Confinage S2J1 : Trop de coccinelles ne font pas le printemps
NDA : Au début du groupe on tenait un journal de tournée, plutôt du genre mouvant et bordélique. Et puis tout est allé de plus en plus vite, on s'est mis à écumer toutes les moyennes villes de France (dans un ordre plus alphabétique que géographique) et on a laissé le journal sur le bord de la route. Lors du premier Grand Confinement, on s'est dit que c'était l'occasion de le reprendre, ce journal. Une version immobile du carnet de route. Mais ni une ni deux, v'là les bourgeois parisiens échappés dans leur résidence secondaire qui se sont mis à partager leurs jardins, la beauté de l'aube et leurs nombreux désarrois esthétiques. Comme on avait trop peur de se faire confondre avec Leïla Slimani et Lou Doillon on a abandonné l'affaire. Aujourd'hui c'est le deuxième round et on s'est dit qu'on allait pas laisser l'écriture aux bourgeois, que tenir un journal c'est pas incompatible avec la conscience de classe. On va faire au mieux parce que vous nous manquez trop et qu'il y a trop de trucs à dire. Confinage Saison 2 Jour 1 J’ai senti un futur louche quand j’ai vu les coccinelles. Elles grouillaient sous la verrière, s’entassaient dans le salon, volaient partout dans la maison. Y en avait beaucoup trop, des coccinelles. Elles se comportaient comme des trucs qu’on tue d’habitude, des cafards, des mouches, des moustiques, des vers. Les coccinelles ça grouille pas d’habitude. D’habitude on dit oh regarde, une coccinelle ! Et on la prend sur le bout de son doigt et elle déplie ses petites ailes de bête à bon dieu et elle s’envole. Mais là y en avait tellement des bêtes à bon dieu que c’était un coup à se demander si le bon dieu avait pas pété un boulard. Une semaine après, bim, reconfinage. Lors du premier Grand Confinement, y avait un truc excitant, un peu rigolo. Comme si le prof de sport était malade mais à l’échelle d’une nation. La deuxième fois c’est pas pareil. On a l’impression d’être l’interrupteur avec lequel joue mon fils de 18 mois. Allumés. Eteints. Allumés. Eteints. Reste chez toi. Mais va travailler. Si c’est utile. Sinon tu restes chez toi. Achète au supermarché. Et toi ferme ton petit commerce. Fais des concerts chez toi. Gratuits. Annule ta tournée. Communique, reste présent faut pas qu’on t’oublie mais on veut pas te voir. Cache ton visage. Au fait, il protège pas, ton masque, mais cache ta tronche quand même, je me suis habitué à plus voir ta gueule. Les enfants aussi, masquez-les tous. Efface ce sourire il m’intéresse pas. Eloigne-toi de tes amis, j’aime pas quand tu te regroupes. Espèce d’inconscient, n’embrasse pas ta grand-mère c’est dégueulasse. N’invite personne chez toi reste seul. Tu peux sortir une heure. Mais va pas loin. Clic, clic, clic. T’as remarqué qu’à chaque fois qu’on nous confine il fait hyper beau et chaud ? Le confinement c’est une sorte de printemps aléatoire. Un printemps radieux et terrifiant. Un printemps perpétuel.












