Mon extase triste
Je vais mal. Très mal. Enfin je crois. Je ne sais pas trop. Ça dépend du temps, des secondes, de chaque instant. Ça oscille. Ça vibre. Je ne sais pas.
Oui. Je souffre.
Oui. La mort me fait rire, elle m’attire, plus qu’elle ne m’a jamais terrifié car il est des certitudes qui sont pleines de vérités. C’en est une. Et les vérités s’insinuent, habillent l’âme, sincèrement. Sans tromper. Elles doivent rassurer, même si elles sont terrifiantes. Mais est-ce mal ? La souffrance. Est-ce mal ? D’avoir mal ? Je ne sais pas. Je vois l’intense. Je le vis. L’existence désespérée du dernier jet de flamme. Je le sens, lancinant : le dernier souffle.
Ailleurs et partout. Sans bipolarité, sans noir ou blanc. Sans équilibre, ni variation. Aucune dualité, juste une douleur indicible qui, dans son intensité, supplante, ou du moins rivalise fièrement, et défie les plus exacerbées des passions.
Je m’en moque.
La perdition en son propre élément, en ce qui nous a toujours porté, le caractère irréversible de sentiments et de certains actes, sont sans doute l’expression la plus puissante, si ce n’est belle, des passions. Ainsi que de notre faiblesse et de notre ressenti. De notre cœur et de notre âme, eux qui vibrent plus encore dans la chute que durant un orgasme d’amour.
Cet amour. Celui qui transpire. Injonctif. Instinctif. Enfant et parent de rien. Immaculé, et libre.
Extase pure.
Mais triste.
J’aime mon extase triste. Durant la chute, j’avale d’une seule bouchée, à m’en écœurer, le fruit de beaucoup trop de tours de temps. Un temps adulé. Je le remonte. J’admire, sans le vivre vraiment, ce temps passé qui défile à l’envers et s’échappe à mon bonheur esseulé.
Assassiné.
La chute : ce paroxysme qui n’est pur et bon que dans l’absolu, je le vis. Je le pleure. J’en pleure chaque seconde. Chaque instant. Et du manque de ce que je ne revivrai pas, et de la peur de ce que je ne vivrai plus. Je souffre de la puissance de cette vague lourde et assurée qui noie toute mon insouciance de sa fatalité obséquieuse. Je meurs du bonheur torturé, de son annihilation. Mais tout cela dans une intensité qui la supplante.
Alors, je me demande, où la passion s’exprime-t-elle le mieux, où hurle-t-elle le plus fort : au sommet d’une montagne de joie ou dans un abîme de désespoir vertigineux ?












