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GUERRE IRAN / ETATS-UNIS ISRAEL. Civils tués, enfants orphelins : des crimes de guerre impardonnables au Kurdistan
Par Anahita Hemo. Paris.
La guerre entre les Etats-Unis et Israël d'un côté, l'Iran de l'autre, ce sont certes ces pétroliers bloqués dans le Golfe, mais aussi des civils qui ne cessent d'en payer le prix depuis le 28 février 2026, dont des innocents tués au Kurdistan "Entre réalité humaine et responsabilité internationale. C'est au-delà de l'imaginable" déplore un journaliste kurde, évoquant la violence psychologique infligée aux enfants kurdes à chaque fois que le Kurdistan est bombardé.
Les médias kurdes comme les réseaux sociaux ont largement couvert la douleur cataclysmique de la petite Melîn, 3 ans, et de sa soeur Delin, 5 ans, dévastées par la perte de leur papa et de leur maman le mardi 7 avril 2026, à cause d'une guerre qui n'est pas celle des Kurdes. Les images du drone qui a frappé leur maison, à la périphérie du district de Baherka, au nord-ouest d'Erbil, ont fait de la douleur des deux fillettes un drame national qui a terriblement brisé le cœur de la population du Bashur.
Le récit de Delin a rajouté au deuil collectif, quand elle a raconté comment une bombe a transformé un moment poignant et chaleureux en une tragédie humaine, en pleine nuit. Elle explique avoir dîné avec ses parents, puis s’être endormie, avant de se réveiller au bruit d’un obus qui a bouleversé sa vie à jamais. À cet instant, elle a perdu son père Moussa Razazî et sa mère Mojda Ass’ad, enterrés depuis dans un cimetière voisin, laissant derrière eux deux orphelines confrontées à la vie sans le moindre soutien.
La nuit du drame, trois drones ont visé la même zone, à Zargazawi, un petit village rural au nord-est de Baherka : deux sont tombés en terrain découvert, mais le troisième a frappé la maison de Melïn et Delin, faisant de leurs parents des "victimes collatérales", comme il y en a dans chaque guerre. Dans la région du Kurdistan Sud, on ne le sait que trop.
Cette attaque, comme de nombreuses autres depuis le 28 février, a été perpétrée dans le cadre de la riposte iranienne à la campagne militaire conjointe américano-israélienne contre le régime des mollahs. Une riposte qui a vu quelque 700 drones et missiles tomber sur le Kurdistan, au nord de l'Irak, certains venant même du territoire irakien, avec de forts soupçons pesant sur les milices chiites à la solde de Téhéran.
Quels que soient les auteurs, cela soulève de profondes interrogations quant à la nature de ces attaques et à leur conformité avec le droit international humanitaire.
Devant une situation catastrophique, une question se pose : qu’est-ce qu’un crime de guerre ? Les crimes de guerre sont des violations graves des lois de la lutte armée, telles que définies par les Conventions de Genève. Ils comprennent notamment le ciblage de civils, l’usage disproportionné de la force, ou encore les attaques indiscriminées sans distinction entre objectifs militaires et civils.
Ce qui se passe au Kurdistan constitue-t-il un crime de guerre ? Lorsque des zones civiles habitées sont ciblées, comme dans les villages autour d’Erbil, et que des victimes civiles sont à déplorer, en particulier des enfants, cela peut être qualifié de crime de guerre s’il est établi qu’il n’y avait pas d’objectif militaire légitime ou que la force utilisée était disproportionnée.
L’impact humanitaire La question n’est pas uniquement juridique ou politique, elle est avant tout humaine. Delin et sa sœur ne sont que deux exemples parmi de nombreux autres enfants laissés sans famille à cause des conflits. Ces enfants font face à : 1 - Des traumatismes psychologiques profonds. 2 - La perte de stabilité familiale. 3 - Le risque de pauvreté et d’errance. 4 - Des difficultés d’accès à l’éducation et à un développement normal. 5 - La responsabilité de la communauté internationale.
