On arrache le pansement
Lundi 31 mars
J'ai passé un bon week end. Je suis plutôt sereine pour le rendez-vous de ce soir, à 19h. Mon mari s'occupe des enfants pendant que je vais chez le médecin.
J'arrive dans la salle d'attente, il y a un peu de monde. J'ai un message sur mon répondeur. Je vais dans la partie extérieure de la salle d'attente, je l'écoute. Une maman cherche une place en urgence. Je lui réponds que j'en aurais bien une, mais avec mes deux accueillis et mon fils, prendre un troisième contrat serait trop pour moi. Mais si vraiment c'était compliqué, je pouvais aider quelques semaines. Je lui souhaite bonne chance dans ces recherches et je raccroche.
(J'avais vraiment confiance. Je croyais dur comme fer à un bon dénouement)
Je patiente encore un peu. Puis viens mon tour.
- Bonjour Fanny. - Bonjour !Je m'installe face à elle, comme à mon habitude, sur le siège de gauche. - Je ne vais pas passer par quatre chemins, tu as un cancer du sein. Elle est comme ça, cash et c'est justement ce que j'aime, pas de tergiversations, on enlève le pansement, pas de pincette. A quoi ça sert de toute façon ? Le résultat est le même. - Blabla, carcinome, bla, le plus fréquent, blablabla, bonne guérison, blabla, chirurgienne que je connais, blabla blabla...
Mes larmes coulent, mon cerveau entre en mode survie, je n'entends pas tout. Je comprends quand même qu'elle contacte une consœur chirurgienne en obstétrique et que le secrétariat va me contacter pour convenir d'un rendez-vous. D'accord. Elle me dit aussi qu'on a vécu pire. A ce moment précis, ce n'est pas mon impression. Elle a raison, avec le recul, le décès d'un enfant est une épreuve autrement plus violente. Mais à ce moment là, mon cerveau était en pleine noyade. Impossible de comparer. Elle prépare mon dossier, me met en ALD pour la Sécu, afin que le tiers-payant soit activé (24h en général), il suffira de mettre ma carte à jour. Elle me donne une ordonnance pour un anxiolytique, pour m'aider à encaisser la nouvelle. Il est trop tard pour aller à la pharmacie. Elle cherche un comprimé dans ses affaires. Elle n’en a pas. Alors elle va voir sa consœur. C’est bon, elle en a un. Elle revient et me le tend. Je le range dans mon portefeuille. Elle ne me fait rien payer. Elle dit qu’elle s’arrangera plus tard. Je la remercie. Elle me souhaite plein de courage.
Je tente d'appeler ma mère. Je réessaierai un peu plus tard. Quelques larmes ont forcés le barrage, mais je tiens bon, jusqu'à la voiture. Où je lâche toute la pression, mes larmes ne se font pas prier. Une fois calmée, j'appelle mon papa. Je lui explique, on parle. Je raccroche. J'appelle ma mère, elle décroche. Je lui dit, ça lui fait un choc. On parle. Je raccroche.
Les larmes reviennent. Se tarissent. Puis je prends le volant, les yeux embués.
Dix minutes. Dix minutes me séparent du cabinet à la maison.
Comment vais-je l'annoncer à mon mari, mes enfants ?
Prochaine escale : l'annonce. Sera-tu du voyage ? Tu as bien ton billet ? Si tu as déjà vécu ce voyage et souhaite en parler, la bienveillance est de mise ici, alors n'hésite pas !















