La porte du placard grinça ; de l’obscurité émergèrent les stries du mur et les marches supérieures de l’escalier de pierre. Une odeur de moisissure alcoolisée chatouilla les narines de Vahram qui fut sur le point d’éternuer. Il alluma la bougie et remit la boîte d’allumettes dans sa poche. « Aide-moi, saint Georges, Patron des Chevaliers ! Je te jure que je brûlerai pour toi le cierge rose auquel je tiens tant. » Aucun souffle ne venait du souterrain. La flamme de la bougie s’inclinait à peine en arrière. Mais les lourdes ténèbres cédaient peu à peu. Vahram détourna la tête. Son ombre couvrait l’escalier. Combien de marches franchit-il ? Vingt, trente ? Il pénétra dans une vaste salle, dont il ne pouvait deviner les limites. Çà et là des formes imprécises. À terre des amas indéfinissables, des bancs encastrés dans les murs, des renfoncements surmontés d’une ogive. Dans le fond, un tas de paille jetait des lueurs d’or pâle. A gauche de l’escalier, une petite porte. Elle n’était pas fermée. Quelle chance ! Vahram l’ouvrit : elle donnait sur un placard. Un énorme scorpion aux reflets d’ambre, à l’aiguillon crochu et dangereusement arqué, courut vers Vahram. Était-ce le gardien du placard ? A coups de bâton Vahram en fit une bouillie visqueuse. Puis, méfiant, il promena la bougie devant le placard. Des cahiers, des paquets ficelés, des volumes énormes, des rouleaux de parchemins garnissaient les étagères, de haut en bas. Il s’empara du volume le plus grand, s’assit sur la dernière marche, fixa la bougie dans un trou entre les dalles usées de l’escalier. Le livre, très lourd, était en parchemin. Des miniatures ornaient chaque page. Vahram tomba en arrêt devant un portrait de chevalier. Du casque et de l’armure rayonnait une lumière verte. Les yeux immenses, couleur d’améthyste, lançaient des éclairs sous la visière relevée, tandis qu’un panache rouge-sang, victorieux, surmontait la crête acérée du cimier.
Extrait de Le Vanetsi de Victor Gardon, éditions Stock











