Les Chroniques de Livaï #380 ~ LE CAPORAL-CHEF (août 845) Claus Emmerich
L'histoire de Livaï comme vous ne l'avez jamais lue. Le personnage le plus populaire de L'Attaque des Titans, le soldat le plus fort de l'humanité… Qui est-il vraiment ? Qu'a-t-il dans le coeur ? Qu'est-ce qui a fait de lui ce qu'il est ? Je me suis mise en devoir de répondre à ces questions en vous livrant ma propre vision de sa vie, de ses pensées, des épreuves qu'il a traversées, ainsi que celles des personnes qui l'ont côtoyé, aimé, admiré, craint, détesté. Si j'essaie le plus possible de respecter le canon, quelques libertés seront prises sur les aspects de sa vie les plus flous. Quelques personnages seront également de mon invention. Livaï, un homme que l'on croit invincible et inatteignable… Est-ce bien sûr ? Jugez-en par vous-mêmes.
Je m'abaisse vers le sol une ultime fois avant de m'allonger de tout mon long en soufflant. Je fais des pompes depuis au moins quinze minutes et je me sens agréablement vidé de mon énergie. J'aime cette fatigue, quand mon corps me dit stop après avoir sué toute son eau.
Je me dirige vers mon coin, dans la salle d'entraînement, sous les halètements laborieux de mes camarades, et attrape ma gourde. Je la vide presque d'un trait et je sens que ma peau et mes muscles s'hydratent de nouveau. Je suis quitte pour une longue douche, et j'ai intérêt à me dépêcher si je veux pas me retrouver à faire la queue.
Schültz fait des abdos au sol juste à côté tandis que Gin lui tient les chevilles. Ils sont toujours ensemble ces deux-là. Je suis venu ici en premier lieu parce qu'ils étaient là et je voulais les avoir à l'oeil. Maintenant qu'il me paraît évident que Livaï les lorgne, j'ai tout intérêt à me tenir au courant. Je voulais les impressionner aussi un peu, j'avoue. Gin m'a pas lâché des yeux pendant ma série de pompes. Quand j'ai commencé à les faire sur les deux doigts de ma main droite, les yeux lui sortaient de la tête.
Faut dire que j'ai pris beaucoup de muscles ces derniers temps. J'essaie d'aller manger en ville afin de ne pas manquer de viande de bonne qualité et tenir la forme. Ma mère me fait aussi la cuisine de temps en temps. J'essaie de ne louper aucun entraînement, mais je peux pas être à la fois derrière ses deux-là et sur les talons de LivaÏ. J'ai arrêté de le harceler concernant son escouade, j'attends de voir venir. Et puis... on m'a fait une proposition il y a deux jours qui me bouscule un peu.
Il y a une quatrième escouade à former et le major en personne m'a convoqué pour me demander si ça m'intéressait. La chef Hanji Zoe hochait la tête frénétiquement à côté de lui pour m'y encourager. Je me suis souvenu qu'elle avait promis d'appuyer ma candidature, elle a tenu parole. Mais je ne sais pas. Cette perspective aurait dû me remplir de fierté, mais j'ai d'autres projets maintenant... Bah, si Livaï me recale, j'ai toujours ce plan de secours pour prendre du grade.
Je sens un filet de sueur me couler le long du dos et je m'apprête à sortir de la salle d'exercice, mes affaires dans les bras, quand je percute presque quelqu'un qui se pousse in extremis de mon chemin. Je baisse les yeux et le regard d'acier de Livaï me fusille mais sans grande colère. Il doit avoir l'habitude de se faire rentrer dedans, même si je préfère éviter que ce soit moi.
Il se pince le nez de dégoût et me demande avec une voix altérée si je suis tombé dans un tas d'ordures. Euh, non, j'ai juste fait des exercices. Vous avez vraiment un problème avec moi ou c'est juste pour être désagréable ? J'allais me laver justement, donc si vous voulez bien me laisser...
Il se place devant moi, les bras croisés, et m'annonce qu'il veut me voir, avec les deux autres. Je sais de qui il parle, et il sait que je sais. Il ne lui a pas échappé que je les épie. Je hausse les épaules et demande si je peux au moins aller me doucher avant, mais il répond que c'est la peine et qu'on risque de suer encore un peu. Merde, qu'est-ce qu'il nous réserve cette fois ?
Pas très rassuré, je me tourne vers mes deux camarades et m'agenouille devant eux. Je les informe sur un ton bas que Livaï veut nous voir et qu'apparemment, ça risque de barder. Je les vois déglutir en se regardant, mais ils se lèvent, aussi suant que moi, et sortent de la pièce sous les yeux ébahis des autres qui doivent se demander ce qui nous attend. Pour certains, on doit avoir l'air de condamnés à mort.
