Je me souviens du geste élégant, pour verser le thé, en remontant le plus haut possible pour faire naître une fine mousse en surface, sans faire une goutte à côté des verres. Je suis fasciné par les gestes. Les gestes donnent un sens et tissent les fines mailles qui nous relient. Je ne comprends toujours pas, mais je me laisse tranquillement relier à cette humanité. J'ai oublié les noms et les visages, mais gardé en mémoire ces petits gestes. J'ai la mémoire impressionniste. Avant tout cela, je me croyais plus politique; UQAM, militantisme, pichet de bière, grève étudiante comme mon fils aujourd'hui à son tour, mais je ne me savais pas à ce point contemplatif.
Marc Cayer, 1989-1990 Livre «Nos courses autour du monde», 2012, p. 41












