
seen from United States

seen from Singapore

seen from United States

seen from China
seen from Australia
seen from Netherlands

seen from Algeria

seen from Malaysia

seen from Singapore
seen from China
seen from China

seen from United States
seen from Netherlands
seen from Singapore
seen from China

seen from Argentina
seen from Netherlands
seen from Mongolia

seen from Türkiye

seen from Netherlands
Un autre design de tatouages mais un peu plus vieux Tags: #dessin #drawing #traditionalart #tatouages #tattoo #encre #ink #line #mermaid #blackandwhite #jesaispas https://www.instagram.com/p/B81lPGeqDJa/?igshid=xqwql0ejdb80
Niaiserie #1
Il fait des supers câlins 😳
#13 “Trop”
J’ai réuni quelques-uns de mes écrits, condensés, puis j’ai rajouté quelques passages, aussi, pour une petite lettre à l’amour.
“Chaque matin, le jour revit. Si le monde n'est fait que de matins, si tout le bonheur du monde est dans les matinées, c'est qu'il y a dans le commencement une promesse d'on ne sait quoi et peut-être de presque tout.” - Jean d'Ormesson, Presque rien sur presque tout.
Au commencement de cet amour, ce véritable, celui que l'on retient du bout de ses doigts entre lesquels ils filent pour d'autres horizons toujours nouveaux, au gré du vent, au gré des autres. Et les autres...
Je sais ma petite vie perdue, et dispersée. Je vie par acoups. Oui, je vie comme on tapote sa cuillère sur une tasse de café, avec nonchalance, précaution, indifférence, violence parfois. Je suis de ces statues de chair, mélancoliques enfin, de cette tristesse en filigrane qu'il nous ait impossible d'expliquer aux autres. Jamais ne me conforterai-je de cette idée selon laquelle "on s'efface en amour". L'amour dénude la vraie nature des hommes bien qu'ils aient aise à s'y dessiner sous des traits plus élogieux. L'amour décortique le moindre de nos travers, il en est lui-même le plus ténu. Oui, l'amour est la peau des hommes, cette peau que certains s'efforcent d'arracher d'une violence que l'on ne dit plus ; et le sang comme une cicatrice suave et si douce coule à travers le temps, le temps d'un amour.
Alors à l'Amour, puisqu'il le faut
L'Amour, surtout. Nous voici tous à croire à tort que nos amours sont de ces petites choses dites, faites au quotidien, de ces codes et de ces conventions proprement modernistes dans lesquels l'on se toisent et l'on s'embourbe, de cette affreuse dépendance qui grince dans la bouche comme un rouge ecstasy, comme le sang au fond des joues, lorsqu'on se mord pour la première fois. Pour moi, pour ma vie, mes amours se retrouvent-ils dans tout ce que je ne dis pas, et ils se pavanent ainsi, au fond de mon crâne comme deux amoureux au creux d'un lit. Pour moi, tristement, injustement, l'amour est un cri, une gorge qui saigne d'avoir trop hurler toutes ces choses tues, des poumons amples et une poitrine qui bat en s'arrachant. On ne dira jamais à quelqu'un: "Je t'aime oui je t'aime ça veut dire que tu m'assassines, ça, sais-tu, de cette petite mort néfaste, de tes mains qui m'étranglent et m'étreignent en simultanée" et de renchérir "ô moi je ne veux plus que tu me regardes comme on regarde les gens passer dans le métro, je suis égoïste, je suis infâme et illégitime, parce que oui, oui vois-tu je veux j'exige être la douceur de cette femme aux longues jambes fines et charnues, cette douceur et la violence, enfin, oui cette violence qui coule dans ses talons qui claquent le matin dans ce métro-ci, oui je veux être là, en permanence, je veux être présente dans cette douceur où l'on exulte, vois-tu, et parfois te rappeler que j'existe en tapant du pied, je veux être et exister comme tu existes pour moi", personne ne dit ça, jamais, nul part, à personne.
Encore tant d'autres choses, élégiaques, étendues, dispersées, gisent au creux de mes paumes que j'adjoins au creux d'un cou, incessamment, et je joue de la harpe, aussi, enfin, sur ses cheveux. Par contre, par contre, aujourd'hui on dit "je t'aime", oui, et ça ne veut plus rien dire, pour personne, pour nul part, et ça tout le monde le sait. On dit je t'aime comme on claque des doigts devant le visage de quelqu'un pour le réveiller, pour l'embêter, on dit je t'aime pour s'en rappeler, comme on collerait un post-it sur le frigo avant de partir au boulot, et tout ça entre deux promesses conventionnelles et illusoires, parfois. On dit je t'aime à qui on trompe à qui on mord à qui on tue à qui on ment, à qui on étouffe du creux de ses mains, de ses mains qui pourtant jadis effleuraient ces joues-ci, et ça part en "Je t'aime oui j'aime ça, cette emprise que j'ai sur ton pardon si faible et tes petites mains qui ne décrochent plus mon cou, comme on s'agripperait à quelqu'un pour ne pas tomber dans le vide, tu vois ? non tu vois pas, et les miennes, les miennes qui pourraient arracher toute ta peau puisqu'elle ne te sert à rien quand je ne suis plus là". C'est tout ça, tout ce que les gens qui s'aiment ne se disent jamais.
N'eût-il pourtant pas suffit pour moi de quelques regards plus que de quelques mots ? oui il me souvient ces premières fois où nos quatre yeux esseulés s'acharnèrent les uns sur les autres, de cette petite violence primitive et titubante que l'on recherche partout, tout le temps, dans tout le monde ; de ces moments ai-je immédiatement su ce qu'il est et toujours sera pour moi : la poésie parmi le chaos, le silence parmi le bruit. N'ai-je pas déjà mille fois rendu éternels par les mots ces amours qui n'étaient rien ? Celui que j'offre, à ces jours, n'attend rien en retour. Là sûrement est sa pureté, que sais-je, son éternité peut-être. Fort bien ne croit-il recevoir que très peu, par acoups lui aussi. Et qu'importe, qui aime-t-on ? Memento mori et que les jours te tirent et t'assaillent, que les jours te frappent et qu'il est mieux que la vie tue un peu moins cet être que tu aimes. Aimer. Aimer c'est donner, donner encore, brûler de douleur quand la tristesse de quelqu'un d'autre nous envahit de toute part, ce corps jadis égoïste et inéluctable, le voici pour la première fois, en sa prime jeunesse, épris des affres de la jalousie excessive et de la plus belle des offres : l'incommensurable promesse de toujours t'arracher aux aléas d'une vie trop imprévisible. La jalousie, oui, surtout... Mais nous sommes invincibles, et les plus craintifs de ce monde, qui aiment bien trop la vie, se discernent simplement par une conscience malsaine plus vaste que la moyenne, le désastre chaotique les atteint un peu plus que la normale. A toutes ces minutes teintées de rien, de peur que les choses que j'aime prennent fin.