Car oui, la communauté internationale - y compris l'Organisation des Nations Unies - a la responsabilité d’enquêter sur ces incidents et de garantir que les responsables soient comptables de leurs actions. Elle doit également agir pour protéger les civils et prévenir la répétition de telles tragédies.
L’histoire de Delîn et sa famille n’est pas seulement un récit tragique, c'est un témoignage vivant de la souffrance des civils en zone de conflit. La poursuite de ces violences et crimes sans responsabilité établie menace les valeurs fondamentales de l’humanité. Tandis que les puissances s’affrontent, ce sont les enfants qui restent les victimes les plus vulnérables, payant le prix de guerres qu’ils n’ont pas choisies. Mettre fin à ces tragédies commence par les reconnaitre comme telles, des tragédies, puis par l'adoption d'actions concrètes pour les empêcher, afin de préserver ce qui reste de notre humanité commune.
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Depuis le début de cette guerre, le 28 février 2026, plus 700 drones ou missiles ont visé le Kurdistan Sud. Près de 600 ont touché la province d'Erbil, une grosse centaine celle de Souleymanieh, une trentaine Duo et une poignée Halabja.
ROJAVA. L'association humanitaire "Xêrxwaziya Barzanî nemir" arrive à Qamişlo, un petit espoir pour des Kurdes visés de toutes parts
Par Anahîta Hemo, Paris. Et le Phenix kurde, Toulouse.
Des averses de pluie sont tombées sur la terre du Kurdistan le 14 mars 2026, et en particulier au Rojava, la patrie des Kurdes de Syrie ! Comme une bénédiction sur une terre aride, comme la nostalgie de l’été lorsqu’un hiver passe sans pluie.
C’est ainsi que , ce samedi là, s’est ouverte une journée très spéciale, qui coïncide avec l’anniversaire de naissance du leader kurde légendaire devenu immortel pour beaucoup, Mulla Mustafa Barzani, né le 14 mars 1903 et décédé le 1er mars 1979, à quelques jours de ses 76 ans.
C'est en effet ce jour qui a été choisi pour ajouter aux manifestations joyeuses, célébrant sa mémoire, l'inauguration d'une nouvelle association caritative à Qamişlo. L'arrivée de "Xêrxwaziya Barzanî nemir" dans la région marque un nouvel élan, "porteur de bonté et de paix", selon Anahîta Hemo qui vit à Paris, avec son amour du Rojava toujours chevillé au coeur.
Ces bonnes nouvelles redonnent surtout un peu d'espoir aux Kurdes de Syrie encore sous le choc des assauts contre les quartiers kurdes d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud à Alep, en janvier. Et pour cause, quelques milliers de civils Kurdes ont été tués ou enlevés lors de cette attaque brutale des milices jihadistes de Damas et des proxys de la Turquie.
Alors, comme dans le Rojava, Anahîta Hemo et tous les Kurdes de la diaspora ont eu plaisir à apprendre l'ouverture de cette association humanitaire en pleine préparation des fêtes de Newroz.
"Comme beaucoup d’autres, je me suis réveillée ce samedi, jour de repos du week-end, pour méditer, et mes yeux ont lu une nouvelle qui réchauffe le cœur : sauver la jeunesse kurde de la chaleur brûlante des déserts de la guerre. Pour la deuxième fois, j’écris sur les activités caritatives de cette association, tout comme j’avais écrit avec émotion et joie à propos de la ville kurde d’Afrin lors du tremblement de terre. Une phrase, devenue à la fois un symbole de débat et de solidarité avec la cause kurde, les droits humains des Kurdes et ceux des minorités, résonne encore : « Bijî Bijî Barzanî » (Vive Barzani)".
Une phrase qui résonne aussi bien sûr au Başur, fief de la famille Barzani. Mais le fait est que, pour les Kurdes du Rojava et du Başur, comme pour les Kurdes du Rojhelat et de Baqûr, les chefs de partis ont aujourd'hui moins d'importance que le fait de parler maintenant d'une seule voix, depuis qu'ils subissent une offensive convergente sur les quatre parties de leur terre divisée par le Traité de Lausanne en 1923.
