Le Parchemin Maudit : 5 questions à Sonia Pelletier-Gautier
L’auteur :
Sonia Pelletier-Gautier est une romancière et historienne française. Professeur d’histoire et de géographie, elle est l’auteur de plusieurs romans historiques dont Rome 1215 et Le Parchemin Maudit, premier volume d’une série d’enquêtes menées par Gérard Machet, conseiller du roi Charles VII.
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1) Le Parchemin Maudit plonge le lecteur dans les années 1440. Pourquoi avoir choisi d’ancrer votre intrigue dans cette époque ? Avez-vous une affection particulière pour cette période de l’Histoire ?
D’abord, il me tenait à cœur de développer les relations du binôme Machet-Charles VII, déjà en place dans ma seconde trilogie (”Pierre ou le souffle d’une vie”, 2010).
Ensuite, mes travaux de recherches à l’Université de Strasbourg sous la férule du professeur Francis Rapp portaient principalement sur cette période, dont j’apprécie la richesse et la diversité ; en outre, elle offre l’intérêt de se situer à la charnière de deux époques, au lieu d’émergence de l’Humanisme.
2) Quelles sont vos sources d’inspiration ? S’agit-il d’une pure fiction ou vous êtes-vous inspirée de certaines recherches ou de certains faits historiques, pour construire votre intrigue et vos personnages ?
Quand j’écris un roman, je m’impose deux exigences : d’une part, la rigueur historique, c’est-à-dire le respect strict du corpus de connaissance disponible ; d’autre part, la cohérence de la fiction, c’est à dire la vraisemblance entre données historiques et situations imaginées. Longtemps, l’historienne a voulu imposer son éthique de spécialiste à la romancière, quitte à brider son imagination, mais ce conflit s'apaise. Je cherche à proposer une narration à la fois fluide et bien documentée, pour permettre au lecteur de plonger dans un monde passé dont il ignore souvent les subtilités : redonner vie à Gérard Machet, Charles VII et Jean Fouquet, pour ne citer qu'eux, donne une âme à une époque révolue qu'on a trop tendance à juger trop lointaine, inabordable, voire définitivement morte. L'histoire est ellipse : les complots d'hier ressemblent à ceux d'aujourd'hui ; les désirs, les préoccupations, les plaisirs, les peurs et les souffrances des victimes, des bourreaux, des politiques du XVème siècle ressemblent terriblement aux nôtres par leurs causes et leurs conséquences ! Le cadre et les méthodes changent, les mentalités diffèrent, mais le fond reste semblable. Mon inspiration trouve sa source tant dans les préoccupations contemporaines que dans les faits du passé. Retracer l'ambiance d'une cour royale ou les disputes doctrinales des professeurs d'université trouve nécessairement écho dans la vie d'aujourd'hui. Dans Le parchemin maudit, le fond historique est avéré : l'enquête se déroule en 1441 et débute avec l'entrée triomphale du roi à Paris, accompagné notamment de son confesseur Machet. Celui-ci est également évêque de Castres et professeur de théologie à l'université de Paris, bien que son activité pédagogique souffre de ses fonctions prenantes auprès de Charles VII. Le contexte politique est décrit dans sa réalité, de même que la dispute des enseignants à propos de pédagogie. Mes personnages peuvent alors trouver leur place sur cet échiquier et la fiction peut commencer. Comme dans tout roman, c'est elle qui mène le jeu, tout en respectant les contraintes historiques.
3) Des figures historiques comme Gérard Machet et Charles VII semblent prendre sous votre plume des traits de caractère propre à des personnages de fiction : quelles libertés avez-vous pris dans la description et la caractérisation de ceux-ci ? Quelle est la part de véracité historique, en ce qui les concerne ?
Le chartiste Pierre Santoni est le grand spécialiste de Machet et il lui a consacré une thèse en 1969. Ses travaux méticuleux (comme le sont généralement les productions de l'école des Chartes) révèlent aux curieux la vérité historique de ce personnage trop peu connu. Mon roman s'inspire de ces recherches mais, s'adressant à un public non forcément averti, se veut plus ludique. J'ai procédé en deux étapes. En premier lieu, c'est l'historienne qui dresse le portrait du personnage en se référant aux archives disponibles et c'est ainsi que Machet apparaît consciencieux, plutôt exigeant moralement (même s'il pratique le népotisme, répandu et admis à son époque) et soucieux de bien vivre ; parallèlement, il faut dresser consciencieusement la toile de fond, le contexte, la description des lieux, la façon de penser des acteurs et il faut, pour ce faire, une longue expérience et des méthodes de travail rigoureuses. En second lieu, c'est la romancière qui prend le relais : à partir de ces données objectives, elle approfondit les caractères à peine esquissés jusqu'alors, puis elle leur donne chair en lui conférant des traits physiques, des affinités et des réflexions que l'histoire ne peut donner. C'est dans cet espace que la fiction s’enrichit.
4) Il s’agit là de la première investigation de Gérard Machet. Pour vous, est-il comme le Hercule Poirot d’Agatha Christie ou le Jean-Baptiste Adamsberg de Fred Vargas, un personnage appelé à mener l’enquête de façon récurrente ?
Dès le départ, l’idée d’une série s’est imposée. Le personnage de Machet s’y prête remarquablement bien. Sa triple fonction de confesseur du roi, d’évêque de Castres et de docteur en théologie lui ouvre toutes les portes de la capitale : celle de la cour, celle de l’évêché et de son collège revêche, celle de l’université et de ses étudiants sur la rive gauche.
5) Si oui, avez-vous déjà en tête des idées de nouvelles enquêtes qu’il pourrait mener de front ?
J’ai déjà en tête la trame de cinq ou six romans potentiels. Je ne puis bien sûr en dire plus, mains certains personnages comme le peintre Fouquet et les étudiants Chap et Hugues devraient voir leur rôle se développer. Je pense aussi réserver une position plus étoffée aux conseillers de Charles VII tels que Pierre de Vaudetar, Étienne Chevalier et le célèbre Jacques Cœur...










