L’hôtel et autres digressions parce qu’il me faudrait 3 fois plus de temps pour avoir un texte structuré
L’hôtel, les notes de frais, l’occasion de prendre des vrais petits déjeuner, payés par la boîte, faire un peu de sport, pas de ménage, bref, le confort quoi!
FAUX!!!
Voyons le bon côté des choses : je vais perdre du poids. Après 2 tentatives de oeufs et lentilles, c’est “just coffee for me please” (un bon vieux Nescafé en poudre dans de l’eau tellement bouillante que le serveur m’aurait envoyé à l’hôpital s’il était maladroit… Mais l’ami est tellement lent pour un humain (naturellement, hein, pas le bras-cassé tunisien qui pourrait te servir 15 fois plus vite mais n’en a rien à foutre de toi) qu’il a peu de chances de faire des conneries… “You have miwk” (elle a du mal avec le “l” et est moins douée en anglais que son collègue) me dit la dame, “and sugar”.
Cool! I’ll have ants with that! Ouais, quand j’ai vu nos amis les fourmis se balader dans la sucrière, j’ai brutalement décidé de contrôler mon taux de glucide! Quelques jours plus tard je trouvais la parade, avec des bons sachets de Splenda, parce que même si le Splenda c’est de la merde et que les fourmis sont pleines de protéines, c’était le meilleur compromis pour agrémenter ce breuvage matinal.
La mienne de maladresse, légendaire, ne m’a pas fait défaut. Un petit coup de sac et je casse le vase à l’entrée. “Sir, the manager wants to see you”… Je vais devoir payer pour le vase… Soit! 60 000 Nairas (300$) par semaine pendant peut-être un mois payés par la boîte pour ce taudis + mes dépenses variées au resto pour des grilled chicken and rice (qui s’avère être du poulet en sauce) et un truc Nigérian honnêtement très très faible que j’ai envie d’oublier et des pâtes avec tant d’oignons que le cook a dû pleurer toutes les larmes de son corps, et pas possible d’amortir le coût d’un pauvre vase?
Et l’électricité coupée toute la journée Mardi? Et le wifi qui va et qui vient mais surtout s’en va! J’ai dû utiliser mes datas pour rapidement pouvoir regarder ces putains de 4 épisodes de Game Of Thrones de peur du spoil sur mon fil d’actualité!
Je dois quitter ce taudis. 4 mois que j’ai prévenu que j’arrivais autour de la date convenue. 250 mails envoyés pour casser les couilles à tous les RH pour que tout soit bien planifié! Et j’arrive tranquille “dans la ville qui rend fou” dit un X une promo au-dessus de moi, pensant retrouver Rodrigue, un homme qui a du coeur et que j’ai skypé, mon futur coloc dans la maison n°4 de la résidence Mews et ce Udeme m’emmène à l’hôtel (qui d’ailleurs n’était pas au courant de mon arrivée).
Mais bon, je bosse pour Africa Internet Group qui possède l’agence de voyages Jovago, sans qui cet établissement aurait mis la clé sous la porte avant de pouvoir se payer ce vase si onéreux! C’est ainsi qu’une chambre a pu être libérée pour moi, pour une durée indéterminée : “could be a week, could be a month” et moi je sens que ça sera a month!
Le staff de l’hôtel est quand même globalement super sympa et essaient de rendre ce taudis acceptable et de faire ce qu’ils peuvent avec leurs compétences qui grandissent à mon contact! J’ai appris au mec à ouvrir des bières avec un briquet quand même! Un peu de culture (et de pub pour mon pays natal) aussi avec l’origine du mot “Afrique” à cet ami qui ignorait d’ailleurs, tel un bon redneck de Caroline du Su,d qu’en Afrique du Nord, la pigmentation n’était pas tout à fait la même qu’en Afrique subsaharienne pour la majorité de la population (n’oubliez pas que 800 000 Tunisiens sont noirs et victimes d'un racisme ordinaire inacceptable à notre époque)!
