DON'T BE AFRAID TO GET SOME PAINT UNDER YOUR FINGERNAILS
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Aujourd'hui, workshop d'initiation à l'art du pochoir urbain (stencil) avec MORRAN BEN LAHCEN, street artist marocain qui pixellise de toutes les couleurs les murs de béton gris. Organisé par le Studio IWA et accueilli par l'usine Mafoder, route d'El Jadida.
Il est 13h, j’attrape un taxi sur l'avenue 2 Mars. Sous la pluie battante, à travers le pare-brise embué, le chauffeur, Mustapha, évite les mobylettes et les chiens mouillés. Il allume un pétard et me parle de la jeunesse qui passe et ne revient jamais. « Tu sais, le haschich, ça te bouscule le cerveau, mais juste comme il faut. Tiens, kmi, kmi, pour les gens au cœur pur, il n'y a rien de meilleur. À part l'amour peut-être. »
40 minutes, quelques fou rires et plusieurs envolées métaphysiques plus tard, nous arrivons à l'usine Mafoder, perdue au milieu de nul part, les murs éclaboussés de graffitis.
Studio IWA
Iwa, en darrija, ça veut dire « et alors ? ». Et alors, maintenant, au Maroc ? Et alors, maintenant, au Maroc, il faut ouvrir grand les yeux et l'âme, avoir de la peinture sous les ongles, apprendre à conjuguer les balbutiements et les grands talents, aller à 100 à l'heure, aussi vite et aussi fort que le vent artistique qui souffle dans les ruelles du Royaume. Et c'est précisément le défi que le Studio IWA se propose d'accompagner, doucement, intensément. « Incubateur culturel », il produit, programme, et diffuse les projets artistiques et culturels, locaux et émergents. Et en ce dimanche de novembre, il propose un workshop avec...
MORRAN BEN LAHCEN et DENIS
Morran, qu'on ne présente plus tant il s'est imposé sur la scène de l'art urbain au Maroc ces dernières années, épaulé par Denis, qui a délaissé les murs français pour les casouis, proposent aujourd'hui à une quinzaine de curieux une initiation au stencil. Le stencil, c'est-à-dire le pochoir, permet avec un cutter, du carton et quelques bombes de peinture de métamorphoser le paysage urbain à l'infini. Ils expliquent la démarche, font des démos, aident les doigts mal assurés à découper, scotcher, peindre. Les créations éclosent et illuminent les murs, mixtapes electro d'Adil Hiani à fond. La guérilla urbaine s'organise dans la bonne humeur et les aplats de couleur.
Usine MAFODER
Avec la Fabrique Culturelle, l'usine Mafoder s'impose comme un foyer de création et d'expression de la culture undergound casablancaise. Le proprio de l'usine, mécène salvateur, offre ses murs au talent d'une jeunesse en mal d'espaces d'expression. Et les bombes de peinture aussi, qui s'entassent dans la « chambre magique ». Une initiative qui résonne comme une bouffée d'oxygène sur des terres chérifiennes asphyxiées par une politique culturelle démissionnaire. L'art « sale » fait trembler le PJD (parti islamiste au pouvoir).
Et puis j'ai encore un milliard de trucs à vous raconter tant les échanges furent agréables et denses, les œuvres percutantes, les problématiques soulevées passionnantes... Mais je garde tout ça pour mon mémoire Le Street Art comme agitation politique au Maroc en maturation. En attendant, croquez un peu d'effervescence là : La Nayda casablancaise, atypique, bigarrée, caractérielle, extravagante : mythe ou réalité ?











