bon, si vous avez quelque chose à nous dire faites-le vite avant que j'appelle la sécurité, le coupa Joe.
Aristide se mit à leur narrer toute son histoire depuis le début. La disparition de la petite Concepcion, le mystérieux cylindre noir, son propre enlèvement par Humbert et puis la découverte des corps sans vie des enfants, passage qui attrista énormément Nessa. Ensuite, il raconta sa fuite et enfin sa visite chez le docteur Holz.
« Vous croyez que tout est lié ? demanda Joe.
— Oui, et je pense que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. J’aurais voulu savoir ce que vous veniez chercher chez le docteur Holz.
— Vous ne vous êtes jamais demandé comment les stars, les hommes politiques et tous les personnages publics faisaient pour rester jeunes et beaux sans recours à la chirurgie?
— Non, je dois admettre que ça ne m'a jamais traversé l'esprit, répondit Aristide.
— C’est à Los Angeles que j’en ai entendu parler pour la première fois. Une clinique très privée en Suisse qui proposait des services particuliers
— C'est à dire ?
— Et bien, vous avez pu en faire vous-même l'expérience. Le docteur Holz vous a vidé de votre mauvais sang tout en vous en injectant un plus sain, parfaitement oxygéné. Il vous a nettoyé de l’intérieur comme il le fait avec nous depuis plusieurs années.
Aristide resta pensif quelques instants. Nessa éclata en sanglots
— Je viens de comprendre Joe… Ce qu’il nous injecte, il le prend à des enfants. Il tue des créatures innocentes pour que nous puissions continuer à faire semblant. Nous sommes des monstres !»
Joe ne répondit pas. Cela faisait longtemps qu’il était au courant, mais cela ne le dérangeait pas. Seul le sang des enfants avait le degré de pureté nécessaire pour être utilisable. Et puis pour la plupart, il s’agissait d’immigrés clandestins que personne n’aurait osé réclamer. Joe se rapprocha de la cheminée et saisit un tisonnier qu’il cacha dans son dos
« Monsieur Chatagny, vous nous avez bien dit qu'on vous avaient fait une batterie de tests avant de vous vider de votre sang ?
— C’est exact, mais...»
Aristide Chatagny n’eut pas le temps de finir sa phrase. Joe venait de lui fracturer le crâne avec le tisonnier. Il ne vit pas les gerbes écarlates s’échapper de son cuir chevelu et ne sentit pas la mort l'accueillir. Joe s’était précipité sur lui et avait planté ses dents dans son cou, avalant le liquide chaud et bouillonnant. Il leva la tête et fixa Nessa, tenant fermement le corps secoué de spasmes d'Aristide, avant de prononcer deux mots avec gourmandise.
« Du sang.»
Nessa resta quelques instants interdite, puis comme mue par un besoin irrépressible elle se leva et vint participer au festin avec son amant.
Sang Neuf © Cédric "Zed" Mayen 2013