Le Balcon
Les fleurs du balcon étaient mortes. Des jours, des semaines que tu ne les arrosais plus. La terre était sèche. Les feuilles étaient rêches. Des jours, des semaines que tu ne les regardais plus. Le soleil n’y pouvait plus rien. C’est triste à en mourir quand le soleil n’y peut plus rien. Quand il a déjà trop fait. Quand la chaleur n’est plus amie. Quand la lumière n’est plus bénie. Tu aurais dû les chérir, tes fleurs. En faire des bouquets. Les offrir. Pas les laisser pourrir. Les faire sourire. C’est ce que tu sais faire de mieux. De toute façon. Laisser pourrir les choses. Tu laisses tout pourrir. Tu laisses tout mourir. Dehors, tout avait éclot, mais plus rien ne poussait sur ton balcon, sinon la désolation et la tristesse de l’abandon. Ta main était verte. La voilà molle. La voilà ternie. La voilà jaunie. Qu’est-ce que tu attendais ? Que pleuve une rivière ? Elle avait plu la rivière, au bord de tes yeux. Ça ne t’avait pas plu. Qu’avais-tu fait de toute cette eau ? Tu l’avais laissé couler. Tu t’y étais noyée. Mais tu n’en avais pas fait profiter, tes fleurs. Tu avais fané, avec elles. Si au moins tu étais partie, quelque part. Tu aurais eu une excuse. Mais tu étais restée là, sans rien faire. Tu n’avais même pas essayé, de rattraper les erreurs du passé. L’éléphant bleu en plastique tournait le dos à la vie. Il n’avait plus soif, à force d’avoir trop soif. C’est fini, maintenant. C’est trop tard, maintenant. Tout ira à la benne, maintenant. C’est plus la peine maintenant. Ça fait de la peine, maintenant. Pourtant. Il aurait fallu un sourire pour que tout refleurisse. Un simple sourire. Même tout petit. Même ridicule. Même un rictus. Même minuscule. Si seulement. Il y aurait des roses bleues accoudées à la balustrade et des lys blancs qui courent sur la palissade. Il y aurait des tulipes mauves pleins les bacs et des marguerites rouges dans les sauts. Il y aurait des orchidées dorées qui sautillent dans les recoins et des feuilles de vignes orange qui descendent du ciel rose sur les murs ocre. Mais ce n’est pas ici. Le jardin coloré. Ici, c’est le cimetière des bourgeons. Des petits qui n’ont pas eu la chance de devenir grands. De la sagesse étouffée par son manque d’impertinence. De l’audace précocement aboli. Ici, c’est le cimetière de l’envie. Ce sera une autre fois, le printemps. Il est passé le printemps. Tu l’as raté, le printemps // Dédé ANYOH //














