La Grande enquĂȘte nationale sur les cyberviolences sexistes et sexuelles : premiers rĂ©sultats
Les associations FĂ©ministes contre le cyberharcĂšlement, Point de Contact et #StopFisha dĂ©voilent les premiers rĂ©sultats de la Grande EnquĂȘte sur les cyberviolences sexistes et sexuelles. Entre le 3 juin et le 3 aoĂ»t 2025, 2136 personnes ont rĂ©pondu Ă un questionnaire inĂ©dit et dâampleur nationale visant Ă mieux comprendre et documenter les rĂ©alitĂ©s, les mĂ©canismes et les impacts des violences sexistes et sexuelles en ligne. Conscientes de lâurgence Ă agir face Ă la multiplication de ces violences, les trois associations rĂ©vĂšlent aujourdâhui en avant-premiĂšre une partie des donnĂ©es rĂ©coltĂ©es.Â
Les premiers chiffres qui doivent interpeller :Â
82% des rĂ©pondant·es victimes de cyberviolences sexistes ou sexuelles sont des femmes ou des filles.Â
55% des victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles étaient mineures au moment des violences.
85% des agresseurs dont lâidentitĂ© est connue par les victimes sont des hommes ou des garçons.Â
Plus dâune victime sur 4 a subi une diffusion non consentie dâimages sexuelles ou intimes. Le phĂ©nomĂšne touche particuliĂšrement les plus jeunes : plus dâun tiers des victimes mineures sont concernĂ©es.Â
Les messageries privĂ©es sont les canaux privilĂ©giĂ©s (66%) de la diffusion non consentie dâimages intimes, devant les rĂ©seaux sociaux (30%).Â
52% des victimes rendent compte de cyberviolences subies dans le contexte dâune relation amoureuse ou de couple.Â
12% des victimes de cyberviolences sexistes ou sexuelles ont portĂ© plainte.Â
Ces donnĂ©es confirment la dimension profondĂ©ment genrĂ©e des violences en ligne. Les dynamiques dâagression observĂ©es hors ligne se prolongent dans les espaces numĂ©riques, rĂ©vĂ©lant une continuitĂ© dans les rapports de domination et les stratĂ©gies de contrĂŽle. On y redĂ©couvre que le couple constitue aussi un lieu dâexposition Ă la violence : confiance initiale, intimitĂ© partagĂ©e et proximitĂ© Ă©motionnelle peuvent ainsi ĂȘtre dĂ©tournĂ©es en moyens de pression.Â
Ces rĂ©sultats appellent Ă©galement Ă une protection renforcĂ©e des mineurs qui, de par leur particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ©, sont plus exposĂ©s aux violences numĂ©riques, alors quâils sont ceux qui rapportent le moins ces faits. Ces chiffres permettent enfin de rendre visible les stratĂ©gies des agresseurs, notamment quant aux lieux de rencontre de leur victime mais Ă©galement au sujet des lieux de commission des violences : les messageries, parfois structurĂ©es en larges groupes de discussion, facilitent des diffusions rapides et difficiles Ă contrĂŽler, tandis que les rĂ©seaux sociaux rendent lâexposition durable, visible et potentiellement virale.Â
Lâensemble des donnĂ©es rĂ©coltĂ©es et les analyses qui en dĂ©coulent â sociologiques, juridiques, techniques et politiques â feront lâobjet dâun rapport inter-associatif dont la publication est attendue au premier trimestre 2026.Â
« Les chiffres de lâenquĂȘte montrent que les cyberviolences sâinscrivent dans un continuum de violences de genre et que leurs consĂ©quences sur la vie et la santĂ© des victimes en font une vĂ©ritable urgence de santĂ© publique qui appelle une rĂ©ponse immĂ©diate et ambitieuse des pouvoirs publics, Ă divers niveaux et dans une perspective fĂ©ministe, depuis la prise en charge des victimes jusquâĂ lâĂ©ducation au numĂ©rique dĂšs le plus jeune Ăąge en passant par la responsabilisation des plateformes. »Â
â Laure Salmona, FĂ©ministes contre le cyberharcĂšlementÂ
« Ce travail dâenquĂȘte, renforcĂ© par une participation massive et volontaire de la sociĂ©tĂ© civile, vient corroborer toute lâexpĂ©rience acquise par nos associations au fil des ans. Les victimes se multiplient et les tendances sâaffirment sans pour autant que le nĂ©cessaire soit fait, ni en amont, ni en aval. Plus de la moitiĂ© des rĂ©pondants ne sâestiment pas suffisamment informĂ©s sur le sujet et des structures comme les signaleurs de confiance se heurtent souvent Ă des plateformes peu coopĂ©ratives, il faut que cela change. »Â
â Yann Lescop, Point de ContactÂ
« LâĂ©tude des cyberviolences sexuelles dans cette enquĂȘte prouve le caractĂšre systĂ©mique et la reproduction de discriminations prĂ©existantes au numĂ©rique. Elles reprĂ©sentent des formes concrĂštes de violences participant Ă la continuitĂ© de la culture du viol et des dominations.Â
Il est absolument nĂ©cessaire de ne pas seulement combattre ces violences mais Ă©galement de sâatteler Ă rendre transversale la diffusion dâune culture du consentement dans la vie physique et numĂ©rique. Si lâon ne montre pas les bonnes pratiques, on continue seulement de pointer du doigt et punir sans proposer un autre narratif possible. »Â
â Laura Pereira Diogo, #StopFishaÂ
FĂ©ministes contre le cyberharcĂšlement est une organisation fĂ©ministe intersectionnelle fondĂ©e en janvier 2016. Elle a pour vocation de lutter contre les violences exercĂ©es Ă lâencontre des femmes, des filles et des personnes LGBTIQ+ par le biais des outils et technologies numĂ©riques. Les missions de lâassociation sont lâinformation et la sensibilisation des publics, la formation des professionnel·les, la recherche et le plaidoyer.Â
Point de Contact est une association de lutte contre les cyberviolences qui bĂ©nĂ©ficie du statut de signaleur de confiance. Elle permet en ce sens aux victimes et aux tĂ©moins de lui signaler des contenus ou des comportements malveillants et collabore Ă©troitement avec les autoritĂ©s et les plateformes numĂ©riques pour en obtenir le retrait. Lâassociation mĂšne Ă©galement des actions de formation, de sensibilisation et de plaidoyer Ă lâattention des jeunes, des professionnels, des entreprises et des pouvoirs publics.Â
#StopFisha est une association fĂ©ministe de lutte contre les cyberviolences sexuelles et Ă caractĂšre discriminatoire. Les actions principales consistent en lâaide Ă la suppression de contenus haineux en ligne, Ă lâaccompagnement de victimes et tĂ©moins ainsi quâau plaidoyer et Ă la sensibilisation tout public aux multiples enjeux.Â
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