52 weekly prompts - Week 3
Write a story about a surprise (Samia)
- Va chercher !
Dans un magnifique arc de cercle, courbe parfaite contre le ciel bleu de février, un bâton s'envole et atterrit plusieurs dizaines de mètres plus loin, au fond du champ. Le geste trahit l'entraînement, et Samia se demande, pour la quinzième fois depuis le début de son jogging matinal, si Tsveta avait secrètement prévu que la pousser à accepter ce week-end chez la mère de Lavrenti lui permettrait de perfectionner sa technique de lancer. Peut-être inconsciemment.
Ce qu'elle n'avait certainement pas prévu, en revanche, c'est que Samia trouverait le parfait compagnon de jogging en la personne de ce jeune chien, à peine sorti de l'enfance et dont une jambe manque pourtant déjà. Samia elle-même n'aurait pas cru qu'il arriverait à suivre, et pourtant le voilà, en ce dimanche matin, qui a déjà parcouru environ trois fois plus de chemin qu'elle, et ne semble toujours pas se lasser de cette branche un peu épaisse et couverte de mousse et de bave, la déposant immanquablement à ses pieds après chaque lancer. La tête penchée, une oreille dressée alors que l'autre pend sur le côté, il ne la laissera pas repartir avant de s'être assuré que le bâton va de nouveau avoir besoin d'être sauvé d'une mort certaine. Un bon chien, voilà ce qu'il est. Joueur, affectueux, presque trop d'après Astrid qui ne peut changer de pièce pendant trente secondes sans le voir se précipiter sur elle par peur qu'il l'abandonne. Maltraité par d'autres humains, il n'a pas perdu espoir, et pour ça Samia l'admire, parce qu'elle n'est pas sûre d'avoir autant de foi en l'humanité que ce qu'elle peut apercevoir dans cette pupille noisette alors que son bras se lève pour réitérer le lancer.
Avec tous ces arrêts, il leur faut bien une heure et demie pour terminer ce tour qui lui prend d'habitude vingt minutes, mais elle ne regrette rien. De toute façon, Lavrenti sera sûrement à peine levée, et Samia n'aura qu'à prendre une douche avant de la rejoindre dans le salon avec un café. Un dimanche tranquille, avant de retourner à la routine de la ville. Peut-être qu'elles retourneront se balader cet après-midi, une ombre à trois pates s'attachant aux leurs et réclamant tour à tour caresses et jeux. Elle craint déjà, ce soir, le moment où il faudra lui faire comprendre que non, il ne peut pas monter dans la voiture avec elles, qu'il doit rester ici pour le moment, qu'Astrid et Dakota vont bien s'occuper de lui en attendant de lui trouver une nouvelle famille, mais que Lavrenti et elle doivent partir pour l'instant, et retourner dans leur appartement, où les attend une minette aussi caractérielle qu'attachante. Mais lui, non, il ne peut pas venir, et elle en est la première désolée.
C'est le cœur serré qu'elle regarde la maison s'éloigner, Dakota retenant son nouvel ami au collier pour éviter qu'il ne coure après la voiture. Quand Lavrenti tourne au bout du chemin, Samia pose la tête contre la vitre, et se dit que, finalement, leur appartement n'est pas si petit, et puis il y a ce parc, pas loin… Mais c'est trop tard, elles sont déjà parties, et il vaut mieux que cette boule d'énergie aie un jardin, pas vrai ?
***
Mardi matin, la routine a déjà repris son train. Boulot, entraînement, entretien de la maison… Les journées sont bien remplies, et pourtant Samia ne peut pas s'empêcher, de temps en temps, pendant sa pause clope, de chercher dans son téléphone les quelques photos qu'elle a prises de son nouvel ami, toutes un peu floues, il bougeait trop et trop vite. Ça ne les rend que plus vivantes, et cela suffit pour lui redonner le courage d'aller affronter des clients pas toujours aimables. Le soir, aussi, à la maison, pendant que Lavrenti, sur son épaule, s'endort devant un documentaire bidon sur la production du vin en Bourgogne.
Mercredi soir, pourtant, la routine se brise. À un texto lui demandant ce qu'elle voulait pour le dîner, Lavrenti a répondu de ne pas l'attendre. Un imprévu au boulot, elle rentrera tard, une réunion de crise, quelque chose d'un peu pénible qu'elle lui expliquera en arrivant. Elle devrait être là vers 22h, pas beaucoup plus tard.
Et effectivement, à 21h58, la clé tourne dans la serrure, et la porte de l'entrée s'ouvre. Pourtant, ce n'est pas la voix de Lavrenti que Samia entend, pas seulement en tout cas. Elle n'a que le temps de se retourner au son des aboiements et des trois pattes glissant sur le lino avant qu'une bête féroce ne saute sur le canapé et commence à lui lécher le visage férocement, glissant encore quelques couinements entre deux coups de langue. Lavrenti suit de peu, un sac cabas à la main dans lequel Samia peut apercevoir deux gamelles, une laisse et un paquet de croquettes. Son regard trahit certainement sa surprise, mais Lavrenti se contente de hausser les épaules.
- Tu croyais peut-être que j'avais pas remarqué ? Va falloir lui trouver un nom par contre maintenant…