Ici, maintenant, nous existons, et je veux me plaire à simplement donner sans rien attendre en retour. Te faire comprendre enfin que je te vois partout, que je vois aussi des abrutissements, des abrutissements que toi, toi tu n'as pas. Je voudrais que le monde entier puisse s'aimer comme je t'aime, en continu. Moi qui néglige volontairement les biens matériels d'une manière purement provocatrice je me surprend à prendre soin de chaque mots que je te transmets, et peu importe pourquoi. Ici, maintenant, nous existons "Que tu es ici : que la vie existe et l'identité / Que le puissant spectacle se poursuit et que tu peux y apporter tes vers", pourtant quand j'écoute une musique qui me plaît, je n'en profite plus, car au lieu de l'apprécier pleinement je ne pense qu'à souhaiter que tu sois là avec moi pour que nous puissions vivre ce moment, pour que nous soyons juste un instant lié par n'importe quel lien, même le plus abstrait, même le plus indicible.
Il n'y a que pour toi que moi et ma vieille amie la maladresse pourrions t'aimer ainsi, comme la vie, de cette manière informelle, sauvage et douce parfois, démente toujours. Ne plus se réduire à cet amour restrictif par pudeur, c'est surtout ça dont il est question, réussir enfin à parler, dire c'est faire, s'avouer à soi-même qu'on puisse effectivement aimer quelqu'un plus que soi-même. J'ai toujours trouvé absurde nos manières à tous de nous dire que l'on s'aime. Mais peut-être que personne ne sait s'y prendre, finalement. Le problème, c'est que je ne vois pas d'autres mots pour te dire l'amour, alors je le fais. Ce sont peut-être les gestes qui comptent le plus pour ce que nous avons, on n'embrasse ni ne fait l'amour avec des mots... Je voudrais pourtant que le monde entier ressente ça, en soit comme moi anesthésiée.
Dompter cette vie enfin, celle qui, mon amour, sais-tu comme moi, peut-être nous séparera un jour. Alors, j'écris, pourtant. Je ne te vois pas, j'écris. Nous ne sommes plus, j'écris. Et jamais ne t'en aimerai-je moins, quand nous serons poussières et souvenirs. Pour que cela n'advienne jamais, j'écris d'autant plus, c'est homéopathique, soignant mon amour si léger qui prend peu à peu le poids d'un supplice. Aussi, de ce que nous tirons tous comme satisfaction du corps-à-corps, de cette petite chaire qui nous ronge, nous abîme, nous réifie si dignement, qui ne laisse de traces que dans nos peaux moites et essoufflées, j'arrache aux mots toute la chair en puissance.
Comment peut-on prétendre pouvoir écrire la joie que procure le fait d'être amoureux d'une âme et d'un corps qui nous comprennent et cela même sans, justement, que nous n'ayons à mettre des mots sur l'indicible ? J'ai voulu, pour que si les aléas d'une vie bien trop surprenante nous séparent plus que nous ne le sommes déjà, qu'il reste – si ce n'est à jamais – au moins le temps d'une petite ère humaine, une encore toute petite trace de cette grande et impétueuse chose que tu me fais ressentir du soir au matin, et que j'espère, nous partageons. La violence, elle, pourtant, est si sourde, et la mélancolie comme une épée de Damoclès au dessus du thorax.
***
Pourtant, il faut écrire, il faut se soigner, dit-on. Alors j'écris de la fiction comme déguste un fruit. Celle-ci commence sur un banc, avec un vieillard, avec le vieillard je me mis à parler de tout et de rien, ce n'était pas son truc, ni le mien. «Pensez-vous que l'on puisse retrouver une femme qu'on a aimée, d'un amour différent, unique, d'un amour qu'on croyait avoir oublié ?» lui ai-je demandé.
«Oh ! Est-ce qu'on quitte une femme qu'on aime ? Je vous retourne la question. Le sacrifice, la punition, le renoncement, pardonnez-moi, c'est bon pour la littérature, «quand on aime il faut partir», «je t'aime donc je te quitte», «ni avec toi ni sans toi», laissez-moi rire… Quand on aime on s'accroche, on s'incruste, on s'agrippe, on se cramponne, on rampe, parce qu'alors il n'y a pas de limites, pas de choix.»
«Et s'il s'agissait d'un amour sans repos, un amour… insupportable ?»
«Par définition l'amour est insupportable, mademoiselle. L'amour est une plaie. Au sens propre. D'abord blanche, nette, elle ne tarde pas à saigner, parfois elle s'infecte, parfois elle se dessèche, elle démange, au-dessus d'elle se forme une croûte sombre qu'on s'efforce de ne pas arracher. L'amour finit toujours par se transformer en cicatrice, plus ou moins vaste, plus ou moins silencieuse. La question n'est pas de savoir si l'amour est supportable ou non. La question est de savoir si l'on se protège ou si l'on s'expose. Si l'on vit à l'abri ou à découvert. Si l'on est prêt à porter sur soi la trace de nos histoires, à même la peau.»
Nous nous mirent à parler pendant une bonne heure durant, je m'emportai en ces termes :
«La poésie remet du silence dans la langue ; le poème naît d’un rythme - qui est l’essence même de toute poésie - imprévu dans la langue. Qu’est-ce qu’un vers, sur une feuille ? Des mots, puis du blanc ; des mots qui reprennent à la ligne en-dessous, puis du blanc : ce blanc, c’est le silence. C’est l’arrêt incongru. Ce qui se dit en plus de ce qu’il se dit ». Un cacheton. « Et il n’y a pas un écrivain, pas un poète, pas un philosophe, pas un penseur que vous acceptiez, et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, imaginé, illuminé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation, l’héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez ! Si le cerveau de l’humanité était là devant vos yeux, à votre discrétion, ouvert comme la page d’un livre, vous y feriez des ratures, convenez-en !» Deux cachetons. «Dire un poème, c’est récuser l’extinction du souffle dans la langue et du souffle en soi-même» Trois refus.
Je continuai toute seule «Les poètes sont les vrais réalistes. On en fait toujours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : «Ah, heureusement qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc.» Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont entichés du réel, ils n’ont d’occupation que de répéter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rappellent toujours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprouvé, supposerait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul - c’est-à-dire un développement pour en saisir la résonance réelle en nous, comprendre comment en saisir les tenants et aboutissants, car entendre l’effet en nous du réel demanderait une quête et une exploration illimitées ! Le réel est illimité, voilà ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est monosémique, alors que tout dans la société veut nous faire croire que ça l’est ». Il me regardait fixement comme on regarde une bête, j'ajoutai comme pour provoquer une réponse vive « Cette médiocrité qui voudrait que les choses de l’art soient un petit arrangement commode… je ne peux pas admettre ça ! Si on s’engage dans l’art, quel qu’il soit, c’est incandescent, c’est brûlant ! C’est en disant que c’est une nécessité absolue pour la société, que ce n’est pas une parure, une sorte de pot de fleurs sur la cheminée alors que la maison brûle !»