Son sourire éclatant à toute épreuve m’a mis dans l’obligation de lui donner un petit tip. En plus, il m’avait servi le café malgré l’horaire tardif. Alors que sortais mes billets pour payer le reste du repas et qu’il me dit “today is my lucky day, I know!”, je lui ai filé 500 Nairas.
Seulement après, il est un peu parti en couilles l’ami: “this is my friend you know” à ces collègues, ce qui me va encore, mais ensuite: “maybe tomorrow I take you to the beach, see some nice booties, you know, some fine asses” (Je vous avais dit qu’il maîtrisait mieux l’anglais que Mademoiselle “miwk”).
Ouais ouais, gros! Bon, bah, faut que je sois un connard pour que les gens connaissent leurs limites. “Quand tu es blanc, soit tu es la vache à lait [NDLR: Miwk], soit l’homme à abattre”, citation attribuée à un bon franchouillard militaire de surcroît qui aurait pas mal vécu en Afrique noire (restons vagues parce que dans sa tête, ça doit être tous les mêmes, n’est-ce pas?).
N’empêche qu’Udeme a vite fait de me demander si je pouvais lui prêter de l’argent (prévisible grâce au bouquin d’accueil donné aux expats de chez Total dont j’ai pu obtenir une copie grâce à la gentillesse d’un autre Two Percents_ i.e. Tunisien) . Je me suis sorti de cette entourloupette et ai fait bien gaffe d’avoir l’air d’un mec avec d’énormes difficultés financières auprès de lui depuis… J’ai parlé de mon crédit, inventé d’autres dépenses récurrentes et de l’argent à envoyer en Tunisie. J’ai bien rappelé au cours de diverses discussions que le Nigeria était plus riche que la Tunisie (j’ai omis de préciser qu’on était presque 20 fois moins nombreux :) )
Et puis, il y a le gars qui s’assoie à côté du mec qui s’occupe de la flotte des chauffeurs. Je n’ai aucune idée de ce qu’il fait vraiment. En tout cas, il passe beaucoup de temps à taper la discut’ et m’a sorti toute une théorie sur le fait que “We, Africans should go back to the Africa way of doing things"… Mais encore? En creusant je comprends que Monsieur pense aux tribus! Ouais en effet, la Tunisie, la Lybie, deux clones qui ont divergé il y a environ un siècle, l’une a aboli le système tribal et l’autre non! Une révolution (or whatever) et dans un pays c’est le bordel et les luttes tribales et dans l’autre, c’est le bordel, mais il y a moins de morts et on accouche d’une constitution “acceptable” et on devient petit à petit une démocratie. Tout se démocratise aujourd’hui en Tunisie :) et en premier lieu la bêtise, mais c’est bien! (non vraiment!). Bref, ce géopoliticien en puissance (qui a bien pris soin de faire un peu de conspiration), ce malotru sans vergogne, me demande de lui ramener de la bouffe (les conserves de ma Maman!). Ok, je vais le faire, mais genre t’es bien dans ta tête? On ne se connaît pas, c’est pas parce que j’ai écouté tes conneries et que je t’ai parlé d’unité africaine qu’on va élever les chèvres ensemble (restons halal et puis je ne suis pas sûr que les cochons puissent être élevés par ce climat là! En plus, les chèvres c’est mieux).
Lundi, j’oublie la boîte (vraiment ça m’était juste sorti de la tête) et le mec n’hésite pas à me dire: “you were supposed to bring me Tunisian food”… Ouh, toi, tu n’auras pas de petits gâteaux quand j’en ramènerai de mon prochain voyage en Tunisie!
Pendant que je suis en train d’écrire, une nouvelle coupure d’électricité. C’est assez fréquent à Lagos, il y a un vrai problème d’électricité, mais dans cet hôtel c’est bien pire….









