"Je crains l'Ordre, tel que le conçoivent les pions de l'esprit de rigueur mal entendu? - qui n'ont pas fini de m'agacer - comme je crains le ciel trop bleu, la mer trop calme et l'amour sans disputes. [...] J'ai vu l'ordre en rêve sous la forme d'un jeu de carte neuf : il ne signifiait rien. Il était pur comme le cerveau d'un nouveau-né. L'ordre, cest l'orange fermée, le sommeil de la vierge, le silence des grands fonds, le cœur inutile. Des poches en ordre, ce sont des poches vides. Une maison en ordre, c'est une maison où l'on aperçoit des fantômes assis en rond et devisant de morale dans le grand salon, c'est une cuisine sans mouvement et sans odeurs. L'ordre est un réseau de chemin de fer : les trains d'idées, les trains de sentiments, les trains d' inclinations y circulent toujours aux mêmes heures, précis, beurrés d'élégance conventionnelle. Quand ma chambre est en ordre, je la quitte. Quand mes amours sont en ordre, je m'en détourne. L' ordre, c'est le salon d'attente d'un dentiste, pièce époussetée, tristement coquette, impersonnelle et silencieuse, et dans laquelle on s'apercevrait soudain qu'on ne souffre plus. Et l'on resterait là, inutile dans un cadre inutile, indéfiniment... On serait un des chaînons de l'ordre. On prendrait place dans la durée correcte et classique... [...]"