Ce qui se passe depuis le mois de janvier n'est que la suite de décennies de discriminations à leur encontre, pour ne pas dire pire. Mais avec l'investissement de diverses associations humanitaires, Newroz et le soutien de la diaspora, c'est peut-être le fait que les Kurdes parlent enfin le même langage contre leurs adversaires qui est le plus grand motif d'espoir pour le peuple kurde.
Car leurs adversaires - même ennemis entre eux - ont un point commun, leur détestation des Kurdes. Suite à l'offensive sur Alep en janvier, un charnier de plus de 270 corps a été découverts fin mars à Naqqarin (autoroute M4)... ce qui n'a malheureusement pas empêché l'Allemagne de recevoir peu après Ahmed al-Sharaa, le président "par intérim" de Syrie, plus connu sous son nom de guerre à l'époque d'Al Qaeda, à savoir "Jolani". Il a (un peu) raccourci sa barbe et a enfilé un costume, mais il reste aujourd'hui commandant en chef d'une politique qui a cautionné le massacre d'Alaouites, de Druzes, et maintenant de Kurdes, à cause de leur appartenance ethnique.
Selon Nesrîn Silêman, membre de l'association des personnes déplacées d'Afrin, le sort de 3000 personnes demeure encore inconnu à ce jour. C'est une famille d'Afrin partie à la recherche de disparus qui a localisé le charnier de Naqqarin, grâce à des témoins lui ayant parlé d'un lieu où des prisonniers étaient rassemblés avant d'être exécutés. Face à l'ampleur des disparitions et au manque de transparence dont fait manifestement preuve le gouvernement syrien, l'association de Nesrîn appelle à la création d'une commission d'enquête indépendante co-dirigée par les Nations Unies et l'Union européenne.
Ce qui est sûr, c'est que la communauté internationale va devoir clarifier sa position. Car elle n'est pas très regardante non plus sur l'Irak et son gouvernement, qui autorise les milices chiites à la solde de Téhéran à se défendre quand elles sont attaquées par les Etats-Unis ou Israël, mais pas les peshmergas à faire de même quand ils sont bombardés par les gardiens de la révolution iraniens (179 fois en un mois) ou leurs supplétifs en Irak (295 fois en un mois).
Résultat, depuis le début des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran le 28 février, les régions kurdes d'Irak ont fait l'objet de 474 bombardements par missiles, rockets ou (le plus souvent) par drones, des frappes qui ont fait 14 morts et 93 blessés en un mois, principalement dans le gouvernerat d'Erbil.
Certes, les premiers bombardements ont visé des bases américaines au Kurdistan, faisant là aussi des morts. Mais très vite, ils ont visé des quartiers généraux de partis d'opposition kurdes iraniens installés au Başur, de nombreuses zones civiles, et même la résidence du président Nechirvan Barzani à Duhok... alors même que ce dernier n'a cessé de répéter depuis fin février que la région autonome du Kurdistan irakien n'était pas partie prenante au conflit.
Pendant ce temps, Erdogan boit du petit lait en Turquie, accentuant son lobbying aux Etats-Unis pour qu'aucun rôle ne soit accordé aux résistants kurdes iraniens pour faire tomber le régime des mollahs.
Son rêve est tout autre : le maintien du régime dans un Iran affaibli et dépecé du Rojhelat pour que le Kurdistan iranien soit rattaché à l'Azerbaïdjan... ce qui, entre parenthèses, ferait peser de lourdes inquiétudes à terme sur le sort des Arméniens.
En attendant, Téhéran continue la répression contre les Kurdes iraniens, et les pendaisons de manifestants arrêtés en janvier s'accélèrent.
Reste les Kurdes de Turquie qui rêvaient de paix après que le PKK a rendu les armes à la demande de son leader emprisonné Abdullah Öcalan. Mais ce geste historique n'a pas été suivi d'avancées politiques majeures pour les Kurdes de Baqûr, en tout cas pour le moment.