J'ai attendu une minute. J'ai embrassé le silence, les souvenirs, je suis allée m'acheter un vieux cigare, je me rappelle aussi m'être demandé pourquoi la critique littéraire n'avait pas retenu ce passage dans Madame Bovary où Emma sort de sa voiture, en costard, une clope à la main, comme si pour une fois, l'amour et la précaution l'abandonnait, qu'elle s'abandonnait elle-même à elle-même. Enfin, je suis revenue sur ce banc moisie d'incompréhension tout en pensant à ce monde, ces rues. Je vis dans un monde qui est plus antipoétique que jamais, au rebours de tout ce que je crois, de tout ce qui me constitue, pas seulement pour moi, mais dans ma conception du monde – Baudelaire écrivait “Faites vos destins, âmes désordonnées / Et fuyez l'infini que vous portez en vous.” pourtant je crois encore qu’il y a un progrès possible, que l’humanité a déjà beaucoup avancé, qu’il y a des reculs, des défaites à longueur de journée, à longueur d’instant, même, car à chaque instant il y a des défaites humaines autour de nous, dans le monde et près de nous, mais, quand même, les choses avancent et peuvent encore avancer. On ne peut pas vivre sans la prémonition d’un monde plus heureux, d’un monde plus juste, plus équitable - où chacun aurait sa part d’être, parce que beaucoup n’existent pas, ne sont pas, souffrent terriblement d’un manque d’être - même nous.
Je considère depuis toujours que la poésie est un diapason de l’existence, intransigeant, sans compromis, c’est-à-dire que c’est à travers la poésie, l’intensité, l’intensité du poème - même si la poésie, on en parlera, peut se trouver au cœur de tous les arts -, qu’on renoue avec ce diapason qui nous enjoint, si on est honnête, si on est sincère, à être pleinement, être sans compromis, être dans une étreinte curieuse avec l’existence. On l’oublie sans cesse : le premier privilège d’être vivant, c’est la fragilité extrême de l’existence - quand on pense à tout ce à quoi on s’occupe, qui est véniel, qui est secondaire, qui est ridiculement du leurre. Quand on comprend qu’on a ce trésor d’existence et quand on est, comme nous, en Europe, plutôt préservés, et qu’on n’arrête pas de se plaindre, de pleurer, de râler, ça m’est insupportable. La poésie nous dit une chose : la vie est un trésor qui n’attend que nous.
Je veux juste dire que l'année à venir n'existe pas, nous ne possédons rien ni personne. Nul lieu ne nous attend. Nul temps ne nous espère, nous sommes issus d’une fièvre ou d’une folie, nous sommes une trace qui s’épuise dans l’infini des cieux, une ivresse à la dérive, une note qui s’obstine, un rêve qui s’effiloche, un simple souvenir dans la mémoire des dieux et de la fortune. J’écris pour effacer l’empreinte des cendres sur les rebords du rêve. J’entends le ruissellement des heures dans les crevasses du temps. Et j’ai peur. Seulement peur. Du silence, et de l’ombre de la neige dans l’échancrure d’une évidence. Nul lieu ne nous attend. Nul temps ne nous espère. Dans les plis du papier la mort déploie une parole rouillée, la vieille parole, tu sais : celle des miroirs sans reflets, celle de la langue agenouillée. Désormais l’argile des mots s’effrite. Il ne reste que l’écorce d’un baiser sur la prunelle d’un sein, faire l'amour, fumer de shit, et les pas de danse. Et la lenteur de la mer quelquefois. Toujours la lenteur de la mer si l’usure et l’étouffement de l’innocence, comme si la volupté des sanglots, devenait les seules semailles. Il me faudra attendre demain, et encore demain, puisqu’il n’y a plus d’enfance, attendre que s’éteignent une à une les lumières des lucioles sur la corolle de la nuit qui vient.
Alors il ne fut plus question de le ménager. Je m'assis violemment sur le banc comme on s'assoit sur ses vieux démons, oui c'est que tout le monde en a. «Dîtes-moi, qu'attendez-vous de la poésie, monsieur ?» lui ai-je demandé de cette voix étouffée et ridicule que l'on veut effacer. Aussi étais-je étonnée de voir qu'il prit son temps comme on prend une vague, et me répondit de ce ton qu'on prend dans la gueule : «La même chose qu'on attend d'un amour : l'épanouissement à l'infini, l'ouverture, la diversité dans l'égalité et la liberté. Il ne faut pas mesurer la poésie pratiquement. Elle offre une nouvelle image et de nouveaux rapports entre les mots et les choses, les choses et l'être humain.», il achevait de déchirer une feuille d'érable et termina ainsi : «elle œuvre toujours à créer et recréer le monde.»
Je ne fus pas satisfaite et me confortai dans un silence muet et illégitime. «Mais les mots, les mots, ils sont des symboles qui postulent une mémoire partagée. Je ne sais pas mon âge, je sais seulement que je n'aime qu'aujourd'hui, que jamais plus je n'aimerai et que l'amour, c'est surtout la compréhension de l'indicible.»
Alors quoi ? Etais-je devenue une utopiste une passionnée ? Etait-ce là, ici et maintenant, le rituel de ma fin et de ma défaillance ? Mais ici… maintenant… Tout est utile à l'homme, et surtout ses souvenirs, lorsqu'il est livré au péril des forces inconnues et de ses propres désordres. Les mythes constituent la mémoire collective de l'humanité. Parmi les questions que l'avenir nous pose, il en est certainement auxquelles le passé a déjà répondu. Le poète, quant à lui, chante un chant auquel se joignent tous les êtres humains, et se réjouit de la présence de la vérité qu'il considère comme notre amie visible et notre compagne de chaque heure. La poésie est le souffle et l'essence la plus pure de tout savoir ; c'est l'expression passionnée qui anime le visage de toute science. Ce que Shakespeare a dit de l'homme, on peut à plus forte raison l'appliquer au poète : «il tourne son regard en avant et en arrière», et c'est exactement ce que fait l'amour.
Je crois que je n'en comprends plus grand chose, sinon l'impuissance, sous le mode de l'éclatement. Je vogue à moi-même sur les vagues de la créativité, enivrée par le jaillissement du fleuve de la vie, cet esprit de fauve aux accents rebelles. Mon être crépusculaire bondit sur les berges des silences bavards de mon jardin, à l'écoute des flots et des remous qui habitent le poète de la vie et les grands océans. J'avance à pas affamé, en mouvance éphémère et habit de joie, rencontrer l'impermanence en mouvement incessant, sur ce lit stratifié de l'univers en transe poétique.
Je me suis sentie trahie par le vieillard, et abandonnée comme à chaque fois, comme avec le monde, et j'ai pris ma voix tremblante de petite femme «Une femme ? Tout tourne autour d'une femme ?!». Le vieillard avala sa salive et sorti de sa petit poche moite une petite lettre sale tout en bégayant que «les enfants c'est comme les années, on ne les revoit jamais». Mais qu'en sais-je ? Et où voulait-il en venir ? Alors je ne parlais pas, et je l'écoutais.
