Performance : Performance Day by Emilio Fantin & Sophie Lapalu
Dimanche 17 octobre
Performance day
Emilio Fantin et Sophie Lapalu
Texte - Randolph St Cosmo
Performance Day d’Emilio Fantin présente plusieurs particularités : il s’agit d’abord d’une performance collective élaborée dans le cadre d’un atelier de quatre jours avec un groupe de participants volontaires, sans critère de sélection distinctif (tous âges, amateurs et artistes professionnels). C’est ensuite une performance qui repose sur un dispositif alimenté par les notions de participation et de compétitivité (sur le plan artistique, terme plutôt rare dans la discipline performative -> Oui, mais à la fois, il y a quelque chose de cet ordre qui sous-tend la notion de performance !). Au risque de froisser certaines personnes, Performance Day est en fait un tournoi de performances à élimination directe, où les participants s’affrontent un à un à travers les performances qu’ils ont élaborés collectivement lors des ateliers avec l’artiste. Le public à un rôle actif car il est jury du tournoi. Le vote repose sur le volume sonore émit par ce dernier à la fin de chaque présentation. Le concurrent qui remporte un challenge est celui pour lequel le public aura fait le plus de bruit. Une seule contrainte pour les concurrents : la durée des performances ne doit pas excéder une minute.
Dans cette parodie de jeu de plateau télévisé, le public est accueilli cette fois-ci à Anis Gras le lieu de l’autre, ancienne distillerie du XIXème siècle et lieu de création contemporaine situé à Arcueil. Emilio Fantin supervise le déroulement des matchs sur scène, assisté de Sophie Lapalu qui prend le rôle de présentatrice. Neuf concurrents s’affrontent au cours de ce tournoi. Après l’introduction au règlement, Sophie tirera systématiquement au hasard deux challengers qui se défieront simultanément. Chaque match démarre et se termine par un son de gong. Le premier match oppose deux jeunes filles : Tania Elisabeth avec Classique Indie et Anne-Charlotte Bellini avec Appel. La première combine un phrasé onomatopéique avec une chorégraphie bondissante ; la seconde invisible au départ, surgit de derrière un rideau après avoir élevé sa voix d’opéra soprano graduellement, répétant maintes fois « Où es-tu ? Où es-tu ? ». La seconde l’emportera suite au tumulte du public. Le second match oppose deux jeunes hommes : Audrey avec Toutes les routes mènent à et Xiuhcoatl avec A Broken Scooter Can Sing a Little. Le premier est vêtu de blanc, porte des bottes de femme noires à talons, un masque de protection respiratoire et concocte un milkshake à la banane qu’il sert au public en un temps record ; le second, masqué à la manière d’un catcheur de lucha libre, pénètre l’arène en scooter et repique le son du moteur à travers un dispositif sonore sophistiqué (pédales d’effets en série) et l’emporte haut la main. La troisième rencontre voit la victoire écrasante de Luce Masano avec Restaurant (une très jeune fille équipé d’un poireau récitant un texte vindicatif à l’encontre du chef cuisinier français Gusteau) sur José Masano avec Stratégie domestique n°1 (l’homme s’enveloppe le visage puis le corps d’un plastique ménager), et Alexandro Boignot avec Le feu (debout face au public en position christique, le jeune homme fait couler un liquide vert de sa bouche le long de son corps). Viennent ensuite Franck Moret avec Performance n°1 (un joueur de gong) et Le théâtre de l’Enchantier (un binôme) avec Poupée n°1 (deux performers, un garçon et une fille, au sol deux espaces carrés délimités, racontant le début d’une relation entre deux êtres aux attitudes étranges).
Deuxième tour pour les concurrents qualifiés : Anne Charlotte accompagnée de Franck au saxophone entame un dialogue vocal/instrumental improvisé ; face à eux Luce Masano revient avec une nouvelle récitation orale relatant les déboires d’une princesse. Cette dernière remportera la victoire. Face à Xiuhcoatl et son scooter amplifié, c’est le Théâtre de l’Enchantier qui trouvera victoire (Poupée n°2 donnant suite à leur performance précédente). En final nous retrouvons logiquement Luce avec un nouveau texte (Trésor, feu, poison) et à nouveau le Théâtre de l’Enchantier (Poupée n°3 suite et fin). Gagnant du tournoi : le Théâtre de l’Enchantier. Ceux-ci se verront ainsi remettre un lot de cadeaux en guise de trophée.
Dans le cadre de cette proposition artistique, ce que l’on nomme performance peut aussi bien prendre la forme d’un geste artistique que d’un geste acrobatique, quotidien ou domestique, d’une invention, d’un mot, d’une peinture, d’une sculpture, d’une chanson. Les recherches de l’artiste portent principalement sur la dématérialisation de l’art et sur l’idée d’organisme dans les expériences collectives. Ici, Emilio Fantin fait muter la notion de performance, elle devient son inverse (un jeu, compétitif, éliminatoire et hiérarchisant donc excluant – gagnant/perdant) et offre à voir, en effectuant un authentique pied de nez à la discipline, sa réappropriation totale, arbitraire et vidé de son sens par le public. Celui-ci devient spectateur, l’artiste et son assistante : présentateurs, le performer : un pantin voué aux décisions et aux émotions primaires de ces derniers (public et arbitres – qui décident subjectivement du nombre de décibels enregistrés à la fin de chaque match). L’artiste pose la question de la définition même de la performance, ainsi que des conséquences de l’intervention du public dans le cadre de celle-ci. Au creux de son jeu se cache l’idée de responsabilisation des spectateurs face à l’œuvre, mais aussi – et surtout – le partage par-delà la compétition.














