Alors voilà Papy, ma démarche est un peu égoïste. Je me sers de toi, voilà, je te le dis sans détour. Je me sers de toi pour écrire. Parce que je ne sais pas écrire sans adresse, je ne sais pas faire de tirade, non, je ne sais faire que des monologues.
Alors merci, merci de te prêter au jeu. En même temps tu ne peux pas vraiment faire autrement, t’es mort.
T’es mort et tu as laissé en moi une empreinte, une empreinte de quelque chose comme de la folie, quelque chose qui me bousille la vie, me retient là où les autres avancent.
Je me force un peu tu sais, ça n’est pas si naturel que ça de s’adresser à un mort. Surtout quand on ne l’a pas fait pendant quinze ans et que tout d’un coup on se dit “tiens, je sais à qui je vais m’adresser, à mon grand-père, parce qu’il est mort, et que moi j’aime bien écrire aux absents”.
Oui c’est vrai, j’aime bien écrire aux absents, c’est bien pratique les absents, parce que les absents, ça peut pas répondre. Eh oui, les absents ils ne sont pas là, ils ne sont plus là, alors on peut leur dire ce qu’on veut, ils ne répondront rien de toute façon. Liberté absolue. Adresse ambigüe. Je te parle et tu ne le sais pas. Je reste dans ma zone de confort mais je dis des trucs.
Au moins t’auras servi à ça papy, à libérer la parole.