Il me semblait avoir tant vécu, et c'était le cas. Je l'imaginais chanter d'une voix plus que théâtrale : «Oh jamais je n'aurais cru traverser tous les âges avec le cœur si lourd et comme écartelé par le temps renversé et l'amour appelé comme un pressentiment par delà les visages ; jamais je n'aurais pu renoncer à l'usage de ma voix révoltée pour les mots modelés par l'entourage aimé et la vie morcelée or la voie est unique et la pause un présage ; l'inspiration me voit toujours en équilibre au bord d'une autre idée et me suppose libre d'avancer un peu plus vers un autre demain ; la poésie est vaste et l'hémistiche étroit, toujours en moi – Poète – il me reste je crois comme un pressentiment tout au creux de mes mains. Laissez moi retrouver au bord du crépuscule l'inconsciente chaleur de ces trop courtes nuits qui nous a laissé croire que nous narguions l'ennui de la jeunesse avec les passions qui nous brûlent ; je rêve de revoir, étoiles minuscules, les illuminations aux chandelles qui fuient et de goûter encore aux caresses, aux fruits dont les extraits troublants se dégagent et circulent ; j'écoute comme avant cette tranquillité qui exaltait nos cœurs au long des soirs d'été et qui garde pour moi cette magie entière ; attendant l'aube, un jour, faite d'obscurité, l'aube qui transparaît de tes yeux habités, ces étoiles cherchées à travers tes paupières». Et je l'écoutais :
«Là, c'est une lettre» il me regarda avec insistance et d'un ton de professeur, comme si j'étais incapable de légitimer ou comprendre les convenances sociales, «pour Noël, tu sais, elle m'envoyait des lettres. Hum. Je cherchais une jolie formule à lui répondre pour cette fin d’année et j’ai eu un pincement au cœur quand je suis retombé sur ces mots de Céline et même si c’est vrai, je m’en fous, je ne veux pas nous donner plus de désespoir à moudre, il y en a déjà bien assez ici non ?», il riait, et ce n'était pas drôle. Juste après avoir poser cette question il me lança un regard absurde et indescriptible, inspecta pendant cinq secondes mon visage jeune, rouge, pourtant déjà si fatigué, si pâle. Il reprit aussitôt : «Alors, tu sais, je voulais juste lui dire : à toi que j’ai déçu, que j’ai blessé, que j’ai aimé maladroitement, que je ne connais pas, qui lis ces mots, toi l’enfant déguisé sous ce corps d’adulte, toi qui n’est pas celui ou celle qu’il faudrait, toi qui est toujours trop ou pas assez, toi qui intériorise, toi qui déborde, toi qui a l’espoir usé, toi qui te fais du mal, toi qui m’aime trop qui m'aime mal». Il se mit à lire la lettre cette fois, comme on fait la lecture à un enfant. «Tout ce qui nous hante ne nous condamne pas ! Fils ou fille du ciel, les atomes qui te constituent ont 14 milliards d’années et sont éternels, tu es un miracle alors je te souhaite de beaux jours à venir jusqu’à l’infini» C’est ainsi que la lettre commençait, ainsi qu’elle continuait :
«Oh j'ai déjà bien ressenti du dégoût pour toutes les romances, les couchers de soleil, les dînettes fleuries, l’œil humide et le flair sec, et puis les baisers qui sourient pour oublier leur goût de solitude immense, qui les jette en leurs bras avec l'accoutumance. Et au sucre, et au seul, aux promesses qui prient et emprisonnent l'autre avec des flatteries que l'on ne ferait pas pour garder sa conscience. Pourquoi cette impudeur ? Comment tant se tromper ? Est-ce de la même peur que se nourrissent nos cœurs ? Je me suis sentie écœurée de tant de ridicule, de nue et d'étalage enfin, de désirs sans scrupules au fond des yeux taris et des bouches qui pleurent.
Mais avec vous, avec vous, il y a dans tous ces moments de lucidité et de volonté vive que je passe entre vos bras, une certaine beauté, une beauté de l'instant. Mon amour, vivre de ces instants vaut bien plus qu'un milliard de vies vécues, à ces instants je sais que je pourrai m'anéantir dans tous vos futurs caprices malades. Je vous aime tant mais peu à la fois vous regarder dans le blanc des yeux, sans désir, sans artifices, seulement avec ce sentiment partagé d'appartenir à la même incompréhension et d'être du même silence.
Heureusement, me dis-je à ces instants, il y a le corps, enivrante parole muette, dont le sang est le sens. Il m'arrive de vouloir vous parler en ces termes crus « je sais que les mots sont des corps eux aussi, je le sais en me serrant contre vous, en devinant les phrases cachées sous votre peau et les silences et les murmures et les soupirs au fond des plaies que l'on fête et non que l'on plaint ». Je ne le fais jamais. Les mots pourtant, parfois, font l'amour sans faire de bruit et sans discernement ; de vos mots vous dessinez mon souffle et les courbes de mon corps dans le flot écumant et céruléen de vos mains blanches.
J'ai de l'or au bout des doigts depuis que j'ai appris à vous écrire. D'ailleurs je ne vous écris pas, je vous aquarelle du bout des lèvres avec les couleurs de l'été. Il me suffit de fermer les yeux pour dessiner votre rire et de vos chevelures en cascades, je vogue avec un bateau en papier, cap sur le bout du bout du monde au fond de vos pupilles, j'Amérique de nouveaux horizons sous vos dessous. J'ai le bras qui chamade à vous écrire le trésor que j'ai en moi trouvé sur vous. Vous êtes mon Atlantide. Au petit matin j'irai vous cueillir des rayons du ciel et des airs de Jazz anciens, à la nuit tombée je vous bénirais comme le vent caresse les vagues.
Ma flamme, ma folie, vous me redessinez et je me sens moins floue dans vos bras, quand le vertige grisâtre tente de m'effacer, et que j'attends vos pastels tendres pour me colorier. Nos bouches liées, ivres et impatientes, et la nuit qui sonne dehors. Vos mains, votre peau brûlante, le désir sur ma nuque sont ma prison de chaire. Nos cœurs étourdis qui gagnent le sommeil – vous n'êtes jamais parti – votre poids, vos corps me suivent et m'assaillent.Vous n'êtes jamais parti, ni vous ni vos jambes qui se mélangent au levé du jour, ni la lumière blanche sur vos lèvres quand je devine vos songes, ni nos mains qui se trouvent, complices qui se concertent, ni l'écume dans le creux de votre dos, ni ce souvenir ni ces sensations intactes, ni mes doigts qui effleurent vos tempes assoupies, ni l'étang, ni nos corps frais de l'eau, ni mes mains dans la nuit sur cette nuque tiède et forte, ni nos rires sots, nos baisers, nos maladresses, ni nos regards dans le soir de la ville, ni le désir sur cette bouche, ni la tension de cette chaire quand affleurent ces lèvres, ni nos conversations bancales, emportées, nos secrets livrés entre inconnus, ni la torpeur du bain, ni le sentiment d'amour naissant, ni ce bonheur éclos sur nos visages adolescents.
Nous ne partons jamais ni vous ni moi qui lit le calme sur vos paupières closes. Les images parfois se dissolvent. Je n'entends plus votre voix qui se perd dans les murs, dans le reste. Seul l'écho de votre rire qui me caresse comme une lame, ô ma petite adoration déstructurée.»
