THE BAY (2012)
Quand on sait que Barry Levinson a fait GOOD MORNING VIETNAM ! (1987) ou RAIN MAN (1988), on se demande encore pourquoi son THE BAY est si discret: la raison est peut-être cette pléthore de found-footages à la mode ayant envahi les écrans... Si THE BAY se démarque de la concurrence, c’est par son hyper-réalisme -21 moyens de support numériques ont été employés pour parfaire l’illusion du “documentaire amateur”- flippant: l’idée de base, soumise par des producteurs à l’attention de Levinson -l’état catastrophique de la baie de Chesapeake, qui méritait un reportage réel- devient très vite une fiction, horrifique et épidémique. Le long-métrage est monté plus ou moins chronologiquement, où la petite ville de Chesapeake commence à fêter le 4 juillet comme il se doit -concours de bouffe de crabes, Miss Crustacé, résidents attendant avec ferveur les feux d’artifice du soir-: un calme éphémère, au vu des extraits alarmistes des médias balancés dès le début du film. THE BAY va rapidement dresser un grave constat, Chesapeake faisant face à d’inexplicables phénomènes: les gens commencent par vomir, hurler entre deux gerbes de sang, pour parfois s’en prendre violemment à leurs congénères. Les hôpitaux sont bondés, les analystes et médecins peinent à identifier la source du mal, tandis que la petite ville se déchire, de nombreux cadavres commençant à envahir les rues. Et si la source de ce mal était la protéine dont on gave les 10.000 poulets dans l’usine à côté? Et si ça venait des tonnes d’excréments de ces volailles balancés dans la baie? Est-ce que le traitement des eaux fonctionne vraiment? THE BAY fait état d’un désastre écologique imminent, film-catastrophe de contagion pas jolie du tout: une fois l’origine de l’épidémie identifiée, il est déjà trop tard. Ce que Barry Levinson a compris au found-footage, c’est de garder en vue le sujet principal du film: cette mutation aquatique sera donc le fil conducteur de THE BAY, avec un large éventail de situations montrées à la WIKILEAKS. Vidéos d’archives, visio-conférences entre le CDC et médecins paniqués, dash-cam de flics pas prêts du tout à affronter les infectés, souvenirs de vacances de couple qui tournent au drame, à la mort, ou à la disparition pure et simple. On se gratte presque devant THE BAY, qui demeure à mon sens une des meilleures œuvres de Levinson, mais aussi un des meilleurs found-footages tout court: parasitaire et effrayant de par la possibilité d’un tel incident, le film est sous tension constante, nous gratifiant de beaux moments de trouille pure, si ce n’est de l’horreur pure. Démystifiant sans concession les U.S.A., Barry Levinson accuse et pointe du doigt le gouvernement, avec son contexte d’élections présidentielles de l’époque: seul moyen de lever le voile sur un tel scandale, la caméra, qu’elle soit intégrée à un iPhone ou s’avérant être un simple caméscope à l’ancienne. Puissant, graphique, THE BAY dérange, non pas par ses qualités évidentes, mais par cette réalité possible qui vire au cauchemar. De quoi s’en mordre la langue...
PARASITES /20