Livaï nous fait parcourir des couloirs encombrés de soldats en uniformes impeccables, et je me contorsionne pour pas les toucher ; avec ma transpiration abondante, j'ai pas envie de me faire engueuler par une fille tatillonne. J'en vois qui se bouchent le nez sur notre passage, et ça me donne envie de casser des gueules. Ca vous arrive jamais de suer un peu, bande de nazes !? C'est vrai, à part picoler et jouer aux cartes, on se demande à quoi vous servez !
Enfin, nous arrivons dans les dortoirs. Ils sont vides à cette heure et Livaï a choisi cet endroit pour sa tranquillité. Il va nous passer un savon, on a fait quoi ? Je me pose encore cette question quand une autre éventualité me traverse l'esprit. Il va... oui, il va peut-être...
Schültz et Gin en mènent pas large et s'évertuent à rester au garde à vous devant lui comme s'il était le major. Relax, Livaï n'aime pas qu'on en fasse des tonnes, vous pouvez vous détendre. Livaï s'appuie nonchalamment au montant d'un lit - ce type d'attitude est assez inhabituel chez lui - et nous annonce enfin la couleur. Le major a donné son accord pour la formation de sa nouvelle escouade, celle des opérations tactiques. Il lui faut quatre membres et il pense que nous sommes qualifiés pour ce rôle. Mais comme c'est une mission très dangereuse qui demande à être placé en première ligne, il a tenu à d'abord nous demander notre avis.
J'y crois pas, c'est vrai ?! Je cache difficilement ma joie ! Au diable ce poste de chef d'escouade ! Ce boulot me paraît plus dans mes cordes ! Même si je dois supporter ce supérieur tous les jours ! Je lâche un "oui !" tonitruant et mes deux camarades me regardent de travers. Ils savent pas ce que j'ai subi pour en arriver là ! Cette cour était si grande, et si crade ! Bon sang, je l'ai bien mérité, non !?
Livaï m'indique de me calmer d'un simple coup d'oeil et j'attends la réaction des deux autres. Le choc est rude sans doute, ils s'y attendaient pas du tout ; ou alors juste un peu. Ils doivent se demander ce qui leur a valu d'être choisis, et moi-même il m'arrive de m'interroger. Enfin, il doit avoir ses raisons. Je m'en fous, je peux travailler avec n'importe qui ! Je les imagine pas refuser, c'est la chance de leur vie à eux aussi !
Ils s'avancent enfin, le poing sur la poitrine, et annoncent que ce serait un honneur de servir sous les ordres du meilleur soldat de l'armée humaine. Ils ont le sens de la formule... Livaï acquiesce et annonce que c'est donc entendu. Leur nouveau statut sera mis à jour dès que l'annonce aura été faite au major. Je souffle profondément ; enfin, quelque chose de vraiment excitant arrive dans le bataillon ! Je commençais à m'ennuyer ! J'ai hâte de commencer l'entraînement de l'élite ! Livaï doit avoir des projets dans ce sens !
Il précise également qu'on lui a attribué un nouveau rang, un grade spécial, et qu'on doit se mettre d'accord sur une façon de l'appeler. Il nous annonce qu'il est caporal, mais qu'on peut aussi l'appeler seulement chef, ça lui va très bien. Hmm, et pourquoi pas les deux ? Caporal-chef, ça sonne bien. Erd et Gunther semblent approuver et Livaï se plie à notre choix. Ce sera caporal-chef Livaï alors. Parfait ! Bon, et maintenant, je peux aller me laver. Ma propre odeur commence à m'incommoder...
Il agite le doigt en signe d'interdiction et nous commande de rester là. Ah, il va nous mettre à l'entraînement tout de suite. Je suis un peu à plat mais je peux encore donner. Qu'est-ce qu'on doit...?
Il s'écarte du lit et dévoile à nos yeux un assortiment de balais, serpillères, époussettes, torchons et autres accessoires de ménage. Je manque m'évanouir... Non, pas encore ! Je vais devenir dingue !
Erd me rattrape de justesse et je m'en veux d'avoir montré cette faiblesse. Mec, tu sais pas ce que c'est, le caporal-chef va nous harceler avec ça, c'est sûr ! Livaï nous annonce que c'est le test d'entrée dans son escouade. Si on est pas capable de garder le dortoir propre, on sera bons à rien par ailleurs. Ouf, donc je suis exempté ? J'ai tout donné l'autre jour, ça devrait suffire, non ?
Il lâche un "tcchh" et rétorque que comme je suis si bon en ménage, je vais montrer à mes camarades comment s'y prendre. On doit aussi faire les lits au carré, les draps sont dans la pièce d'à côté, tout propre et frais. Il nous abandonnent ainsi à notre triste sort en précisant qu'il revient dans trois heures, et sera intraitable sur les détails.
Je crois qu'après ça, la seule vue d'un balai risque de me faire faire des cauchemars...
