Je ne sais pas pourquoi je me suis permis à cet instant de les imaginer au milieu de nul part, l'un de demander «M'aimes-tu encore ?» et l'autre de répondre «T'aimer ? Je ne sais faire que ça», puis retourner à ses occupations. Deux fois des profondeurs d’être qui se prennent en regard. Tout est évidence quand les forces s’élancent d’elles-même, quant une parole de silence hurle la musique des langues, le soleil est là. Car tout est évidence, la pure danse n’a pas de pied.
Me voici alors qui reprend faim, sur un vieux banc parisien, à cet instant j'étais convaincue que la poésie, nous engageant tout entiers dans la quête de l’unité, dans un rapport aussi absolu que possible avec la présence même de l’être, ne fasse ainsi que nous séparer des autres êtres, rétablissant la dualité que nous pouvions penser disparue. Il se peut que la poésie ne soit jamais qu’une impasse. Qu’elle ne trouve sa vérité que dans l’aveu de l’échec.
J'imaginais mille et une choses sur la vie de cette homme, peut-être Céline l'avait-elle quitté, s'était-elle remariée ou était-elle juste partie escalader les falaises de l'Amérique centrale, seule, face au vent et à l'amour qui fane. Je n'avais pas encore, à cet âge, l'audace de poser la ou les questions, je m'étais conforter à instaurer une limite entre ma vie et celle des autres, puisqu'elles se ressemblent toutes et en soi se veulent toutes aussi discrètes et dotées d'un mutisme qu'on ne dit pas. Je plissai les yeux, fronçait le front, comme un appel à l'aide. Alors il me fit le privilège d'un indice, parsemé dans le bruit sourd du vent de cette fin de journée d'hiver froide et solitaire. «Céline n'était pas très beau pour les autres, alors il l'était encore plus pour moi». Il sourit, se leva, me salua et s'en alla.
En rentrant à la maison je me suis demandée : que me restait-il de ces soirées chaudes teintées de rose et de promesse d'amour ? Je me parlai à moi-même : maintenant il te faudrait le calme, la lenteur, la durée, ces trésors délaissés du printemps de ta vie que tu voulais solder ; tu goûterais le temps des questions sans réponse, des silences rêveurs ; tu oserais souhaiter qu'il ne se passe rien. Puis mes pensées se mirent à couler et je me figurai que, finalement, l’amour de la poésie lui-même n’était pas bien vu. Ou trop bien vu, c'est pire. Il faudrait pouvoir s’en passer. Au nom de qui, de quoi ? Elle isole sa victime, l’asocialise, la rend folle. Tragiquement délaissée dans un monde ivre, bourré, saturé, de figurants passionnés, qu’ils disent, par autre chose. Quoi ? La politique ? L’érotisme ? Dieu ? Oh… Tout à la fois sans doute. Qui veut penser droit bloque le compteur. Poésie, c’est exil. On n’aime que les exilés. Joyce, Musil, Artaud. On peut l’être en plein Paris. Il n’y a pas de géographie de l’exil. C’est être nulle part. N’importe où. Sur la terre. Avant d’en faire partie. Intégrante. Dessous, dedans. Poésie, c’est impossibilité d’être quoi que ce soit dans un monde qui ne cesse de nous demander notre identité, notre fiche de futur dégringolé. L’intérêt est ailleurs. Sur la terre. Mais ailleurs. Sur la terre. Cherchons.
Dans les rues que je traversai à une vitesse désolante, les librairies que je croisais ne cessaient de me rappeler que je voulais vivre de mon écriture et suggérait que les artistes font partie des gens les plus courageux de ce monde. Ils essuient plus d'échecs en une année que la plupart des gens durant une vie entière. Chaque jour les artistes affrontent le défi financier que leur promet leur existence sans structure, le mépris de tous ceux qui pensent qu'ils devraient exercer un vrai métier, ainsi que leur propre peur de ne jamais retrouver du travail. Chaque jour ils doivent ignorer la possibilité que la vision pour laquelle ils ont dédié leur vie est une illusion. Chaque année passée, beaucoup d’entre eux voient les gens de leur âge franchir les étapes d'une vie «normale» - une voiture, une famille, une maison, des économies. "Je vous présente ma vie vers 35 ans. J'avais tout, une femme, deux enfants, 3 potes, 4 crédits, 5 semaines de vacances, 6 ans dans la même boîte, 7 fois mon poids en matériel hifi, 8 coïts conjugaux par trimestre, 9 fois le tour de la terre en emballage plastique, couvercles de polystyrène et autres packaging alimentaires non biodégradables." Malgré cela, ils s'accrochent à leur rêve, en dépit des sacrifices. Pourquoi ? Tout simplement parce que les artistes sont prêt à donner leur vie entière pour un instant. Pour cet instant, ce rire, cette gestuelle ou cette interprétation qui saura aller chercher l'âme du public. Les artistes sont des êtres qui ont goûté le nectar de la vie. Et c'est à cet instant précis qu'ils, grâce à leur créativité, savent toucher nos cœurs. Cet instant est proche de la magie, de ce que les hommes appellent Dieu et de la perfection. Et dans leur propre cœur, ils savent que se dédier à ce moment vaut un millier de vies vécues. Quel paradoxe de vivre dans un monde de l'instant qui rejette ceux qui le sublime.
Arrivée à la maison, j'aimais souvent à fixer le tableau de grand-mère dans l'entrée. Je me souviens que ça faisait mal, le regarder faisait mal. Le vide de l’horizon, je le fixais pendant plus d’une heure. Cet infini plat que formait la rencontre de la mer avec le reste de l’univers. Tout ça, ça appelait les souvenirs, les films qu’on se fait, les mieux qu’on s’imagine. J’ai commencé à repenser à mon départ, à comment les gens l'avaient pensé, quelles histoires avaient bien pu être faites. Devrais-je rentrer si je ne te trouve pas ? Devrais-je aller plus loin pour mordre l’intérieur de l’Afrique ? Puis continuer à suivre l’appel incessant de la sortie. Puis toujours chercher à remplir le vide avec de la terre des autres-parts. Puis toujours prendre le chemin de gauche. Du souvenir présent de l’Afrique natale, je suis l’orchidée blanche au parfum sombre et lourd. Le soleil reflétait sa fausse face sur un coté de l’eau seulement et laissait des traînées blanches en pointillé sur l’eau bleue et sur mes idées noires. Es-tu dans la mer ?
Je me rappelle d'un soir en particulier, dans cette maison, j'étais rentré au chaud, comme à mon habitude, près de la cheminée. Le crépitement du feu s’intensifiait. Les flammes, riches et amples, grondaient dans leur abri de pierre. Des volutes rouge-orangé s’élevaient au-dessus des braises et s’emmêlaient furieusement. On entendait les brisures de charbon s’écrouler. Le radiateur soufflait sur moi son râle continu. Il ronronnait. Des vagues de chaleur éventraient l’atmosphère et dessinaient dans l’air des mirages diffus. Dans mon corps, le froid cédait progressivement sa place à une tiédeur réconfortante. C'est que grand-mère aimait à avoir une cheminée ainsi qu'un radiateur en sa maison, au cas où l'un venait à faiblir alors l'autre subsisterait à réchauffer ses mains moites et abîmées.
