Le début de janvier est lent niveau lecture, mais je ne désespère pas de lire un essai par mois! Et ça commence par Malcom Ferdinand ✨
seen from China
seen from China
seen from China
seen from China
seen from United States

seen from United States
seen from United States

seen from Japan
seen from United Kingdom
seen from China
seen from Canada
seen from United Kingdom
seen from United States

seen from France
seen from Türkiye
seen from Singapore
seen from United States
seen from Canada

seen from Maldives
seen from Hungary
Le début de janvier est lent niveau lecture, mais je ne désespère pas de lire un essai par mois! Et ça commence par Malcom Ferdinand ✨
S'aimer la terre : défaire l'habiter colonial, Malcom Ferdinand (2024)
Douvan soufwans twel-vivan lé Zantiy, an magma-dinité lévé an tjè latè. La pollution de la Martinique et de la Guadeloupe au chlordécone constitue l’une des plus grandes catastrophes environnementales de la Ve République. Elle révèle l’habiter colonial, cette manière destructrice, raciste et patriarcale d’habiter la Terre instaurée par les colonisations et esclavages de la modernité capitaliste. Les révoltes volcaniques des peuples antillais entendent bien défaire les plantations, les sciences, l’État et l’imaginaire national qui s’accommodent de leur déshumanisation. Par un geste interdisciplinaire et poétique, S’aimer la Terre déplie les facettes de ce scandale et propose une manière de faire monde portée par l’exigence décoloniale d’un amour de la Terre.
Les résistances que je nomme « marronnes» ne se rencontrent pas au niveau politique, sur la scène publique ou dans les arènes scientifiques. Il ne s'agit pas d'une opposition frontale aux politiques de gestion de la contamination scientifiques. Ces résistances se déploient dans des espaces au [chlordécone], ni d'une remise en cause des résultats d'enquêtes masqués, dans la relation personnelle ou familiale avec le légume-racine, le poisson, les produits locaux et parfois avec son propre corps. Face à cette aliénation scientifique du monde vécu, certains adoptent des attitudes « profanes » en choisissant de consommer des produits locaux au risque de prolonger leur exposition au [chlordécone]. Du point de vue du gouvernement des savants, ces choix seraient le fruit d'irresponsabilité, de méfiance vis-à-vis des sciences ou de cynisme. Pourtant, loin du déni, de l'insouciance ou de l'irresponsabilité, ces résistances marronnes relèvent de choix conscients faits par certains habitants jugeant qu'il est plus important de préserver certaines pratiques écouménales que de se préserver de certains risques liés au [chlordécone].
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand
Loin d'être un accident, la contamination au CLD des Antilles et d'Antillais majoritairement racisés est inextricablement associée à des pratiques illégales documentées d'une filière agricole dominée par des Békés et soutenue par l'État français et différents membres du gouvernement majoritairement Blancs, où personne ne fut reconnu coupable par des juges, eux aussi Blancs.
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand
La production d'ignorance révèle des processus explicites de discrimination des Antillais par rapport à la législation nationale, ayant pour conséquence de faire des Antillais des corps autres. Il ne s'agit pas d'une forme de discrimination directe, ayant pour cible explicite les corps antillais, mais bien d'un traitement différencié des Antillais à travers un traitement différencié des paysages et des écosystèmes : une discrimination environnementale des Antillais. Des corps dont il est estimé légitime qu'ils supportent une exposition accrue en intensité et en durée aux pesticides par rapport aux normes et réglementations nationales et européennes.
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand
En somme, la bananisation des Antilles, ou plus exactement sa cavendishisation, fit partie intégrante d'un projet impérial français, pensant ensemble les colonies des Amériques et de l'Afrique, dans le but de valoriser l'être colonial français. La banane française ainsi produite à travers les déforestations et les déshumanisations des peuples de part et d'autre de l'Atlantique eut pour fonction de transformer la Terre à l'image du fantasme de toute-puissance d'un soi colonial français, narcissique et toxique, un moyen de cultiver un imaginaire colonial de la France et de la Terre.
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand
L'État français a ainsi historiquement adopté une posture condescendante envers les Antillais, en faisant dépendre le maintien de leurs rapports à la Terre, de leurs relations écouménales à leur milieu et à leur corps à un ensemble d'arènes, d'activités et de propositions scientifiques, tout en refusant d'œuvrer à la participation des Antillais à ces activités, ces arènes, ces discussions et ces expériences scien-tifiques et de faciliter leur accès aux moyens et aux outils nécessaires. Aussi, paradoxalement, la croyance des paroles des scientifiques comporte-t-elle une dimension irrationnelle. Il est intimé de croire à une présence et à ses effets délétères sans pouvoir le constater par soi-même, et la seule garantie réside dans la même parole qui intime de la croire.
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand
L'aliénation [des Antillais au monde vécu] se repère à trois aspects: la phénoménologie singulière du [chlordecone] rendant la contamination invisible aux sens et à l'expérience; la dépendance aux paroles des scientifiques et des experts, placés comme les maîtres du vrai concernant les corps et écosystèmes antillais; et le déni de démocratisation des sciences limitant la participation active des Antillais aux activités scientifiques.
S'aimer la terre, Malcom Ferdinand