Une chose est sûre, les Kurdes ne veulent plus rester les dindons de la farces au Moyen-Orient. Et l'espoir, aujourd'hui, réside dans leurs propres capacités à faire face - UNIS - à des voisins terriblement hostiles à leur égard.
LE GÉNOCIDE DES YÉZIDIS RECONNU PAR LA JUSTICE FRANÇAISE. AUX DÉPUTÉS, AUX SÉNATEURS ET À L'ÉTAT FRANÇAIS DE L'INSCRIRE MAINTENANT DANS LA LOI, COMME ILS L'ONT FAIT POUR LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN DE 1915, LE 29 JANVIER 2001 !
"Sabri Essid a pris part au génocide perpétré par l’Etat islamique", a déclaré le président de la cour d’assises de Paris le vendredi 20 mars 2026. Marc Sommerer a souligné que le jihadiste français Sabri Essid, présumé mort en Syries, "s’était "inscrit dans cette chaîne criminelle qui consistait à acheter, revendre, acheter, revendre de très nombreuses victimes" yézidies. Pour la cour, il apparaît "clair que le groupe des Yézidis a clairement été ciblé par Daesh en tant que groupe religieux".
À l’issue de cinq jours de procès, la cour d’assises l’a reconnu coupable de génocide, crimes contre l’humanité et complicité de ces crimes.
Que Sabri Essid soit déjà mort ou pas, ce procès n'en reste pas moins historique. A travers ce jugement, la justice française reconnaît officiellement que les Yézidis ont bel et bien été victimes d'un génocide au sens du droit pénal international, comme je l'ai démontré dans mon livre "Un génocide oublié, la voix brisée du peuple kurde", publié aux Editions l'Harmattan en juin 2023 (cliquez sur le lien pour le commander et le recevoir directement chez vous).
C'est maintenant à l'État français de reconnaître officiellement dans la loi le génocide Yézidi, tout comme elle a reconnu le génocide des Arméniens (85 ans après leur extermination par les nationalistes turcs) en adoptant la loi du 29 janvier 2001* qui affirme : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. »
Quoi qu'il en soit, que la décision de justice qui concerne le génocide Yézidi de 2014 intervienne la semaine du 38e anniversaire du bombardement chimique d'Halabja** et le.jour de Newroz, le Nouvel Kurde, redonne de l'espoir à l'ensemble des rescapés du génocide kurde des années Saddam. Et pour cause, le régime baasiste (arrivé au pouvoir en Irak en 1968) a fait quelque 400.000 morts au Kurdistan entre la fin des années 60 et 1988, année de "la Solution finale à la question kurde".
Les Kurdes attendent toujours une reconnaissance de la justice internationale. Ce n'est plus le cas des rescapés du génocide yézidi que la justice française a donc reconnu le 20 mars 2026, ce qui est un argument pour la reconnaisse officielle de ce génocide par l'Etat français.
Pour reconnaître officiellement le génocide kurde des années Saddam, comme six autres pays dans le monde, la France pourrait toutefois s'appuyer sur les jugements de la Haute cour de justice irakienne qui a condamné pour génocide et crimes contre l'humanité de nombreux anciens dirigeants du pays entre 2005 et 2010, à commencer par Saddam Hussein et Ali Hassan al Majid, dit "Ali le chimique". La France aura là aussi un rôle à jouer après avoir reconnu officiellement le génocide Yézidi de 2014. En n'omettant pas de prévoir la répression du négationnisme dans la loi.
* L'erreur, à l'époque, avait été de ne pas introduire un article 2 dans la loi sur la reconnaissance du génocide arménien. Article 2 qui aurait puni d'une peine à déterminer toute vélléité de négationnisme du génocide arménien. Si bien que beaucoup de juriste ont considéré cette loi "bavarde" mais sans effet. Et pour cause, elle ne s'appuyait sur aucun jugement de quelque cour pénale que ce soit.
** Le bombardement chimique de la ville kurde d'Halabja par l'armée irakienne a fait 5.000 morts et 10.000 blessés en quelques heures le 16 mars 1988.
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