Ali était arrivée en même temps que moi ce soir-là, j'avais entendu sa voiture plonger dans les cailloux au moment même ou mon pied passait le paillasson. J'aimais à l'inviter à la maison, l'hiver. Non pas spécifiquement car il s'agissait de ma petite amie mais surtout car, ainsi, pouvions-nous nous glisser dans ma chambre, elle chaude et ivre de nos ébats. Je respirais son haleine soûle, lovée dans le moiteur du drap. La Vie de sa Fleur invitait à délier les langues mortes. La jeune fille au cœur de seigle avait dessiné pendant plusieurs années de ses mots mon souffle, les courbes de mon corps et la pointe de mes seins. J’avais aimé, quand, de loin, elle jouait les fausses sirènes, m’appelait à chavirer contre elle, sans désirer cependant me voir noyée tout à fait. Elle me préférait frissonnante entre ses doigts, juste suffisamment en vie pour que je trouve la force de l’embrasser. Viens là, ma belle amante, viens dans mes bras humides. Tu pourras épancher tes pleurs et ton amour et poser sur mon sein ton pauvre front livide. Je saurai consoler ton chagrin si tant lourd de désir adoré jusqu’à ce qu’il s’élide et s’oublie par magie dans mes bras qui t’entourent. Car si profond sera mon baiser, si avide et si léger aussi, comme l’est mon amour dans le reflet du ciel, mystérieux et limpide.
Tu restes là, penché sur ton miroir liquide, tu caresses l’espoir d’être aimé en retour mais tu n’es amoureuse que de ton regard vide où éternellement je contemple à mon tour la perfection qui s’abandonnerait, splendide, en nos sentiments et encore autour… Ses regards laissaient une traînée d'étoiles dans les soirs tremblants, dans ses yeux nageaient les sirènes, et nos baisers mordus sanglants faisaient pleurer nos fées marraines.
Sa voiture s'était donc écrasé dans le soir, avait zigzagué dans le nœud des ruelles. Alors la chaleur regagnait mes mains et le sang se diffusait. Nous nous sommes très vite mis à table toutes les trois, c'est que grand-mère n'aimait pas manger trop tard. Je regardais Ali qui buvait. Le liquide se déposait, rose et brillant, sur la pulpe entrouverte de ses lèvres. Sa langue en chassait l’écume d’un geste lent. Elle me regardait attentivement, le verre de vin chancelant entre ses doigts fragiles. Elle ne s’est pas apprêtée pour me rendre visite. Ses cheveux sont défaits. Ses yeux fatigués. J’aime le confort du pull qui dissimule son corps. Je l’imagine sur elle dans son sommeil. Ses pupilles luisent d’ivresse à travers ses lunettes. Après le dîner, elle m'a tendu un texte qu'un amant lui avait écrit. J'en ai lu quelques lignes mais les caractères vibraient et elle, elle affichait un air fier. Ses chaussettes sont trop amples, elles flottent autour de ses pieds nus. Elle n’aime pas les vêtements qui adhèrent à la peau. Je n’ai jamais compris son élégance. Ses cheveux qui reviennent en pelotes sur sa nuque, sa tenue négligée, sa peau rougie. Elle est d’une beauté qui m’écœure.
Alors oui c’était Elle, la chair dont je fus détachée par ma première larme ; Elle, dans le miroir et qui me consolait dans le secret du noir, ou de ses bras étreints et toujours recherchés. C’était Elle, la chère au mépris entachée de sa résignation comme une autre victoire sur le désir ; Elle, la parole illusoire d’un amour rassurant alors qu’il est craché, en réponse à mon cri ou bien à mon silence… Et dans son oreille sourde, et dans son œil immense, Elle ne peut entendre, et puis soudain ma voix vient déchirer notre regard, enfin je vois ce qu’Elle a baptisé du nom de différence et qui n’est que l’écho de l’indicible absence.
Cependant, je lui accordais une certaine aisance en littérature, et je crois que c'est qui m'attirait chez elle. Lorsqu'elle s'était présentée à grand-mère pour la première fois elle lui avait offert un très beau livre de contes israéliens, car je lui avais raconté comment grand-mère avait sursauté à l'annonce de son prénom aux consonances étrangères. Nous avions ris, mais je ne trouvais pas ça réellement drôle. Ce soir là, elle m'avait apporté un livre de Simone de Beauvoir, je crois qu'elle savait déjà que je l'aimais beaucoup mais je feins de ne pas trop la connaître. «J'ai lu un passage qui m'a fait penser à toi.» me dit-elle. J'avais poussé un petit souffle de rire avant de l'écouter me lire un extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée «Comme je n'apercevais sur terre aucune place qui me convînt, j'envisageai joyeusement de ne jamais m'arrêter nulle part». Il s'agit donc de s'arrêter quelque part, et quelque part, c'est quelqu'un.
Quand Ali me lisait un passage qui lui avait fait penser à moi il s'agissait le plus souvent de quelques poèmes sensuels, mais ce soir-là ce fut autre chose. La plupart des gens souffrent de cette infirmité de ne pas savoir dire ce qu’ils voient ou ce qu’ils pensent. La littérature tout entière est un effort pour rendre la vie bien réelle. Comme nous le savons tous, même quand nous agissons sans le savoir, la vie est absolument irréelle dans sa réalité directe : les champs, les villes, les idées, sont des choses totalement fictives, nées de notre sensation complexe de nous-mêmes. Toutes nos impressions sont incommunicables, sauf si nous en faisons de la littérature. Sans lettres, le néant. Je ne lui ai rien dis, après sa petite lecture. Le froid était venu sur nos lèvres. Il avait creusé des sillons dans la chair et nos baisers eurent le goût du sang, et du beurre doux. Le goût du plus tard, surtout, car cette fois-ci je ne resterai pas très longtemps.
Elle s’était déjà réveillée dans cette chambre sinistre. Nous avions passé quelques jours de vacances ensemble, six semaines auparavant, et puis j'avais du partir. Elle avait erré des jours dans l’air repu de poussière et de mort. Elle avait inspecté les bibelots, retourné les vases et les nappes vieillies. Elle avait sondé les murs, le sol et les plafonds. Elle avait soulevé les tapis, ôté les cadres, les draps, vidé les armoires. Elle s’était prise à arracher la moquette et le parquet souillés. Elle avait fini par mémoriser chaque détail de sa cage. Elle récitait les meubles, les failles dans le béton, l’odeur de moisi qui imprégnait le bois. Ses mains et ses pieds avaient partout déplacé la saleté, dessiné des sillons dans la crasse.
Je savais qu'elle ne s'y sentait pas à l'aise, tout comme moi, mais elle y venait pour que nous nous retrouvions en dehors du bruit du monde. Elle refusait de nettoyer ce taudis où rien ne lui appartenait. Astiquer un lieu qu’elle quitterait bientôt, où elle ne reviendrait jamais. Elle avait improvisé un calendrier sur le rabat d’un carton comme elle l’avait vu tant de fois dans les films. Elle était un de ces prisonniers qui cochent les jours en entendant celui de leur sortie. L’horloge de l’entrée rythmait ses jours et ses nuits. Elle se réveillait parfois en sursaut et manquait de s’étouffer, privée d’oxygène dans sa minuscule cellule. Adossée au crépi, elle ajustait sa respiration et se rappelait à la réalité.
