*Traverser la nuit* de Martine Pouchain
Tout gosse déjà, je voulais que le bien triomphe et que plus personne ne soit malheureux. Je rêvais d’un monde où les pères ne battraient plus leurs enfants et où les fils ne feraient plus pleurer leur mère. Je voulais qu’il n’y ait plus de chagrin d’amour.
Vous allez sans doute penser que c’est débile ou que ce n’était qu’un délire de gosse, mais j’ai grandi et ça ne m’a pas quitté. Au contraire. On aurait même dit que ça se déployait. Pourtant, quand on voit la gueule de la planète, à la longue on est tenté de s’en laver les mains. Il y a trop de trucs qui ne tournent pas rond, bien trop pour ne pas devenir chèvre à la pensée. Mais je crois que c’est surtout parce qu’on ne prend pas les choses par leur bon petit côté. Ce qu’il faut, c’est revenir à la taille humaine. D’ailleurs, si chacun en faisait autant au lieu de se lamenter, peut-être qu’on serait déjà tirés d’affaire.
Etrenjoie, Picardie.
Jacques Jaron est mort. Blanche, sa fille, a 17 ans. Elle est celle qui fait se retourner les hommes sur son passage, celle qui fait enrager les épouses… elle n’est pas encore adulte mais a déjà causé bien des émois chez nombre d’hommes du village.
Vilor a 25 ans, il est amoureux de Blanche et est gendarme dans ce coin de campagne picarde où il a toujours vécu. C’est lui qui mène l’enquête pour retrouver le meurtrier du père de Blanche. Jacques Jaron n’était pas un homme facile, il surprotégeait sa fille… son meurtre pourrait peut-être être le fait d’un amoureux éconduit qui voulait le champ libre, le maire notamment ?
Vilor mène 1 enquête qui avance laborieusement sinon à coups de verres de gnôle et déceptions dues à Blanche (la jeune femme le rabroue à la moindre approche sérieuse. Aucun mobile n’est trouvé, Vilor et ses collègues piétinent. Un procureur venu d’Amiens va mettre un coup d’accélérateur à l’enquête. La 2ème partie du roman est plus riche dans le nombre d’évènements mais tout autant sourde de non-dits, de secrets… La fin se rapproche et la tension monte considérablement… bientôt, les derniers mots sont là. On ressort abasourdis et sonnés par le dénouement.
(…) la misère est grande (…). Mais quoi faire ?
– (…) au fond, les gens ont juste besoin d’amour. Quand ils en manquent, ils perdent les pédales, et c’est trop tard.
Ruralité, alcool et patois picard (il y a 1 lexique à la fin pour la traduction des passages en picard) sont présents tout du long de ce roman. Il y a aussi la finesse d’écriture de Martine Pouchain, sa capacité à être juste dans les caractères qu’elle décrit. Ce roman n’est pas tellement un policier ou un polar… c’est le portrait d’un bout de société française. Très vite, on sent une tension certaine, une ambiance lourde sourde de secrets, on pressent une révélation terrible qui sera faite en fin de volume…
Pour voir resplendir l’aube, il faut traverser la nuit.
On pense à Guillaume Guéraud pour la force de l’écriture, la psychologie des personnages. Martine Pouchain sait brosser les caractères. C’est dur, c’est noir, et le suspense est excellent tout au long du roman et on a du mal à ressortir de ce texte… (Je le conseille à partir du lycée!)
1 autre roman de Martine Pouchain à découvrir dans la même collection : La ballade de Sean Hopper.
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Traverser la nuit de Martine Pouchain est paru chez Sarbacane. (Exprim’). 15,50 euros.












