Ketsia Mutombo, membre cofondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement répond aux questions du Bonbon : -Comment s’est créé le collectif ? On l’a fondé en 2015. On était une quinzaine de féministes. Le déclencheur a été un compte qui diffusait des photos de jeunes filles nues qui pour certaines n’avaient que 13 ans. Malgré nos signalements, rien ne changeait. C’était vraiment choquant, les filles étaient parfois identifiées avec leurs noms ou leurs adresses. On a décidé de créer le collectif. En janvier 2016, on a lancé une campagne de sensibilisation sur Twitter autour du hashtag #TwitterAgainstWomen. L’idée c’était de montrer qu’il y a avait beaucoup de violences, de discriminations et de sexisme envers les femmes sur les réseaux, sans qu’il y ait un réel travail de modération.
-Quel impact cette campagne a-t-elle eu ? Des femmes sont venues pour nous parler de cyber-harcèlement. Un des premiers messages était celui d’une jeune femme qui ne savait pas si le fait que son ex ait couché avec elle alors qu’elle était en train de "décuver", à moitié endormie après une cuite, représentait un viol. Ça m’a marquée. De 13 à 35 ans, les femmes nous racontent les violences sur le web. Il y a une vraie violence envers les femmes qui s’est déployée numériquement avec de nombreux moyens. Il y a les SMS mais aussi les réseaux sociaux.
-Comment agissez-vous contre ces cyber-harcèlements ? Tout d’abord on relaye un contenu féministe sur Twitter, Facebook et Instagram. Ça permet une vulgarisation du propos féministe et finalement de faire évoluer les choses petit à petit. Il y a un an, un garçon qui diffusait des photos nues de ses conquêtes pouvait passer aux yeux de certains pour un beau gosse, il gagnait des abonnements même. Aujourd’hui, il y a une certaine indignation. On essaye aussi d’être une première oreille bienveillante. Beaucoup de femmes nous parlent d’hommes qui leur font du chantage en menaçant de mettre sur le web des photos ou des vidéos de leur ébats sexuels si elles ne se remettent pas avec. Déjà, il faut leur dire qu’elles sont victimes. Ensuite les soutenir juridiquement si elles le souhaitent. Parfois elles en parlent aux forces de l’ordre et on leur répond : « c’est pas grave, tu n’as qu'à te déconnecter du site ou dire que ce n’est pas toi en photo. » C’est violent. On peut donc leur partager des textes de lois, les renvoyer vers des contacts juridiques ou médicaux. L’accompagnement psychologique est très important, la plupart des femmes qui ont vécu un cyber-harcèlement sexuel nous font part de leur envie de se suicider, elles ont parfois des troubles alimentaires, s’automutilent.
-Quelles actions reste-t-il à mener ? Il faudrait que les équipes de modérateurs soient correctement formées aux questions de discrimination et d’oppression et surtout qu’elles soient plus nombreuses. Et il faut surtout que les modérations pour les cas de cyberviolences soient tout autant effectives que pour tout ce qui est propriété intellectuelle, droits d’auteur, etc.