Une fois par semaine, des provisions apparaissaient dans la cuisine. De la nourriture, de l’eau, des biens qui couvraient ses besoins primaires et parfois un livre, un journal, ou un jeu. Elle prenait soin de collecter et de trier les journaux par date, pour garder la notion du temps, pour grand-mère. Elle disposait les romans sur une étagère qu’elle avait désignée près de la cheminée. Même si aucun feu ne s’y consumait, elle avait l’impression que de la suie se déposait sur eux à mesure que les jours avançaient. La lecture n’avait jamais été une passion, seulement pour me réciter quelques passages, mais sa survie en dépendait désormais. Le plaisir qu’elle y prenait parfois laissait place à l’urgence de maintenir son cerveau fonctionnel.
Elle se rendit un matin dans la cuisine pour se sustenter, mais elle n’y trouva rien. Elle avait épuisé ses stocks et comptait sur sa livraison habituelle. Elle jeûna toute la journée et s’autorisa un reste de pain sec avant la nuit. Le lendemain elle se pressa à nouveau dans la cuisine mais n’y contempla que du vide. L’immédiate déception se changea en crainte. Elle se rua vers l’évier pour s’abreuver. Ses mains s’acharnèrent sur le robinet mais le précieux liquide y resta enfermé. Elle songea à tout ce qu’elle avait enduré, la solitude, l’angoisse, l’ennui, et son rythme cardiaque s’accéléra. Sa vision se troubla soudain, ses jambes se dérobèrent et elle se rattrapa in extremis au rebord de l’évier.
Durant les heures qui suivirent, elle tourna machinalement en rond dans le salon, tordant frénétiquement des mèches de ses cheveux salis et prêtant l’oreille au moindre bruit. A intervalles réguliers, elle accourait dans la cuisine et la salle de bain, priant pour que l’eau soit revenue. Elle ne parvint pas à lire ce jour-là, et préféra déchirer des lambeaux de papier pour aussitôt les froisser et les jeter au sol. Elle dormit deux heures à peine, rompue par la fatigue physique couplée à la faim. Au réveil, elle se traîna jusqu’à la table. Rien.
Son corps déshydraté gisait sur le divan comme une dépouille. L’esprit égaré, elle pourléchait ses lèvres qui commençaient à se fendre. Le peu de salive qu’elle produisait avait un goût de sel. Une douleur comprimait sa poitrine tandis que la puanteur du papier peint gondolé lui attaquait les narines. Elle examina le verre maculé d’empreintes de la table basse.
Le corps raide et courbaturé, elle se releva péniblement et ramassa la poussière de la table du bout des doigts. Elle les porta à sa bouche et les frotta à sa langue asséchée. Elle reproduisit l’opération plusieurs fois, jusqu’à faire luire le cristal. Un amas grumeleux s’accrochait à son palais et se frayait un chemin vers sa gorge. Elle trouva l’énergie pour se lever et se dirigea vers le mur. La tapisserie se décollait et dévoilait une couche de bois pourri. L’humidité gonflait les veines des planches alourdies. Une substance noirâtre enduisait le lambris et composait des scènes imaginaires. Elle déplia ses bras sans vie et arracha des pans du mur, réveillant une odeur fétide. Ses mâchoires s’actionnèrent pour mâcher les débris infâmes. Elle avala un morceau après l’autre, engloutissant le monde qui la condamnait à l'oubli.
Grand-mère la laissait donc vivre ainsi certains week-ends et la trouvait en pareil état le dimanche soir, alors elle s'occupait d'elle comme de sa propre fille. Je ne m'étais jamais intéressée au droit, ainsi je n'y connaissais rien en matière de protection de témoins. Ali était simplement arrivée dans ma vie ainsi, et je ne m'étais jamais vraiment posée de questions. On l'avait placé chez ma grand-mère, qui était une gentille femme, très altruiste, et essayait de subsister aux besoins vitaux d'une adolescente, tant bien que mal, n'ayant jamais été vraiment mère elle-même.
Les premières fois où j'ai vu Ali, grand-père était encore là et nous passions des week-ends paisibles. Le matin courait sur le plancher, pâlissait les feuilles fatiguées. La lumière s'étendait sur les meubles, s'accrochait au tissu terni des coussins. Une tiédeur calme s'installait dans le jardin d'hiver. Les grands-parents s'affairaient dans la cuisine. Des tintements de verre s'échappaient dans le couloir, venaient guigner ici, puis repartaient. Des pas mous, alourdis par les chaussons de feutre retentissaient, mêlés à ceux des chaises qu'on déplace.
Le ciel était parfaitement clair, bleu plein, à peine dégradé, si on regardait attentivement. Une frise de toits fumants y découpait un éclair. Des branches nues surgissaient du bas de la fenêtre, dressées nettes, droites et affûtées comme des lames. Un point tremblait au sommet des pins, en faisait le tour, puis s'évanouissait dans la broussaille. Nous nous pressions au salon, assiégeant le canapé dans un mouvement confus, et nos petits pieds emmaillotés se battaient sous la table.
Souvent, Lui était là, il venait voir Ali. Sa petite bouche de femme légèrement entrouverte oscillait en mouvements irréguliers. On lisait sur ses lèvres une émotion meurtrie. Un soir, l’homme qui lui faisait face ôta sa main de la sienne et la replia devant lui, sous la table. Elle respirait en silence. Une larme s’échappa de sa paupière pleine et traça une ligne droite sur sa joue, s’arrêta un instant au seuil de son menton puis se décrocha mollement de son visage pour s’écraser sur le métal dur de la table. Il recula et considéra Ali un dernier moment. Son regard épuisé, il se retourna et s’en alla, laissant la chaise éloignée de la table. Une fois sa silhouette envolée, Ali se recroquevilla, comme si une force terrée dans son ventre happait son corps de l’intérieur. Ses bras enfermaient ses genoux et couvraient le tumulte de ses membres. Ses yeux désormais immobiles, calmes, se laissaient submerger par les poussières de l’air et restèrent grand ouverts, jusqu’à ce qu’un garde arrivât derrière elle et constatât son état. C'était un peu ça, j'étais un peu le garde d'Ali. J'exerçai une pression sur son cou puis son poignet, examinai son visage tuméfié et prévenait les autres gardes.
C’était jeudi, une fois, et Ali se remplissait un verre de scotch, sur le bar qui affrontait son fauteuil. Elle s’assit le verre à la main, se figea une seconde puis posa lentement le whisky sur la table basse. Son regard, droit devant elle, se perdait dans le volume de la pièce. Elle porta une main à sa bouche semi close et se mit à sangloter, faiblement d’abord, puis de manière bruyante. Sa main tremblante peinait à contenir ses gémissements. Son autre main, crispée et lourde comme une pierre, s’agrippait fermement à l’accoudoir, comme si elle craignait de se jeter du siège. C'est aussi ça le chagrin amoureux, c'est que nous ne sommes plus, et que le monde qui continue de vivre nous le rappelle sans cesse. J'avais trouvé un petit bout de papier tâché de son écriture en ses termes plats : «Dans mon rêve il y a ma blessure, bleue et orange, ton nom de sang qui me fracture».
