𝗣͟𝗔͟𝗥͟𝗞͟ 𝗞͟𝗘͟𝗘͟-𝗗͟𝗢 ;
Kee-do est né dans un petit village, à quelques heures de Séoul. Fils unique d’un professeur d'université et d’une mère infirmière, il a grandi dans un foyer modeste, aimant, mais où le silence était devenu son meilleur ami. Son père, un homme rigide mais juste, lui a transmis le goût de la rigueur et du devoir. Sa mère, plus douce, lui a appris à faire preuve de sensibilité à l'égard du monde extérieur, le poussant à développer sa curiosité. Enfant, le garçon n’était pas particulièrement bavard, il préférait se mettre en retrait, ne pas se mélanger et se trouvait souvent dans les jupes de sa mère ou s’isolait dans sa chambre avec des livres sur l’histoire militaire, les stratégies de guerre, ou les récits de sauvetage. Ce n’était pas une fascination malsaine, mais plutôt une passion qui se développe chez ce petit garçon qui aimait les figurines de soldats et qui pouvait passer des heures à lire.
ça fait sens.
Il veut être comme eux.
À l’adolescence, alors que ses camarades rêvaient d’universités prestigieuses, de grandes carrières, Kee-do avait un tout autre plan - il partirait à l’armée. Pas pour la gloire, pas forcément pour monter les échelons, mais parce qu’il voulait se rendre utile dans un monde qu’il trouvait souvent bruyant et injuste. Il voulait devenir quelqu’un sur qui les autres pouvaient compter. Il s’engage quelques mois après sa majorité, volontaire pour un parcours long, bien au-delà des deux ans obligatoires. Ses parents ne sont pas d'accord avec son choix de carrière, s'imaginant déjà que leur fils aurait suivi leurs traces - médecin ou professeur. Ses supérieurs le remarquent vite ; Kee-do est quelqu'un de discipliné, efficace, d’une loyauté rare qui le démarque des autres militaires. On lui confie des missions délicates, parfois ingrates et difficile mais il gagne bien vite le respect de ses supérieurs, sans trop en faire, parce qu'il ne se force pas et qu'il aime réellement ce qu'il fait.
Mais son rêve prend bien vite une allure de cauchemar.
Kee-do se souvient encore de ce jour là, et si on lui demande son avis, il dirait qu'il a l'impression que ça s'est passé la veille. Leur convoi était envoyé à la frontière nord, dans une zone instable et dangereux, mais bien vite, ils sont pris au piège, dans une embuscade. Le petit village qu'ils viennent d'atteindre est en feu, il se souvient encore des cris, des enfants qui courent dans tous les sens pour essayer de se sauver, des familles déchirées, mais surtout il se souvient de cette chaleur et cette sensation étouffante à cause de la fumée et des flammes. Son regard est attiré un instant, par une petite fille qu'il aperçoit derrière une fenêtre, qui semble être bloquée dans les flammes. Il a une mission, celle de se plier et d'évacuer les civils, ils doivent faire vite, agir en équipe, mais il ne peut pas se résigner à laisser cette petite fille livrée à elle même - alors il décide de désobéir, d'échapper à la surveillance de son supérieur pour partir en direction de cette maison. C'est de justesse qu'il arrive à en extirper la petite fille, il peut encore sentir l'odeur de brûlé autour de lui, il respire mal, mais il a sauvé un enfant. Mais tout ne pouvait pas se passer comme prévu. Parce qu'il était censé assurer la sécurité de son camarade, et en quittant le groupe de la sorte, c'est le piège qui s'est refermé autour de ses camarades. Il voit, ce garçon qu'il considérait comme un ami, comme un petit frère qui lève les bras en l'air pour plaider son innocence tandis que l'ennemi pointe son arme dans sa direction. Les choses vont beaucoup trop vite pour que Kee-do puisse réellement réagir, et il assiste à une scène qui le traumatisera à vie.
Il sera rapatrié quelques semaines plus tard, officiellement pour cause de fatigue physique et mentale. Officieusement, on comprend qu'il ne pourra jamais reprendre le service comme avant à cause de son trouble de stress post-traumatique. Kee-do a changé, quelque chose s'est profondément brisé ce jour là, et lui même n'arrive pas à sortir la tête de l'eau. Pendant un temps, il retourna chez ses parents, mais il n'arrive pas à se faire à la bonne humeur de sa mère qui tente par tous les moyens de le faire sortir de son lit, de lui faire rencontrer de nouvelles personnes - un moyen de lui changer les idées. Parce qu'il n'y arrive pas. Chaque nuit c'est la même chose, il se réveille toujours à la même heure avec des angoisses à la suite d'un cauchemar, cauchemar où il entendra toujours les mêmes cris, où il verra le visage de cette petite fille, comme il verra son camarade qui se fait abattre d'une main ennemie. L'odeur du sang, l'odeur du feu, la chaleur, les bruits de balle, il devient hypersensible au moindre bruit, à la même odeur, et finira par s'éloigner de la foule, quitte à se couper du monde.
Sa mère veut l'aider autrement.
Et aura une idée des plus folles à proposer.
à vrai dire, c'est une idée de sa mère et d'une de ses amies, la mère de Yoo-ra, cette dernière vivant seule dans un grand appartement. Une jeune femme qui travaille beaucoup, qui ne prend pas le temps de voir du monde, et Kee-do, lui, a besoin d'avoir de la compagnie. Alors les deux femmes, avec une bonne dose de culot maternel, les forcent gentiment à cohabiter - pour quelques semaines, le temps de se tenir compagnie. Mais quelques semaines se transforment en quelques mois, et le garçon doit bien avouer que la compagnie de Yoo-ra est c'est ce qu'il lui fallait pour avancer dans la vie. Il ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve et il n’est même pas certain de vouloir le savoir. Mais il y a, dans cette colocation inattendue, quelque chose qui l'apaise un peu, une forme de routine, une routine à laquelle il s'accrochera pour maintenir la tête hors de l'eau.












