24 octobre 1916 -- Empire ottoman :Cilicie. La Légion d’Orient servait tant les intérêts français que la cause arménienne. En premier lieu, les rescapés du Djébel Moussa voulaient démontrer leur reconnaissance pour leur sauvetage en s’engageant sous le drapeau français. Sur un plan strictement politique, Boghos Nubar pacha eut plusieurs entrevues avec François Georges-Picot, détaché à l’ambassade de France à Londres. Au cours du premier entretien qui eut lieu le 24 octobre 1916, il lui fut déclaré qu’une convention avait été passée entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie, au sujet du démembrement éventuel de l’Empire ottoman. Il s’agissait de l’accord Sykes-Picot, du nom des négociateurs respectifs de l’Angleterre et de la France, signé les 9 et 16 mai 1916, auquel la Russie et l’Italie donnèrent ultérieurement leur approbation. En vertu de cette convention, la France devait recevoir la Syrie, et les vilayets de Diarbékir, de Kharpout et d’Adana. Au cours de cette entrevue et de la suivante survenue le 27 octobre, il fut question des volontaires arméniens. Georges-Picot fit part du désir de son gouvernement de voir les Arméniens prendre une part active à la guerre, en fournissant des recrues pour la Légion d’Orient, qui allait être organisée prochainement. Le diplomate français mit en exergue les titres et la bienveillance de la France et de la Grande-Bretagne qui en résulteraient pour l’Arménie. En échange du concours arménien, Georges-Picot s’engagea à prendre les précautions nécessaires pour ne pas susciter de vengeances turques sur les quelques Arméniens encore présents en Turquie, et promit, d’autre part, que les aspirations nationales arméniennes seraient satisfaites, c’est-à-dire que les trois vilayets méridionaux dévolus à la France recevraient une autonomie distincte et séparée de la Syrie.