Je ne l'aimais pas encore, mais elle me rendait déjà triste. Alors je pris un autre petit bout de papier et j'y inscris : «La petite Ali, du haut de son trône d'étoiles, elle peint les yeux fermés les couleurs de la lune géante. Je ne suis qu'un petit bout de papier, un poète mort, qui manquera désormais d’éclipses lunaires et d’allumettes gitanes dans la boite a rêves du monde de prières lancées dans les coins carrelés et sombres des églises grecques et sur les downtown de Montréal et de N.Y ., et puis le temps qu’on pouvait arrêter avec quelques mots», je le glissai dans sa petite main puis je parti.
Il me manque le repos, la douce insouciance qui fait de la vie un miroir où tous les objets se peignent un instant et sur lequel tout glisse. Une dette pour moi est un remords. L’amour, dont vous autres vous faites un passe-temps, trouble ma vie entière. Ô mon ami, tu ignoreras toujours ce que c’est qu’aimer comme moi ! Mon cabinet d’étude est désert ; depuis un mois j’erre autour de cette maison la nuit et le jour. Quel charme j’éprouve au lever de la lune, à conduire sous ces petits arbres, au fond de cette place, mon chœur modeste de musiciens, à marquer moi-même la mesure, à les entendre chanter la beauté d'Ali. Jamais elle n’a paru à sa fenêtre ; jamais elle n’est venue appuyer son front charmant sur sa jalousie.
A l'apogée de notre désir respectif, nous avions pourtant peu l'occasion de se voir. Je pensais à ces vers de Paul Eluard « Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin / Je te cherche par-delà l'attente / Par delà moi-même / Et je ne sais plus tant je t'aime / Lequel de nous deux est absent ». Quand elle n'était pas là je voulais partir, quand elle était près de moi je ne voulais rien d'autre sinon rester, me faire passer pour morte aux yeux du monde, et qu'elle me garde enfermée n'importe où. Je sais à quel point je l'ai magnifié durant ces longs mois, l'imagination est un concept fascinant, il consiste à expulser de la réalité plusieurs personnes incomplètes pour, mettant à contribuer les puissances magiques et subversives du désir, obtenir leur retour sous la forme d'une présence entièrement satisfaisant. C'est alors l’inextinguible réel incréé.
«Tu joues tous les jours avec la lumière de l'univers, subtile visiteuse, tu viens sur la fleur et dans l'eau. Tu es plus que cette banche et petite tête que je presse comme une grappe entre mes mains chaque jour. Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime. Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaune. Qui inscrit ton nom avec des lettres de fumée parmi les étoiles du sud ? Ah laisse-moi me souvenir comment tu étais alors, quand tu n'existais pas encore.»
Je lui écrivais encore. «Ce qu’il y a de foncièrement insatisfaisant et de toujours raté, c’est que jamais tu ne me regardes, là d’où je te vois.» - Jacques Lacan
Mais la fiction finit toujours par sa propre fin, le réel ensuite refait surface, comme une mauvaise blague de quelqu'un qui vous fait croire qu'il se noit pour ensuite réapparaitre par delà les profondeurs, avec ce petit air de satisfaction malsaine. "T'as eu peur, hein ?"
Que reste-t-il pour les poètes sans muse ? Comment enchaîner à la chair tous ces vers sacrifiés ? Il nous faut sûrement la décence, peut-être même l'apprentissage du renoncement. Il nous faut comprendre que certaines manières d'être sage sont insipides, puis attendre que le silence invente une certitude.
***
Enfin, si je devais écrire une lettre, dans la réalité, elle commencerait en ces termes chastes "A mon tendre et cher, ainsi qu'à la promesse d'un amour toujours nouveau, et pour qui ma vie se love dans les plus grands émois". T'écrire que je regarde ton visage comme on regarde un paysage, tu sais, ce genre de trucs, mais surtout que je suis devant ce paysage comme une branche devant le feu. T'écrire que la lampe est pleine de nos yeux, que nous habitions notre vallée, nos murs, nos fleurs, notre soleil, nos couleurs et notre lumière, que la capitale du soleil est à l'image de nous-mêmes, et que dans l'asile de nos murs notre porte est celle des hommes. T'écrire surtout dans ce bain qui fait face à la mer à l'eau douce, dans ce bain que la flamme a construit dans nos yeux, ce bain de larmes heureuses dans lequel je suis entrée par la vertu de tes mains par la grâce de tes lèvres, sur la paille de ta vie où je cache mes vieux os, où je finis. T'écrire cet amour plus lourd que le fruit mûr d'un lac, un jour après un jour, une nuit après nous.
T'écrire aussi la poussière des paroles qui tout à coup devient silence, mes yeux qui ne sont plus de ce monde depuis que je suis passé, que tout est passé, depuis que nous sommes le germe du désordre, ce germe qui dit je t'aime pour y voir. T'écrire que de nuit entre les yeux de jour entre les jambes c'est le même palais qui flambe en un instant, qui provoque l'orage et déchire les reins, c'est cette main ignorante et cette langue accordée pour la première fois sous un ciel, où comme un dialogue amoureux le cœur n'a qu'une seule bouche. T'écrire que je voudrais être la dernière sur ta route, le dernier printemps la dernière neige, qu'il y a de tout dans notre bûcher : de la boue et de la rosée, avec la force d'un passé très loin très pur, avec le feu d'une chanson sans fausse note, la pierre intacte et le courant furtif du sang dans la gorge et les lèvres. T'écrire peut-être que je m'en prends à mon cœur que je m'en prends à mon corps, mais que je ne fais pas de mal à celui que j'adore, que rien n'est plus que l'amour gisant dans son illusion et debout dans sa vérité. Je t'aime j'ai dans les vertèbres l'émancipation des ténèbres. Il y a des secrets des mensonges des traîtres, et plus près et plus loin il y a nos aveux, nous sommes bien venus de plus loin l'un vers l'autre sans grand espoir de grand soleil, n'est-ce pas ? Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne, je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion, pour ce cœur immortel que je ne détiens pas, tu crois être le doute mais tu n'es que raison. Tu es le grand soleil qui me monte à la tête, quand je suis sûre de moi. T'écrire mais je n'écris plus, écrire c'est jouer, jouer avec les mots, je n'ai rien à gagner, je t'aime trop pour te perdre, aujourd'hui je me lève le matin et je ne joue plus, je ne joue plus je t'aime.
J’apparais, je disparais
Jolie mois d'août, me donne envie d'envoyer plein d'amour. Hééé oui, recevoir une jolie lettre, ça fait toujours plaisir !
En ce moment, j'aime bien dessiner sur des cailloux, face à la mer. Ils peuvent être gentils, affectueux, amoureux, blagueurs, c'est des petits compagnons de route, pour quelques heures.
Une deuxième casquette brodée !